La fĂȘte des pĂšres

En ce moment j’Ă©cris pas mal sur ce blog, mais jamais je n’avais autant eu envie d’Ă©criture. De lecture aussi, je m’y suis remis aprĂšs des annĂ©es sans avoir le besoin de compulser un bouquin. Cette hygiĂšne correspond Ă  une sorte d’Ă©quilibre que j’ai rĂ©ussi Ă  trouver, avec une ambition qui s’est suivie d’une discipline prĂ©cise. Celle (l’ambition) de retrouver une saine et vive conscience des choses, sans ĂȘtre entraĂźnĂ©, bien malgrĂ© moi, par le cours d’une sociĂ©tĂ© humaine qui ne cesse de se perdre dans des entreprises de plus en plus folles. En (discipline) en multipliant les sources d’informations tout en faisant que professionnellement je poursuive mes propres buts sans sacrifier Ă  mes prĂ©tentions Ă©thiques et morales. Il y a quelques annĂ©es, j’ai dĂ©couvert le noble chemin octuple, et j’ai Ă©tĂ© surpris de constater que ça rejoignait mes propres conclusions… pas Ă©vident en cette sociĂ©tĂ© humaine qui sacrifie tout Ă  un productivisme pragmatique, pour cause d’un mode de vie qui exige de consommer le monde et par extension exploiter les autres. Pourtant, j’essaie Ă  prĂ©sent de multiplier les activitĂ©s intellectuelles et ludiques, tout en m’adonnant Ă  des choses bien pratiques… ce qui rend mes journĂ©es bien chargĂ©es mais trĂšs satisfaisantes.

Comme je l’ai dit Ă  mon fils il y a quelques jours, avec une conviction exaltĂ©e qui l’a dĂ©rangĂ©, il faut toujours regarder le mal en face. A mon sens, en tant que citoyen, il faut oser s’informer sur des choses rĂ©voltantes et horribles, simplement parce qu’il ne faut pas se perdre dans un angĂ©lisme sĂ©lectif qui en lui-mĂȘme serait un acte de collaboration, dans le sens minable du terme. J’ai donc achetĂ© le magazine Omerta, avec la petite Lola en couverture, qui traite de nombreux sujets qui vont de la pĂ©docriminalitĂ© Ă  l’addiction des Ă©crans par notre jeunesse perdue dans ce perpĂ©tuel espace de tentation. Pour ĂȘtre honnĂȘte, la lecture du magazine est douloureuse, tant les faits rapportĂ©s sont Ă  la fois communs et abominables. Hier soir, je matais les deux premiers Ă©pisodes de la sĂ©rie The Boys qui voit la fine Ă©quipe Ă©chouer dans une convention « complotiste », dĂ©peinte comme le rassemblement de gens dĂ©sespĂ©rĂ©s, un peu dĂ©biles, avec Ă  un moment donnĂ© cette sĂ©quence un poil idĂ©ologique qui montre une des hĂ©roĂŻnes s’en prendre Ă  un pauvre type accusĂ© d’exploiter le sujet sans vraiment chercher Ă  en dĂ©terminer, et Ă  donc lutter vraiment contre, la cause. Ce matin, j’ai matĂ© une vidĂ©o de Sud Radio qui revenait hier sur l’affaire des accusations de propos pĂ©dophiles par Depardieu rĂ©vĂ©lĂ©s dans le cadre d’une Ă©mission de ComplĂ©ment d’enquĂȘte ; en bref, ce serait un montage, avec en tĂ©moin Yann Moix qui explique que les rushs lui ont Ă©tĂ© dĂ©robĂ©s et tĂ©moignant que ce qui est montrĂ© n’Ă©tait que mis en scĂšne dans le cadre d’un film comique mettant en scĂšne un personnage aussi dĂ©cadent et excessif que le rĂŽle savoureux de Poelvoorde dans « C’est arrivĂ© prĂšs de chez vous ». N’oublions pas, malgrĂ© tout, que l’acteur est poursuivi pour des agressions d’ordre sexuel par de nombreuses femmes. Dans cette mĂȘme Ă©mission, les intervenants reviennent sur l’affaire de rĂ©seaux pĂ©dophiles dans des cĂ©nacles parisiens qui ont ƓuvrĂ© il y a quelques dĂ©cennies. Pour m’achever, j’ai matĂ© cette semaine la vieille interview de RĂ©gina Louf qu’a mis en ligne Karl Zero sur sa chaĂźne dans le cadre de la sinistre affaire Dutroux…

Regarder le mal en face. En ce jour de fĂȘte des pĂšres, je savoure l’attention et l’amour de mes enfants, devenus adultes, avec lesquels j’ai la chance d’avoir une relation privilĂ©giĂ©e. Pour l’anecdote, j’ai donnĂ© la douche Ă  mes deux gosses, durant les premiĂšres annĂ©es de leur vie. Nous allions dans la douche, et je leur ai appris Ă  se laver, tout en jouant avec eux. Des chouettes moments, des moments innocents qui font des bons souvenirs, avec la volontĂ© Ă  l’Ă©poque de leur montrer que la nuditĂ© est quelque chose de naturel, notamment et surtout dans le cadre familial. Ma mĂšre revenait souvent sur une anecdote de mon enfance, d’un Ă©vĂ©nement que j’ai pour ma part complĂštement oubliĂ©. Le mĂ©decin m’ausculte, puis jugeant mon appendice, me dit que la nature m’a bien obligĂ©. Ce Ă  quoi je lui rĂ©pond un laconique « bah celui de mon papa il est encore plus gros ! » – et lĂ , inspiration du mĂ©decin qui rend l’anecdote savoureuse, se tournant vers ma mĂšre « c’est comme ça que naissent les lĂ©gendes ». Pourtant, mes parents Ă©taient d’une pruderie presque maladive : je n’ai jamais reçu l’esquisse d’une Ă©ducation sexuelle et le sujet ne venait absolument jamais dans la discussion familiale. Pour m’amuser, et parce que je suis provocateur dans l’Ăąme, je l’ai fait quelques fois pour crĂ©er le malaise chez mes parents. Merci aux parents de mes potes qui avaient eu la dĂ©licate attention de leur fournir des bouquins d’Ă©ducation sexuelle qui m’ont stratĂ©giquement Ă©clairĂ©. Une petite pensĂ©e Ă  Madame BĂ©rille (en fait c’est la seule qui avait eu cette indiscutable bonne idĂ©e) qui Ă©tait (enfin j’espĂšre qu’elle l’est encore – le temps passant je sais qu’il fait sa moisson) une femme admirable et qui m’a profondĂ©ment marquĂ© par sa gentillesse et sa noblesse de cƓur.

