Le chaos avant quoi ?

Terrible Ă©poque que nous vivons, un monde en changement, un monde en Ă©bullition avec la sensation d’un Ă©croulement que dĂ©guise de plus en plus difficilement un monde mĂ©diatique semblant dĂ©connectĂ© de la rĂ©alitĂ©. J’ai Ă©normĂ©ment de boulot donc je passe mon temps Ă  gĂ©rer des micro problĂ©matiques mais hier ma fille me demandait pourquoi je n’Ă©crirais pas un bouquin sur un des nombreux sujets qui me passionnent. Soit, je pourrais, je peux, mais c’est paradoxalement sur le sujet du langage que je souhaiterais m’appesantir. Nous sommes dans un processus manipulatoire tellement gĂ©nĂ©ralisĂ© que ça ne cesse de me fasciner, tout en me rĂ©vulsant, Ă©videmment. Il faut dire que nous subissons des abus dĂ©clamatoires, incantatoires, qui Ă  la fois dĂ©noncent l’imposture et rĂ©vèlent l’impunitĂ©. Tout a Ă©tĂ© organisĂ© pour maximiser notre impuissance, grâce au moteur de notre adhĂ©sion tacite ou involontaire. Par exemple, l’invitation au dialogue qui n’est plus, depuis des dĂ©cennies, qu’une mĂ©thode pratique pour dĂ©samorcer les potentielles crises. Nous sommes devenus, je parle de la France, un peuple bien Ă©duquĂ©, bien Ă©levĂ©, qui ne conçoit plus qu’agir en suivant des règles, fussent-elles ineptes et injustes. Cette propension Ă  la soumission volontaire est pourtant un gage d’infamie pour ceux qui ont Ă©tĂ© Ă©levĂ©s dans la gloire du passif rĂ©volutionnaire. Que restent-ils des gaulois rĂ©fractaires ? Ont-ils seulement exister ou ne sont-ils qu’une autre marotte symbolique qu’on nous rĂ©cite pour nous faire rĂŞver d’un passĂ© magnifique au lieu de nous laisser grandir en nous faisant affronter la dure rĂ©alitĂ© du prĂ©sent ?

J’ai toujours eu la mĂ©lancolie d’ĂŞtre un homme sans racines, pas que j’ignore les origines de mes parents et le parcours de mes ancĂŞtres, mais je suis le fils d’un homme parfaitement adaptĂ© Ă  cette sociĂ©tĂ© « liquide » que nous vend en permanence le monde libĂ©ral. Mon père Ă©tait un homme brillant, capable et compĂ©tent, et il a bĂ©nĂ©ficiĂ© des avantages d’une Ă©bauche de mĂ©ritocratie qui a, un peu, existĂ© durant les trente glorieuses, avant que nous vivions la phase actuelle qui consiste Ă  reprendre ce qui avait Ă©tĂ© durement concĂ©dĂ©. J’ai donc beaucoup bougĂ© dans mon enfance, j’ai tentĂ© de suivre un peu les traces du papa Ă  l’âge adulte, mimĂ©tisme oblige et illusions inflige, avec toujours la sensation de n’avoir que la construction personnelle comme Ă©laboration de mon identitĂ©. Il me revient une anecdote cocasse et cruelle qui dĂ©montre en la matière l’absence d’instinct paternel de mon auguste patriarche. J’avais, Ă  la fin de l’adolescence, le rĂ©flexe d’indiquer que j’Ă©tais bourguignon quand on me demandait mes origines, d’oĂą je venais… simplement parce que j’avais vĂ©cu quelques annĂ©es Ă  Mâcon, et que j’y avais Ă©tĂ© très heureux. J’avais aimĂ© les paysages magnifiques du MacĂ´nnais, j’avais aimĂ© les gens, notamment dans les villages, accueillants et gĂ©nĂ©reux, j’avais envie de m’attacher, de me rattacher Ă  cette partie du peuple que je sentais bienveillante et courageuse. Un jour, alors que mes parents reçoivent ceux de ma compagne d’alors, le père dit au mien que je suis donc bourguignon, ce qui est balayĂ© par mon gĂ©niteur dans un rire Ă  la fois plein de cynisme et de sarcasme. Cette dĂ©nĂ©gation m’aura beaucoup marquĂ©, comme une sorte d’anathème qui m’envoyait la rĂ©alitĂ© en lieu et place du petit arrangement que je voulais faire avec les faits. J’Ă©tais dĂ©finitivement condamnĂ© Ă  n’ĂŞtre qu’un homme sans racines ni attaches, j’Ă©tais condamnĂ© Ă  ĂŞtre ce nomade moderne qui fait du monde entier son refuge et son foyer. En bref, j’Ă©tais destinĂ© Ă  n’ĂŞtre qu’un individu de plus et Ă  m’en faire Ă  la fois la raison mais aussi la conviction.