Pour moi, un enfant c’est sacrĂ©. Je ne comprends mĂȘme pas, je ne veux pas comprendre en fait, ce qui motive un adulte Ă  nourrir la moindre pensĂ©e perverse quand il s’agit d’un gosse. Parmi tous les sujets qui me dĂ©sespĂšrent et qui me mettent en colĂšre, la pĂ©docriminalitĂ© est sans doute celui qui me fait le plus de mal. A chaque fois que je m’intĂ©resse Ă  un fait divers de ce triste domaine, je n’en sors jamais indemne. Ça m’abĂźme, ça m’effleure le karma et ça bouleverse mes chakras. Je me dis que je fais partie de la mĂȘme espĂšce, « humaine », que tous ces salauds qui se cachent et qui dissimulent leur ignominie et ça me blesse. Il y a quelques annĂ©es, un matin de rĂ©volte plus violent que les autres, j’ai dĂ©clarĂ© Ă  mes gosses que je ne faisais pas partie de cette humanitĂ©. Je la refusais, comme on refuse une nationalitĂ© ou l’enrĂŽlement forcĂ©. Je refusais d’ĂȘtre englobĂ© avec tous les apathiques et les complaisants, avec tous les collabos et les compromis, avec toutes les brutes et les sadiques. Mais c’Ă©tait encore une fois un caprice, de la dĂ©sinvolture exaltĂ©e. Je vis toujours au mĂȘme endroit, j’ai toujours les mĂȘmes conventions sociales, je n’ai ni changĂ© de nom ni changĂ© de face. Je suis condamnĂ© Ă  n’ĂȘtre qu’un individu parmi les autres, un petit atome de cette masse qu’on appelle « peuple », un rĂ©sidu organique de cette biomasse qui s’appelle sociĂ©tĂ©. Je n’ai ni les moyens ni vraiment l’envie de partir comme Alceste loin de tout, dans un dĂ©sert sans homme, et pas de pulsions suicidaires qui feraient que le nihilisme l’emporte sur l’amour passionnel, sur l’Ă©treinte cognitive, que le Monde m’inspire et motive. Je vis donc le dĂ©sespoir tranquille, la dĂ©sespĂ©rance un brin surjouĂ©e du gars qui regarde le mal en face, s’interroge sur sa propre part d’ombre, constate son impuissance ou sa lĂąchetĂ©, puis finalement pense Ă  autre chose. Pendant que ça continue, quelque part. Un autre gosse.

Alors aujourd’hui c’est la fĂȘte des pĂšres… pourtant il faut toujours se rappeler que c’est encore une inversion des choses. Ce sont nos enfants qu’il faut chaque jour cĂ©lĂ©brer et aimer. Et il faut traquer le moindre enfoirĂ© qui abuse de sa position, de son statut, du pouvoir que lui confĂšre un simple mot, un simple titre, pour faire du mal Ă  un enfant. Depardieu est peut-ĂȘtre victime d’un montage, la diffamation reste vraiment l’oeuvre la plus dĂ©gueulasse qui soit, et ce n’est pas participer Ă  la lutte contre la pĂ©docriminalitĂ© que d’agir ainsi. Ça participe Ă  invisibiliser ce qui se passe vraiment, ça participe Ă  rendre des gens comme moi, naĂŻfs et candides, qui au dĂ©part imaginent que le monde est aussi beau et bon que les fables nous le racontent. Tout ça c’est du complot, jusqu’Ă  ce que, quelques dĂ©cennies plus tard, les scandales surgissent alors que tous les coupables sont morts et les victimes enterrĂ©es et oubliĂ©es.

Il y a peu, j’ai vu la vidĂ©o d’un Youtubeur cinĂ©phile/phage qui expliquait pourquoi il avait dĂ©cidĂ© de ne pas aller voir « The Zone of Interest ». Il ne voulait pas s’imposer ça, il ne savait pas comment il allait rĂ©agir Ă  ça. « Ça » c’est constater comment il est facile de vivre tranquillement et luxueusement Ă  la proximitĂ© des charniers et des massacres. Comment il est tentant et si facile de se dire un minable « bah, c’est comme ça, qu’y puis-je en vrai ? ». Je m’impose, au contraire, de ne pas dĂ©tourner le regard. Comme le reste, je m’impose de savoir et d’avoir conscience. Mais ça me reste, ça me hante, car quand je regarde le ciel bleu il y a des fois la sensation d’un hurlement d’enfant que je n’entends pas, mais que je devine, en filigrane, comme si tout n’Ă©tait qu’un voile que je refuserai de lever. La derniĂšre phrase de la Chute, de Camus.

Bonne fĂȘte des pĂšres donc. Et courage et soutien Ă  des gens comme Karl Zero qui ont mis Ă  l’index leur carriĂšre et leur fameuse respectabilitĂ© pour se battre contre l’intouchable et l’invisible. Rien de plus odieux, Ă  mes yeux, que ceux qui balaient, d’un revers de la main et d’une petite vindicte mĂ©prisante ces questions lĂ , comme si ça n’Ă©tait, encore une fois, que du complot, de la paranoĂŻa louche, des obsessions Ă©cƓurantes et vicieuses. Il y a toujours et encore quelque chose de pourri au royaume du Danemark. La pilule rouge ou la pilule bleue. Dans mes moments les plus nihilistes, je me dis parfois que vivre c’est subir d’ĂȘtre complice et tĂ©moin de tout ça, sans pouvoir rien faire que d’Ă©crire un billet que personne ne lira et qui pour une fois ne sera mĂȘme pas libĂ©rateur.

Le chaos ou le bordel ?

Je dois m’y mettre, mais comme hier, il y a une telle effervescence politique que de bon matin, ça me passionne un peu trop. Ce qui ressort de ce tumulte analytique (chacun essaie de sonder les pythies ou tente d’analyser les ressorts psychologiques ou moraux du chef de l’Etat), c’est bien la sensation d’un chaos gĂ©nĂ©ral. Et le chaos est bien le mot qui revient le plus souvent (par exemple l’Ă©dito de Françoise Degois sur Sud Radio : « Il y a un chaos gĂ©nĂ©ral dans la vie politique […] », qu’il soit involontaire ou organisĂ©, c’est la dĂ©finition du paysage politique qui depuis l’annonce de la dissolution s’impose Ă  tous les analystes.

Personnellement, vivotant entre tous les flux de gauche comme de droite, je trouve toujours aussi pertinente l’analyse de Pierre-Yves Rougeyron disponible sur le site du Front Populaire qui rappelle une de ses thĂ©matiques prĂ©gnantes, l’influence et la puissance de la xĂ©nocratie sur le destin de notre nation Ă  la dĂ©rive. PYR Ă©voque avec une luciditĂ© qui est sa marque de fabrique la victoire d’un bloc europĂ©iste et surtout ultra-libĂ©ral dans ses Ă©lections europĂ©ennes, faisant de Macron un Ă©missaire du chaos, mais d’un chaos programmĂ©, stratĂ©giquement, pour destabiliser encore davantage le pays Ă  l’intĂ©rieur et par l’intĂ©rieur. Il Ă©voque aussi la stratĂ©gie du champ de ruines, la terre brĂ»lĂ©e laissĂ©e Ă  son futur successeur, ce qui pourrait assez bien dĂ©crire la politique menĂ©e depuis 7 ans qui en plus d’ĂȘtre un jeu de massacre social, pour notre bien (notez), et une dĂ©vastation Ă©conomique encore inĂ©dite (avec une dette abyssale). Aimant la simplicitĂ©, contrairement Ă  ce que ma prose alambiquĂ©e pourrait faire croire, il y a un filtre efficace que j’aime toujours appliquer Ă  toutes choses, soit celui du « Cui bono » (pour une fois que je rends aux latins ce qui appartient aux latins »). Dans notre mythologie sociĂ©tale, le peuple dans son ensemble croit donc toujours que le sommet social est incarnĂ© par les chefs d’Ă©tat, bien que de plus en plus s’immisce l’idĂ©e que la richesse dans un monde ploutocrate dĂ©signe vraiment les titans qui dirigent. Et notre prĂ©sident, Ă  l’Ă©vidence, est un Ă©missaire comme un autre. AprĂšs, je ne rentrerai jamais dans les questions psychologiques, un travers bien français, qui consiste Ă  « profiler » les intentions de quelqu’un en dĂ©voilant voire en devinant le paysage de sa psychĂ© cachĂ©e de tous. Je reste encore en cela trĂšs chrĂ©tien, je reste encore en cela trĂšs pragmatique et simple, en appliquant cette fois le filtre « On reconnaĂźt un arbre Ă  ses fruits », rendant hommage Ă  celui que les mĂȘmes latins auront crucifiĂ© (sans vouloir choquer la masse des sceptiques qui de plus en plus suspecte la crĂ©ation d’une fiction voire d’une mythologie Ă  des fins de manipulations religieuses – oui, je passe beaucoup de temps Ă  brasser de la donnĂ©e, c’est un mal personnel). Macron aura donc vendu une quantitĂ© non nĂ©gligeable de joyaux français, pour reprendre une image trĂšs parlante souvent usitĂ©e pour dĂ©crire le scandale Alsthom, aura ouvert la voie Ă  un ultra-libĂ©ralisme dĂ©complexĂ© (Uber), et surtout aura surendettĂ© la France d’une maniĂšre trĂšs surprenante pour quelqu’un disposant d’une culture financiĂšre voire purement bancaire ne lui dissimulant pas les consĂ©quences dramatiques d’un surendettement (j’ai eu un petit moment la petite sĂ©rĂ©nade d’une mention lĂ©gale venue d’un lointain passĂ© de publiciste dans le registre du rachat de crĂ©dits).

Donc, la France est en train de devenir un vaste bordel politique, ou alors effectivement un véritable chaos, mais alors dans sa pure définition étymologique. Comme il est bien expliqué sur Wikipédia :

Le nom Chaos (en grec ancien Î§ÎŹÎżÏ‚ / KhĂĄos, littĂ©ralement « Faille, BĂ©ance », du verbe Ï‡Î±ÎŻÎœÏ‰ / khaĂ­nĂŽ, « bĂ©er, ĂȘtre grand ouvert ».

Source

Le chaos c’est donc la bĂ©ance, et la bĂ©ance ça ouvre sur le vide. Alors oui, je sais, y a la gauche et la droite, ça brasse des discours trĂšs sĂ©rieux sur le marxisme, sur le capitalisme, sur la libertĂ© d’entreprendre comme de faire des profits. Nous vivons encore une fois la nĂ©vrose des grandes menaces, alors que sont ressuscitĂ©s les grandes peurs de la cohorte brune et autres prĂ©dateurs fascistes aux exactions horribles. L’ancien monde et le nouveau se font encore leur petite guerre dans le dĂ©bat Ă©ternel entre la rĂ©forme et le conservatisme, tandis que le petit peuple s’interroge sur les vertus ou les dĂ©sagrĂ©ments du changement. En bref, et en cela je trouve l’analyse de PYR trĂšs pertinente, nous sommes aveuglĂ©s par des questions presque secondaires qui dissimulent le centre du cyclone.

ImmĂ©diatement, les vertueux les plus admirables, les champions du camp du bien me rĂ©pondront (avant de me punir) que non, le fascisme n’a rien de secondaire. Peut-ĂȘtre qu’il faudrait ouvrir tes yeux nimbĂ©s d’Ă©toiles mon ami(e), nous y sommes depuis longtemps, vu que la mamelle essentielle du fascisme est le totalitarisme. Le dĂ©roulement des derniĂšres Ă©lections europĂ©ennes nous l’a encore dĂ©montrĂ© : une pensĂ©e unique servant une volontĂ© notoire est bien effective. Finalement, ces lĂ©gislatives comme ces derniĂšres Ă©lections ne sont qu’une mascarade Ă  laquelle nous participons.

Peut-ĂȘtre faudrait-il moins considĂ©rer les raisons de la manƓuvre et la personne prĂ©sidentielle que ce qu’il y a derriĂšre cette bĂ©ance. La France est en train de devenir une pure fiction, une sĂ©rie Netflix, certes distrayante mais dans laquelle finalement rien ne se passe de plus qu’une suite de pĂ©ripĂ©ties. Des annĂ©es maintenant que les dysfonctionnements dĂ©mocratiques ont dĂ©montrĂ© la superficialitĂ© du Parlement faisant de notre RĂ©publique le terrain de jeu d’une ploutocratie souvent doublĂ©e d’une cleptocratie. Pourtant, tous les observateurs redoublent de gravitĂ© concernant l’enjeu de ces Ă©lections. En prenant un peu de recul, et simplement en prenant comme exemple le triste destin des agriculteurs qui ont Ă©tĂ© trĂšs rĂ©cemment bien escroquĂ©s, rien ne peut changer tant que nous restons sous la fĂ©rule europĂ©enne. Et comme l’a notoirement et toujours sagacement rappelĂ© PYR, le bloc europĂ©iste et ses maĂźtres ultra-libĂ©raux l’ont magistralement emportĂ©.

Que faire quand un homme libre accepte de porter les fers de l’esclavage ? L’exhorter Ă  un peu d’honnĂȘtetĂ© et de luciditĂ©. Nous en sommes lĂ , c’est le pas Ă  faire avant toute rĂ©volution. Le bruit et la fureur c’est gĂ©nial, ça fait des grands films de cinĂ©ma et bouillir notre sang souvent ralenti par le rythme tranquille des belles et longues nuits d’Ă©tĂ©. Mais cette Ă©motivitĂ© entretenue, cette exaltation encouragĂ©e, nous masquent les enjeux vĂ©ritables. Oui, il y a une tempĂȘte. Et alors ? Nous ne sommes toujours pas Ă  ce chaos qui prĂ©cĂšde la rĂ©volution. Ce n’est juste qu’un chaos bruyant, un bordel, qui la retardera d’autant plus que nous continuerons collectivement Ă  croire en des illusions trĂšs savamment entretenues, dont notre cher leader demeure l’un des plus brillants prestidigitateurs. Un bon bordel a son lot d’entremetteuses et de pĂ©ripatĂ©ticiennes. Il n’est pas non plus recommandĂ© d’en faire consommation, les plaisirs bestiaux et les bas instincts ne visant que l’Ă©phĂ©mĂšre et favorisant le sordide, alors qu’il est possible d’envisager l’humanitĂ© avec une idĂ©e Ă  la fois plus ambitieuse, simplement plus glorieuse, de ce que nous voulons ĂȘtre.