Etre un simple individu vous oblige Ă  deux choses principales, contraires et violentes. Vous ne pouvez ĂŞtre que celui que vous devenez et pas celui qui vient de quelque part. Il n’y a pas de passĂ©, pas de mĂ©lancolie, il n’y a que la route qui se prĂ©sente devant vous, Ă  parcourir, jusqu’au bout. Enfin, vous obtenez la force morale de celui qui n’a rien Ă  perdre que ce qu’il est vraiment. Ce qui entraĂ®ne la crĂ©ation d’un surmoi monstrueux qui vous dicte, jour après jour, sa longue liste d’obligations morales et intellectuelles qui vous imposent une manière d’ĂŞtre camouflant la rĂ©alitĂ© d’une survie. Je suis devenu l’homme que je voulais ĂŞtre, mais je constate que le monde qu’on me propose n’est qu’un vaste enfer Ă  ciel ouvert. Je n’ai pas Ă  m’en plaindre par rapport Ă  mes congĂ©nères, liquide par dĂ©cision parentale, je suis donc habituĂ© Ă  m’adapter et Ă  survivre quelles que soient les Ă©preuves, la fameuse rĂ©silience qu’on nous rabâche pour nous faire toujours plier davantage. Surtout, je me suis armĂ© intellectuellement et culturellement pour affronter ce monde… j’y traĂ®ne souvent comme un carnassier dissimulant ses dents, car je sais que nous ne sommes plus en terrain neutre. La brutalitĂ© est partout, la violence lĂ©gale comme sociale une triste rĂ©alitĂ©, il faut donc en permanence ĂŞtre prĂŞt Ă  rendre ce qu’on vous donne sans hĂ©sitation ni faiblesse.

Il y a deux jours, mes enfants m’ont fait une magnifique dĂ©claration d’amour, qui m’a touchĂ© car je ne voulais pas, je n’escomptais pas, d’ĂŞtre père. Ils me tĂ©moignent la reconnaissance de leur avoir donnĂ© certaines armes pour s’adapter Ă  la vie Ă  venir, surtout ils peuvent juger Ă  prĂ©sent de la valeur des avertissements et des Ă©clairages que j’ai tentĂ© constamment de leur donner, au grĂ© du temps et de leur croissance. J’ai appris il y a longtemps que l’art de la paternitĂ© consiste surtout Ă  ne pas dĂ©former un enfant avec son petit ego mais bien veiller Ă  ce qu’il puisse grandir et Ă©voluer en suivant sa propre route. Ce n’Ă©tait pas Ă©vident de les encourager Ă  devenir des citoyens tout en leur apprenant la dĂ©fiance envers tout système qui vous contraint et vous oblige. Je sais combien il est difficile de vivre sans illusion, pourtant c’est la condition pour ne pas s’y perdre. Le monde d’aujourd’hui est un monde dont les chimères ne deviennent plus que de pâles silhouettes qui ne convainquent plus personne. C’est Ă  la fois abominable et nĂ©cessaire. Nous arrivons dans une pĂ©riode de chaos qui dĂ©bouchera sur un nouveau paradigme, qui ne sera d’ailleurs qu’un système aussi temporaire que terrible. Comme si l’humanitĂ© ne pouvait que toujours subir et endurer ce cycle entre dĂ©sir de justice et Ă©crasement par l’injustice. Douze mille ans que l’homme se rĂŞve et s’invente pour toujours en arriver Ă  ces dĂ©sĂ©quilibres flagrants, il y a tout de mĂŞme la sensation, personnelle, d’une absurditĂ© propre Ă  la nature humaine, inĂ©luctablement contaminĂ©e par sa tendance Ă  la nĂ©vrose dĂ©complexĂ©e.

MĂŞme si je ne suis pas aussi vieux que ça, je sais que je suis davantage vers la fin qu’au dĂ©but, et je sais qu’il y aura de nombreux combats Ă  mener Ă  l’avenir. Je me pose la question de les mener ou pas, en compagnie des gĂ©nĂ©rations futures qui vont payer durement tous ces mauvais choix, cet Ă©gotisme dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© qui dĂ©truit la nature et nous empoisonne tant le corps que l’esprit. Si je dois Ă©crire, ce sera pour tenter d’Ă©clairer ceux qui veulent ĂŞtre libres, car je crois toujours que tout est affaire de choix. Et Ă  prĂ©sent, tout est Ă  faire ou Ă  refaire, aussi. Etre sans racine m’a aussi inculquĂ© ça : quand rien n’a de sens, Ă  toi d’en crĂ©er, Ă  toi d’en donner. LibĂ©rĂ© des carcans des obligations de ceux qui ne songent qu’Ă  accaparer Ă  ton dĂ©triment, garde en tĂŞte que ce monde n’appartient Ă  personne : nul n’a le droit de crĂ©er son bonheur en privant un autre du sien.