Je regarde autour de moi. Peut-ĂȘtre ne sommes-nous devenus que des individus, des consommateurs, des ĂȘtres dĂ©tachĂ©s des intĂ©rĂȘts tant gĂ©nĂ©raux que supĂ©rieurs. Plus de citoyens, plus de dĂ©mocrates, juste des rĂȘveurs perdus dans un solipsisme aussi dĂ©bile que coupable. Des jouisseurs, des exhibitionnistes dĂ©complexĂ©s de nos petites turpitudes, de nos bas desseins matĂ©rialistes et Ă©goĂŻstes. Peut-ĂȘtre que le destin de nos sociĂ©tĂ©s modernes Ă  l’hĂ©donisme vain n’est que dans une ultime dissolution, et que de ce grand bain primordial naĂźtra alors une nouvelle rĂ©action chimico-sociale qui apportera alors le changement tant souhaitĂ©. Ce qu’on appelle « dĂ©cadence » n’est peut-ĂȘtre que le substrat de cette terre trop exploitĂ©e, trop usĂ©e, pour ne donner rien d’autre que des fleurs fanĂ©es.

Toujours, la mort de Sardanapale.

Sur ces dĂ©sillusions cruelles, je retourne travailler sur mes petites oeuvres, qui du point de vue de mon solipsisme Ă  moi m’apportent bien plus de satisfaction que le charivari des sirĂšnes (auquel, malgrĂ© ma dĂ©fense, je succombe trop souvent – pour preuve ce billet matinal).

Bonne journée !

Un peu de politique de bon matin ?

Bon… Avant de m’y mettre, je prends mon cafĂ© tranquillou, j’allume ce qui me sert de rĂ©ceptacle Ă  informations (une tĂ©lĂ©vision mais ça fait longtemps que je ne la regarde plus – je fais mon marchĂ© sur Youtube entre canal de gauche, de droite, du centre, de l’arriĂšre et du juste milieu (salut RĂ©mi !)). Et lĂ … La vie dissolue de la dissolution s’impose Ă  mes sens, m’enivre jusqu’Ă  me saouler, m’envahit insidieusement de toutes les analyses qui se bousculent depuis que notre suprĂȘme leader nous ait fait l’honneur de son dernier coup de jarnac (ou j’arnaque, au choix).

Politique. Encore un mot, faut dire que notre rĂ©alitĂ© n’est fait que de ça, des mots qui s’agencent pour nous permettre de donner du sens Ă  ce qui n’en a ontologiquement pas. Je sais que je me rĂ©pĂšte, mais c’est introduction liminaire est essentielle… Surtout quand Ă  l’Ă©vidence le discours mĂ©diatique dispose d’une puissance que le rĂ©sultat des derniĂšres Ă©lections prĂ©sidentielles ne peut que rĂ©vĂ©ler. Les divers commentateurs m’auront bien fait rire avec « la justesse des estimations sondagiĂšres ». Et le coup de la prophĂ©tie auto-rĂ©vĂ©latrice, vous connaissez ? Pourtant, le Dune de Villeneuve aura exposĂ© cette logique avec une force narrative qu’il n’est pas vraiment possible de dĂ©nier ? Jamais, dans une Ă©lection, le projecteur n’aura Ă©tĂ© accaparĂ© et rĂ©servĂ© Ă  une poignĂ©e, que dis-je, un trio de candidat : Hayer, Bardella, Glucksmann. Une sorte de CerbĂšre dĂ©signĂ© par ce qu’il n’est pas complotiste, pardon, exagĂ©rĂ©, de dĂ©finir comme un systĂšme aux ordres d’un ensemble d’intĂ©rĂȘts particuliers en composant un autre de systĂšme. Parfois je me dis que je devrais quitter mes activitĂ©s crĂ©atives pour me lancer dans une tentative de rĂ©vĂ©lation, Ă  coups de schĂ©mas et d’organigrammes/sociogrammes, des forces en prĂ©sence dans notre bon pays. Puis je me dis qu’il faut encore un public pour ça, et vu le rĂ©sultat des derniĂšres europĂ©ennes, je ne suis pas sĂ»r qu’il y ait un intĂ©rĂȘt pour la pilule rouge. Comme souvent dans ma vie, je suis tiraillĂ© entre deux pulsions, celle de participer Ă  la vie collective et celle de me concentrer sur mes petites ambitions plus personnelles mais finalement pas moins futiles. Car l’expĂ©rience m’aura aussi rĂ©vĂ©lĂ© Ă  quel point croire en la solidaritĂ© des autres est illusoire, quand bien mĂȘme elle s’exĂ©cuterait dans leur propre intĂ©rĂȘt. J’ai vu et constatĂ© combien la tentation du destin personnel est plus forte que l’idĂ©e d’une collaboration gĂ©nĂ©reuse. Notre sociĂ©tĂ© est bien celle du chacun pour soi, ce qui explique en partie la dĂ©cadence actuelle. Plus que jamais, je ne crois qu’en une sociĂ©tĂ© solidaire et responsable, oĂč l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral prĂ©vaut sur tout le reste – et l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, pour moi, c’est la volontĂ© puissante de rĂ©aliser les conditions d’un bonheur collectif. Je sais, je suis un naĂŻf, un idĂ©aliste, un idiot, un utopiste, un rĂȘveur, un fou, un gros connard mĂȘme. Le monde, tous les jours, me le rĂ©pĂšte assez quand j’Ă©coute les mĂ©dias ressasser l’ignominie organisĂ©e que sont devenues nos glorieuses dĂ©mocraties.

Donc, dans les faits, gros score du RN. Suivi dans un mouchoir de poche par Reniou (oui, ça me fait rire) et l’europophile exaltĂ© Glucksmann, soit le PS. L’autre vrai score notable, c’est la paradoxale mais quand mĂȘme forte progression de la LFI. Et dans les donnĂ©es Ă  considĂ©rer, la chute des verts, et le rĂ©sultat de l’invisibilisation des petites listes, notamment les souverainistes qui ont payĂ© chĂšrement leur dĂ©sir d’indĂ©pendance. Faire des millions de vues sur Youtube c’est bien, mais ça ne reste qu’une paille dans l’oeil qui demeure rivĂ© sur le flux mainstream. En rĂ©sumĂ©, et trĂšs rapidement car ça nĂ©cessiterait un dĂ©veloppement et une analyse plus exigeante qu’une affirmation intrinsĂšquement insuffisante pour s’Ă©tablir comme vĂ©ritĂ©, il ne faut pas confondre la petite masse des gens concernĂ©s qui prennent le temps de choisir son flux d’infos et la grosse qui n’a pas le temps pour ça et qui se contente d’Ă©pouser les opinions toutes faites qu’on leur dĂ©livre Ă  la radio, dans les journaux, et Ă  la TV.

Et lĂ , dissolution. Comme ça, sans gants et sans mĂ©nagement. Le coup de la rupture amoureuse qui survient sans crier gare, sans prĂ©mices ni signes. Ce qui est faux en soi : des indices, il y en avait plein, et plus tĂŽt dans la journĂ©e j’avais dĂ©livrĂ© cet oracle Ă  mes enfants. Si j’avais su Ă  quel point c’Ă©tait gĂ©nial de le spĂ©cifier, je l’aurais Ă©crit sur ce blog. Tant pis, je resterai une Cassandre de blog, ce n’est pas comme si je voulais me vendre en tant que politologue du dimanche, y en a dĂ©jĂ  bien trop sur le marchĂ©. Et depuis, polarisation mĂ©diatique, mĂȘme ceux qui dĂ©noncent la manipulation y participent. J’avoue que je suis un bon spectateur, car la politique j’adore ça. Je ne la considĂšre pas comme un art noble ou comme un domaine rĂ©servĂ© Ă  des spĂ©cialistes. La politique, de « Polis », la citĂ© en grec ancien, c’est tout ce qui touche Ă  la vie de la citĂ© devenue sociĂ©tĂ©. Tout est politique. Absolument tout. Car la moindre de nos actions citoyennes ou mĂȘme simplement civiques participent Ă  la citĂ©. MĂȘme nos oeuvres culturelles les plus mineures participent au discours politiques en mettant en scĂšne, de maniĂšre faussement naĂŻves, des modes de vie ou des principes idĂ©ologiques voire moraux. Dire bonjour ou ne pas dire bonjour Ă  un voisin est un acte politique. Toiser un autre qui nous agace ou lui sourire est un acte politique. Une vision peut-ĂȘtre un poil dramatique voire emphatique, mais c’est la mienne. Le monde Ă©tant tel que nous le faisons, dans une logique presque karmique, nos comportements publics, nos actes sociaux, dĂ©terminent sa nature. En ce moment c’est pas trĂšs fifou comme le dirait ma fille, trĂšs touchĂ©e moralement par ce qu’elle aura vu, lu et entendu sur les rĂ©seaux qu’elle suit ou qu’elle abonde.

Les observateurs s’interrogent donc sur l’intention. Le machiavĂ©lophile prĂ©sident est certes rĂ©putĂ© pour son addiction Ă  la manipulation, mĂȘme si elle est souvent grossiĂšre. La roublardise, ou l’audace pour utiliser un terme que ses aficionados prĂ©fĂšrent, est son essentiel moteur. Franchir non pas le rubicon, mais tous les rubicons possibles et imaginables, en constatant que la sidĂ©ration est un phĂ©nomĂšne proportionnellement rĂ©pĂ©table selon l’incapacitĂ© Ă  comprendre la rĂ©alitĂ© de la situation. C’est un peu lapidaire comme analyse, mais elle est pourtant rĂ©elle : dans la grande majoritĂ© des cas, peu ont compris le but des manoeuvres et des abus de pouvoir en cascade de ces deux derniĂšres annĂ©es. Il y a aussi de la brutalitĂ© et de la rapiditĂ© dans l’exĂ©cution qui rappellent les campagnes de CĂ©sar. Finalement, est-ce surprenant de nous voir assiĂ©ger tels des gaulois rĂ©fractaires par un pouvoir qui ne vise qu’Ă  nous rĂ©former en tant que peuple et en tant que nation ? Je vous renvoie aux excellentes vidĂ©os de PacĂŽme Thiellement sur la chaĂźne vidĂ©o Youtube de Blast qui m’a inspirĂ© cette saillie. Sachant de plus que sa vision du Christ rejoint la mienne, et que ça fait du bien en ces temps d’intense religiositĂ© (je ne parle pas des religions, mais bien de la religiositĂ©).

Personnellement, je pense que la volontĂ© de notre prĂ©sident est d’ouvrir la voie au RN pour lui saborder celle de la prĂ©sidentielle. Notre arĂšne politique « professionnelle » Ă©tant devenue un thĂ©Ăątre de Guignol (et j’ai pas Ă©crit de « guignols » – notez la finesse qui Ă©vite la saillie facile) oĂč le narratif l’emporte sur le rĂ©el, c’est bien le mandat qui importe, pas tant que l’action politique en soi. Il n’est pas impossible qu’ayant ouvert la voie Ă  l’ennemi fondamental, l’idĂ©e soit de lui laisser un peu le manche pour montrer Ă  tous qu’il en fait n’importe quoi. AprĂšs, le vrai grand danger, c’est bien cette maudite gauche, encore un autre cerbĂšre, dont une des tĂȘtes est profondĂ©ment menaçante, cherchant Ă  faire faillir cette esprit lucrato-libĂ©ral qui fait le bonheur des flux boursiers et des gras dividendes (« Pognon… je t’aime ! » Imitation savoureuse du regrettĂ© Jean-Pierre Mariel de Michel Leeb). Finalement, quand tu additionnes tous les partis de gauche aux europĂ©ennes, ça monte pas mal, presque au niveau du RN. Gageons que les Ă©gos de la gauche sauront encore prĂ©dominer sur l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et qu’ils feront encore les idiots utiles en se perdant, une fois encore, dans des introspections existentielles les poussant Ă  suspecter leurs collĂšgues d’ĂȘtre des traĂźtres ou des salauds en embuscade. Petite pensĂ©e pour le cristallin de service, qui me fait penser aux ante-christ de l’Apocalypse. Et j’ai trouvĂ© touchante la rĂ©action dĂ©sabusĂ©e de Thomas Porcher sur le MĂ©dia, fatiguĂ© de constater le continuel revirement opportuniste d’une gauche capricieuse, plus soucieuse de remporter des Ă©lections Ă  but personnel que dans la logique d’un combat idĂ©ologique censĂ© la magnifier.

En conclusion, et pour faire court (car je dois m’y mettre), ces LĂ©gislatives seront aussi un moment d’Ă©claircissement Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre de rĂ©vĂ©lation. Vu le chaos social que nous traversons depuis l’Ă©lection prĂ©sidentielle, il n’y a rien de pire Ă  venir. Je suis curieux de voir ce que fera le RN s’il obtient une majoritĂ© au Parlement. Je suis curieux de voir si la natalitĂ© des castors va connaĂźtre un bond aussi prodigieux que la derniĂšre fois et comment les mĂ©dias vont agir pour que ceux-ci fasse leur barrage lĂ  oĂč on voudra qu’ils les fassent. LFI se voit sommer de faire corps, et dans les prochains jours, nous verrons si la gauche radicale fera son pacte avec le diable de la classe moyenne. Glucksmann, avatar d’un Macron lui aussi, en son temps, sponsorisĂ© par une gauche bobo, ne pourra pas cohabiter avec son ennemi intime, son vĂ©ritable ennemi (qui n’est pas la finance).