La règle morale simple que j’ai inculquĂ© Ă  mes enfants alors qu’ils Ă©taient tout petits : tenter d’agir toujours avec bienveillance, en Ă©tant capable d’estimer la polaritĂ© de ses actions. Simplement, quand tu agis, si cela provoque de la souffrance chez autrui, c’est mal, quoi que tu te dises ou quoi que tu essaies de justifier. Il est plus que compliquĂ©, naturellement, de toujours agir sans provoquer du tort… mais il convient d’en avoir la conscience et de ne pas en rejeter la responsabilitĂ©. Le chaos que nous vivons actuellement est la simple consĂ©quence de la perdition morale qui caractĂ©rise un monde ultra-libĂ©rale qui dĂ©guise constamment les faits aux dĂ©triments des ĂŞtres. Il est important, plus que jamais, de revenir Ă  une vĂ©ritable justice sociale qui ne peut, par ailleurs, plus ĂŞtre imaginĂ©e ou voulue Ă  la dimension d’une nation, mais bien Ă  celle d’une planète. Plus que jamais, la France non en tant que petit pays cocardier mais bien en tant qu’idĂ©e d’un humanisme puissant a un rĂ´le Ă  jouer.

Non, pas cette France d’aujourd’hui, l’autre. Celle qu’il convient de ressusciter avant qu’elle ne soit plus qu’un rĂŞve, une triste et dĂ©cĂ©dĂ©e chimère.

De retour

Le souci quand on a plusieurs sites avec WordPress c’est qu’une mise Ă  jour Php pour l’un d’entre eux peut engendrer maints dĂ©boires pour les autres. Ce fut le cas pour Arcticdreamer.fr qui a souffert de mon agenda très chargĂ©. Ce matin, j’ai pris le temps de faire les choses, en attendant de les faire bien, c’est pour cela qu’il n’y a pas vraiment de mise en page, j’ai installĂ© un thème rapido et hop, tournez manège !

Après, ce n’est pas comme si j’en avais Ă  faire de ce site, c’est davantage une expĂ©rience personnelle que je poursuis car je suis un peu comme ça, j’ai du mal Ă  dĂ©truire ce qui a pris du temps et de l’attention. Mais bon, quand je relis ce que j’Ă©crivais il y a 11 ans et l’Ă©cart plus que gigantesque avec l’homme que je suis Ă  prĂ©sent, j’ai comme toujours l’impression qu’il n’y a aucun mal Ă  effacer ce qui a Ă©tĂ© pour aller de l’avant, et au moins ne pas faire peser sur le prĂ©sent les chimères/croyances/illusions d’hier. Au niveau sociologique c’est tout de mĂŞme intĂ©ressant de me pencher sur le fantĂ´me de ma personne passĂ©e, en cela les billets de ce site sont intĂ©ressants car le clichĂ© d’une Ă©poque dont je serais le petit nĂ©gatif. Qui sait, peut-ĂŞtre qu’arcticdreamer.fr Ă©voluera vers autre chose Ă  terme, j’ai toujours eu envie d’Ă©crire une suite au roman de Shelley avec sa crĂ©ature fascinante ?

De lĂ  me frappe une mise en abyme, avec l’idĂ©e de n’ĂŞtre que la crĂ©ature d’un moi intĂ©rieur qui me manipulerait telle une marionnette ! Allez, j’arrĂŞte la dĂ©connade, bonne journĂ©e 🙂 !

Le chat

Clin d’œil avec un beau poème de Baudelaire qui me fait sourire en ce dĂ©but d’annĂ©e 2024 !

A ma petite GaĂŻa, mon petit rayon de soleil tout noir !

Viens, mon beau chat, sur mon cĹ“ur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent Ă  loisir
Ta tĂŞte et ton dos Ă©lastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps Ă©lectrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bĂŞte
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques Ă  la tĂŞte,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