Et si le RN dominait, quid du premier ministre ? Bardella ou Marine Le Pen ? Deux ans d’Ă©chec pourrait sonner le glas d’un mandat prĂ©sidentiel ou vicier la candidature d’un mandant de ce parti pour en faire l’utile bouc Ă©missaire qu’un nouveau messie mĂ©diatisĂ© pourrait supplanter (Glucksmann ?).

Je regardais ce jour Viktorovitch en pleine exaltation de sa peur de l’avĂšnement d’un fascisme, qui lui Ă©met l’idĂ©e que le but de la manƓuvre c’est retrouver une majoritĂ© prĂ©sidentielle en jouant sur les peurs. Ce qui me semble abscons par faute simplement de candidats macronistes. L’air de rien, le dernier remaniement a quand mĂȘme dĂ©voilĂ© le manque d’enthousiasme pour un parti qui va porter longtemps la marque de ses choix impopulaires. En bref, Ă  part des amateurs et des nouvelles tĂȘtes, peu de chance que des vieux briscards ou des prĂ©tendants sĂ©rieux participent Ă  ce qui ne sera au mieux qu’un remake du Titanic en milieu urbain. AprĂšs, il y a peut-ĂȘtre une escouade de rĂ©serve que je ne vois pas venir, mais je n’y crois pas. AprĂšs (2), il n’y aura de victoire que dans des fiefs conquis depuis longtemps – dans une France dĂ©vastĂ©e Ă©conomiquement, ce genre de territoire commence Ă  se faire rare.

Il est quand mĂȘme triste de voir certaines politiques effacĂ©es ou invisibilisĂ©es quand elles ne sont pas diabolisĂ©es. Je regardais des infographies du Monde hier, et j’ai Ă©tĂ© encore surpris de voir des catĂ©gories comme celle de « l’extrĂȘme-droite » englobant un peu tout et n’importe quoi. C’est lĂ  aussi qu’il faut constater Ă  quel point il est difficile pour un observateur qui se veut objectif de rĂ©ifier son indĂ©pendance de point de vue tout en acceptant, en validant, le logos d’une matrice qui dĂ©forme par sa nature systĂ©mique tout ce qu’elle dĂ©signe. Une fois encore, la libertĂ© voire la rĂ©volution ne pourra se rĂ©aliser que par la contestation des mots et des idĂ©es, par dans le jonglage qu’est devenu, de nos jours, l’exercice politique comme analytique.

Bonne journée (je suis à la bourre).

Les limites du narratif

Quelle pĂ©riode folle ! Beaucoup d’entre nous ne perçoivent pas ce qui se passe mais nous vivons tout simplement la fin lente mais certaine d’une maniĂšre, d’une mĂ©thode, d’une stratĂ©gie, de prĂ©senter les choses, d’arranger les faits, en bref de substituer un narratif plus ou moins bien savamment construit en lieu et place du rĂ©el.

Alors oui, le « rĂ©el » est une chose trĂšs floue, un concept comme un autre, car du fait de notre subjectivitĂ©, nous sommes tous les otages de notre perception du monde, et ce qui nous relie ce sont bien le canevas des croyances et des conventions que nous partageons. Il y a quelque chose de fascinant de constater Ă  quelle point les humains croient en des artefacts aussi Ă©thĂ©rĂ©s que les nations ou en certaines idĂ©es encore plus floues comme peuvent l’ĂȘtre la dĂ©mocratie ou la libertĂ©. Mais finalement, vivre n’est-ce pas pour chacun d’entre nous de tenter de donner du sens, d’adopter des croyances, pour s’y raccrocher tout au long du parcours de vie ? Toujours, je serai condamnĂ© au terrible constat qui m’a frappĂ© alors que j’avais tout juste 7 ans : rien n’a de sens… Il ne reste donc qu’Ă  tenter d’en donner, mĂȘme si parfois le tentation de cĂ©der Ă  l’acceptation de l’impermanence menace (Ă  ne pas confondre avec la menace de l’incontinence qui pĂšse sur chacun d’entre nous Ă  plus ou moins longue Ă©chĂ©ance).

A l’Ă©vidence, les orfĂšvres de la manipulation des masses ont bien compris combien la puissance mĂ©diatique Ă©tait, par exemple, un levier terrible pour influer sur nos perceptions. Tous les jours, je constate combien l’agenda mĂ©diatique rĂ©pond Ă  des intĂ©rĂȘts bien prĂ©cis et surtout bien privĂ©s, et comme tout est orchestrĂ© pour influencer et non pour informer. Ah, les sondages ! C’est dĂ©lirant comme ces pseudos mĂ©thodes d’estimation d’une opinion qui serait « publique » ont pris une place prĂ©pondĂ©rante dans la discussion mĂ©diatique. Ou, comment des Ă©chantillons peuvent prĂ©tendre reflĂ©ter l’incroyable hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© d’un peuple dĂ©signĂ© avec emphase par leur nationalitĂ© : les fameux « français ». Les sophistes en abusent par ailleurs : « j’ai rencontrĂ© les français », « tous les français veulent », « ce qui intĂ©resse les français », et j’en passe ! Toujours ça tourne au jeu de rĂŽle du reprĂ©sentant suprĂȘme dont l’oreille fabuleuse aurait rĂ©ussi Ă  saisir le son pourtant complexe d’une masse de 68 millions d’Ăąme pour en restituer la substantifique essence. Personnellement, et bien que je me sente profondĂ©ment français, jamais ces gens lĂ  n’Ă©voque mon opinion ou mes idĂ©es. Nous devons ĂȘtre peu Ă  les avoir, mes opinions, donc elles sont dissoutes dans la dense fusion des millions d »autres, contradictoires, dans un processus finalement dĂ©mocratique oĂč la majoritĂ© l’emporte sur le reste. Ben c’est pas joli joli ce mĂ©lange de haine et d’intolĂ©rance, cette volontĂ© sourde de toujours dĂ©signer des ĂȘtres creux comme ses maĂźtres, pardon, ses reprĂ©sentants. Sans rire.

Tout ça n’est qu’artifice, et pourtant, jamais les sondages n’auront autant servi de pavĂ©s pour prĂ©parer le chemin de nos votes, quitte Ă  en faire des tonnes et surtout quitte Ă  dĂ©voiler Ă  quelle point tout ça n’est qu’imposture et escroquerie.

La France va mal, et ça ne va pas s’arranger. En fait, ça ne peut simplement pas s’arranger. Il n’est pas possible de faire son bonheur sur la misĂšre des autres, et c’est pourtant le choix qui a Ă©tĂ© complaisamment et consciemment fait par une certaine classe sociale qui s’est abandonnĂ©e totalement aux gains que lui a promis puis apportĂ© une idĂ©ologie nĂ©o/ultra/libĂ©rale, et surtout trĂšs immorale, de l’Ă©conomie. Nous sortons de plus de quinze ans de dĂ©lire monĂ©taire, nous sommes Ă  la fin d’un chemin comme le seraient des hĂ©ros d’un conte juste avant sa conclusion (ce serait plutĂŽt du Andersen pour le coup). Et la tactique pathĂ©tique d’user encore et encore de boucs Ă©missaires caractĂ©risĂ©s par leur insigne faiblesse pour faire diversion et surtout canaliser la rancƓur et la rancune ne sera plus salutaire. Il y a quelque chose de fascinant, encore une fois, Ă  entendre les Ă©ditorialistes et autres analystes dĂ©plorer que la nouvelle rĂ©forme du chĂŽmage visent encore ceux qui recherchent un emploi avec comme dessein de les motiver Ă  accepter les royales 350 000 offres qui seraient tout simplement boudĂ©es par des armĂ©es de profiteurs qui vivraient dans une insouciante farniente. Il faut que le dormeur se rĂ©veille : cette rĂ©forme ne vise absolument pas les chĂŽmeurs (dont ce pays et ses reprĂ©sentants s’en foutent trĂšs complaisamment), mais ceux qui sont salariĂ©s et qui pourraient, dans un proche avenir, perdre leur travail. C’est une rĂ©forme serre-les-fesses sponsorisĂ©e par ceux qui vont encore te vendre une Ă©niĂšme assurance pour commuer la peine. Tu frappes tant que la victime est sidĂ©rĂ©e, pourquoi s’arrĂȘter en si bon massacre ?

Les motivations de ces exactions politiques, de ces dĂ©cisions aussi brutales que fonciĂšrement cruelles et injustes (les cotisations restant les mĂȘmes), sont Ă  chercher dans un dĂ©sir d’installer un ordre social qui, comme je l’ai Ă©crit Ă  maintes reprises ces derniĂšres annĂ©es, n’ambitionne qu’Ă  revenir Ă  une fĂ©odalisation notamment dans les rapports sociaux. Il y a la conscience d’une minoritĂ© qui possĂšde et qui souhaite tout mettre en oeuvre pour forclore tout idĂ©e mĂȘme de contestation ou de rĂ©bellion. Ce qui est pourtant Ă  la fois une insigne preuve de stupiditĂ© comme un terrible aveu d’une crainte profonde. Toute notre Ă©conomie est Ă  prĂ©sent artificielle, tout obĂ©it Ă  un narratif qui tremble devant les coups de boutoirs d’un rĂ©el que les agences de notation ne reprĂ©sentent absolument pas, faisant partie du problĂšme, mais qu’elles annoncent quand mĂȘme Ă  bas bruit. Un mĂ©lange entre un requiem et une musique militaire, rien de gai lĂ -dedans, c’est clair.

Entre ceux qui prĂ©tendent que la dette c’est pas grave et ceux qui gravement annonce l’effondrement, il y a de quoi se poser des questions. La vĂ©ritĂ©, encore une fois, est entre ces deux eaux. Oui, une dette en soi n’est jamais grave tant qu’on a les moyens de la rembourser. Oui, une dette est grave quand on a pas maniĂšre ou moyen de gĂ©nĂ©rer ce qui est dĂ» et encore moins quand il n’y a plus de cash dans la poche. Ce qui est terrible, c’est que ce sont ceux qui ont fait exploser les compteurs qui ont ƓuvrĂ© Ă  dĂ©vaster les moyens de s’en sortir. IncompĂ©tence ? StupiditĂ© notoire ? TrĂšs haute trahison ? Corruption systĂ©mique prĂ©valant sur la raison la plus Ă©lĂ©mentaire ? J’ai tentĂ© d’expliquer au dĂ©but du « quoi qu’il en coĂ»te » la roublardise de la manƓuvre. J’usais alors de la mĂ©taphore de l’argent pris dans ma poche, dont on me redonnait avec magnanimitĂ© une toute petite part en me disant qu’on m’avait dĂšs lors sauvĂ© de la ruine. J’ai pris conscience alors combien ces questions logiquement Ă©conomiques ne parlent qu’Ă  trop peu de personnes. Nous sommes un peuple, nous « les français », qui a Ă©tĂ© soigneusement dĂ©sĂ©duquĂ©. BiberonnĂ© avec des mots comme la dĂ©mocratie, la RĂ©publique, la LibertĂ©, la fraternitĂ©, qui auront Ă©tĂ© vidĂ©s de leur sens rĂ©el pour ne reprĂ©senter qu’un mode de vie consumĂ©riste et faussement idĂ©al.

TrĂšs naĂŻvement, j’ai pensĂ© au dĂ©but de la crise du COVID qui demeure un grand moment en soi, un traumatisme illustrant combien toute crise est source d’opportunitĂ©s pour certains systĂšmes prĂ©dateurs, que c’Ă©tait l’occasion de mettre un frein Ă  l’hubrys avec l’accord et la concertation de tous. Le choix de l’argent magique, dĂ©lirant de la part de celui qui s’en Ă©tait dĂ©fendu, aura dĂ©foncĂ© les derniers bastions de ma candeur. Je n’ai pas la prĂ©tention de dĂ©tenir la vĂ©ritĂ© parfaite, je me suis donc demandĂ© si le choix se rĂ©vĂ©lerait payant, Ă  la longue. Si j’avais tort, si la corruption systĂ©mique n’Ă©tait pas aussi terrible que je l’estimais. A l’arrivĂ©e, j’avais bel et bien tort, cette corruption, vĂ©ritable rapacitĂ© organisĂ©e, est encore bien pire que je l’avais envisagĂ©. Encore une fois, la volontĂ© de parasitisme jusqu’Ă  tuer l’organisme nourricier a dĂ©montrĂ© la nĂ©vrose, c’est bien le mot, d’une minoritĂ© qui n’en a absolument rien Ă  foutre de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.

Nous sommes entrĂ©s dans une pĂ©riode fascinante qui va voir s’affronter deux blocs, ceux qui possĂšdent et ceux qui sont exploitĂ©s. Je ne fais pas ici dans la finesse, surtout que dans un proche avenir il est prĂ©visible que ceux qui possĂšdent, surtout pas grand chose, soient exploitĂ©s (coucou l’Ă©pargne, coucou les rĂ©sidences secondaires !) mais comme toute possession n’est en soi qu’une croyance partagĂ©e et acceptĂ©e, le contrat va ĂȘtre pour les gĂ©nĂ©rations futures d’accepter d’ĂȘtre spoliĂ©es des richesses dont la jouissance est dĂ©terminĂ©e par la trĂšs relative lĂ©gitimitĂ© de l’antĂ©cĂ©dence. Planter un drapeau avec « preums » ne suffit pas. Il faut aussi que celui qui arrive juste aprĂšs accepte tout ce que le principe impose. Cette sociĂ©tĂ© de l’exploitation ne tient que par ça : la soumission Ă  une prĂ©tention qui n’est en vĂ©ritĂ© que ça. Si encore, il y avait une sorte de rĂ©partition, une sorte de justice qui empĂȘcherait les abus de l’accaparement, qui permettrait Ă  chacun, raisonnablement, d’avoir son petit bout Ă  soi, il serait possible d’imaginer que les choses s’amĂ©liorent. Mais non. Un peu de concentration, beaucoup de concentration : nos PME le sentent bien passer actuellement. Il en est ainsi des marchĂ©s qu’ils se partagent tant que tu as les coudes pour t’y promener : dĂšs qu’on te coupe les bras, c’est dĂ©jĂ  plus difficile.

Qu’arrive-t-il Ă  un pays qui ne produit plus de richesses matĂ©rielles et concrĂštes pour se consacrer Ă  l’abus de processus rentiers qui vampirisent les flux monĂ©taires plutĂŽt que les irriguer ? Qu’arrive-t-il Ă  un pays qui est consciencieusement pillĂ© et plombĂ© par ce qu’il serait honnĂȘte de dĂ©terminer comme une vĂ©ritable guerre Ă©conomique, Ă  bas bruit ? L’austĂ©ritĂ© et la rigueur sont encore deux beaux syllogismes qui sont agitĂ©s comme des solutions Ă  ce qui ne serait qu’un problĂšme budgĂ©taire, gestionnaire, alors qu’en vĂ©ritĂ© il n’est pas possible d’attendre de rĂ©colte d’une terre qui aura Ă©tĂ© mĂ©ticuleusement pillĂ©e puis stĂ©rilisĂ©e.

Il y a de la panique, il y a une sorte d’hĂ©bĂ©tement, chez une Ă©lite qui constate que tout leur Ă©chappe. Il y a eu, un temps, de l’euphorie Ă  voir comme il Ă©tait facile d’influencer les candides, les naĂŻfs, les stupides, les mous comme les apathiques (un vrai tour de passe passe). Il y a une fascination emprunte de dĂ©goĂ»t en voyant les mĂȘmes oser ne plus penser, ne plus agir, comme il est entendu, en promettant d’aller voter pour la bĂȘte immonde. Les mĂ©dias rĂ©duits Ă  des caisses de rĂ©sonance jouent le jeu, tandis que leur crĂ©dibilitĂ© est mise Ă  l’Ă©preuve avec duretĂ©. L’idĂ©e de la collaboration, la vilaine, revient dans nos psychĂ©s trop habituĂ©es Ă  ne rĂ©agir et Ă  ne penser qu’avec la parallĂšle de la seconde guerre mondiale. Beaucoup d’observateurs un brin sagaces osent remarquer qu’en France le travail n’a pas Ă©tĂ© bien fait, au moment oĂč il fallait faire la part des choses, dĂ©terminer la responsabilitĂ© de certains, veiller Ă  empĂȘcher le retour de certains hubrys. Demain, nous allons fĂȘter le DĂ©barquement, l’opĂ©ration Overlord en langage codĂ©, traduction : Suzerain. 70 ans plus tard, devant ce qu’il reste de notre pays, est-il prĂ©fĂ©rable d’avoir peur d’ĂȘtre traitĂ© de complotiste ou de con tout court pour ne pas constater ce que nous sommes devenus ?

Personnellement, je suis trĂšs impatient de voir les rĂ©sultats de prochaines Ă©lections europĂ©ennes pour voir si les pythies sondagiĂšres auront dĂ©livrĂ© de bons oracles ou encore rĂ©alisĂ© un travail de bluff et de persuasion efficace avec le mĂ©diatique nudge marketing qui veut que je n’ai pas encore reçu, Ă  trois jours du dĂ©but du scrutin, les professions de foi. Jamais l’invisibilisation trĂšs volontaire, la thĂ©Ăątralisation, le dĂ©ni dĂ©mocratique, la validation ploutocratique (t’as pas d’argent t’existe pas) n’auront Ă©tĂ© aussi manifeste pour rĂ©duire le choix Ă  ce qui n’est qu’un janus politique, Ă  la fibre trĂšs clientĂ©liste : la MajoritĂ© et RN. En alternative, impossible Ă  totalement invisibiliser pour faute d’une popularitĂ© encore vive (reste la dĂ©crĂ©dibilisation et la diabolisation), la Gauche Ă  la dĂ©rive avec un PS vestige et incarnation de ce qu’il aura toujours Ă©tĂ©, soit une gauche de classe moyenne ; et la LFI, honorable dans ses indignations mais dans le fond peu rĂ©volutionnaire avec une illusion de la rĂ©forme (encore) et l’idĂ©e saugrenue de pouvoir dompter la technocratie europĂ©enne (vu les affaires de corruption qui ont eu peu d’Ă©cho, ça promet). Pour le reste, une armĂ©e des ombres, qui Ă  la maniĂšre des rĂ©sistants de la seconde guerre, sont cachĂ©s et peu audibles (s’il venait Ă  certain d’Ă©pouser leurs idĂ©es). Cependant, c’est bien dans ces volontĂ©s farouches que se trouvent peut-ĂȘtre notre salut, notamment avec le courant souverainiste, de gauche comme de droite, qui rĂȘve d’une rĂ©sistance Ă  la dĂ©liquescence. Chiche que « souverainiste » remplace bientĂŽt complotiste ?

Je suis quasiment sĂ»r qu’il y aura un vote sanction, mais j’ai l’audace de penser que cette fois ce sera surtout la dĂ©nonciation d’une classe sociale dĂ©connectĂ©e des besoins et des souffrances de ce qui compose l’essentiel du peuple. Si c’est le RN qui emporte la mise, comme tous les sondages l’annonce, ça permettra de faire la clartĂ© sur le positionnement d’un parti qui reste purement rĂ©actionnaire avec la fragilitĂ© de n’avoir absolument aucune colonne vertĂ©brale idĂ©ologique (le racisme suspectĂ© n’en Ă©tant pas une). Que se passera-t-il du cotĂ© de la gauche ? Le travail mĂ©diatique va-t-il rĂ©ussir Ă  diaboliser et donc punir le bloc radical (LFI) en faisant qu’une gauche de droite nous refasse du hollandisme ? Ou au contraire, va-t-on assister Ă  un rejet de cette vision nĂ©e dans une France Ă  la centralisation toujours et encore coupable avec un vote massif de ceux qui croient en l’universalisme et les vieilles idĂ©es marxistes ?

J’aimerais que plein de petites listes parviennent Ă  placer des reprĂ©sentants. J’aimerais que toute la superficialitĂ© d’un systĂšme dĂ©mocratique apparaisse avec la conscience d’une spoliation par ce qu’il serait commun de dĂ©signer comme une aristocratie technocratique (kratos kratos). Mais je suis aussi maintenant trop habituĂ© Ă  constater que notre peuple s’est rĂ©signĂ© ou s’est converti aux fausses idoles en espĂ©rant, pour certains, en rĂ©cupĂ©rer quelques miettes. Quoi qu’il arrive, quelque chose se passe. Un trĂšs grand et profond changement. Pas forcĂ©ment une rĂ©volution, mais pour que celle-ci advienne, il faut toujours une phase de chaos, nĂ©cessaire pour se substituer Ă  l’apathie tĂ©tanisante. On y va, tant bien que mal (enfin plutĂŽt mal) et ça ne sera certainement pas une partie de plaisir, car personne ne sera Ă©pargnĂ©.