De la religiosité

Je n’Ă©cris pas assez souvent sur ce blog mais il est de moins en moins Ă©vident, maintenant que j’ai cĂ©dĂ© Ă  mes ambitions crĂ©atives, de trouver du temps pour m’adonner aux douces joies de l’Ă©criture rĂ©crĂ©ative. Ce ne sont pas les sujets qui manquent, encore moins l’inspiration, simplement le processus d’Ă©criture est devenu pour moi plus facile, plus fluide, ne nĂ©cessitant pas une discipline particulière… Je me faisais la rĂ©flexion, il y a quelques jours, que l’Ă©criture ne se nourrit finalement pas des lectures, mais bien d’une certaine structuration de la pensĂ©e. PensĂ©e qui ne s’Ă©panouit que par le ferment des mots dans un grand jardin mental, psychologique, qui lentement prend forme puis s’agrandit au fil du temps. J’en suis Ă  muser souvent dans ce labyrinthe vĂ©gĂ©tale, neuronale, oĂą de manière chtonienne, Ă  comprendre dans un sens hiĂ©rarchique et non dans une connotation un brin religieuse (sujet du billet – oui, j’ai de la suite dans les idĂ©es), les racines s’entremĂŞlent et se mĂ©langent, composant son propre rĂ©seau, un vĂ©ritable système que je suis incapable d’analyser ou comprendre, mais dont je reçois Ă  prĂ©sent les fruits gĂ©nĂ©reux. J’avoue que je suis parti de très loin, de cette ambition il y a longtemps de m’Ă©duquer, toujours tout seul, toujours par moi-mĂŞme, et j’en savoure Ă  prĂ©sent les bĂ©nĂ©fices. Ecrire n’est ni compliquĂ©, ni difficile, ni complexe… c’est juste du temps, encore du temps, toujours du temps, Ă  consacrer Ă  un exercice nĂ©cessaire pour vivre vraiment, et ne pas se contenter d’ĂŞtre une machine cognitive toujours en boulimie d’informations, de sensations, de plaisirs. Je sais que le piège est de sombrer dans la mondanitĂ©, le cabotinage, la pĂ©danterie, les affres faciles d’une intellectualitĂ© qui jouit d’elle-mĂŞme. Il est important de signifier, dans ce monde de lĂ©gèretĂ©, dans ce monde oĂą la superficialitĂ© se veut le paravent d’une candeur louable lĂ  oĂą souvent il n’y a que vides abyssaux, le bonheur de la pensĂ©e, du recueillement, de la rĂ©flexion, de l’abstraction. C’est le rĂ´le de ce blog, toujours et encore un journal intime Ă  ciel ouvert, propos d’une hypocrisie revendiquĂ©e car jamais je n’aborderai ici la vĂ©ritĂ© de ma vie personnelle. Je m’amuse simplement de n’intĂ©resser personne et de m’en sentir toujours un peu plus libre. Parfois, je me demande si quelqu’un pourrait trouver quelque intĂ©rĂŞt Ă  parcourir mes longs billets verbeux, mais dans cette sociĂ©tĂ© de ricaneurs, cette sociĂ©tĂ© du commentaire et de la pensĂ©e liminale, je n’ai guère l’illusion d’une quelconque âme sĹ“ur. Depuis longtemps, depuis toujours ai-je envie d’Ă©crire, je m’active pour l’Ă©cho qui comble le silence, pour ce sens qu’il faut quand mĂŞme donner pour lui donner… sens.

Donc, la religiositĂ©… quand je me demande ce que je pourrais Ă©crire d’un peu intĂ©ressant, d’un peu profond, je ne trouve toujours que cette analyse des mĂ©canismes que j’observe dans nos sociĂ©tĂ©s qui vivent, tranquillement mais sans rĂ©mission, leur dĂ©cadence. Et en ce moment, s’associant Ă  la verticalisation que j’ai Ă©voquĂ© dans un lointain et prĂ©cĂ©dent billet, la religiositĂ© revient en force dans la dĂ©finition du monde. Il convient de prĂ©ciser ce que je nomme religiositĂ©… instinct, attitude, mouvement qui prĂŞtent Ă  confĂ©rer Ă  quelque chose un aspect sacrĂ© le hiĂ©rarchisant au-delĂ  de la possibilitĂ© de la moindre critique, de la moindre contestation. La religiositĂ©, c’est bien d’affirmer qu’il y a quelque chose de divin, qu’il y a dans l’objet de la sacralisation quelque chose Ă  adorer et Ă  protĂ©ger de la corruption du commun. Le religiositĂ© c’est bien l’Ă©tablissement d’une caste de hiĂ©rophantes qui se font rempart entre les mortels de basse extraction, les barbares sans foi ni loi, et la chose Ă  rĂ©vĂ©rer. La religiositĂ© de nos sociĂ©tĂ©s ultimes s’expriment dans la protection, la valorisation, l’ardente passion pour un panthĂ©on d’institutions ou de concepts qui sont autant de nouvelles divinitĂ©s qui ne peuvent subir la moindre contestation sans que la suspicion de l’hĂ©rĂ©sie ne pèse sur le contempteur. Ce panthĂ©on se compose par exemple de la Science, la DĂ©mocratie, la RĂ©publique, la Constitution, le Droit, la Loi, la LibertĂ©, la VĂ©ritĂ©, et de manière connexe les corps institutionnels qui en assurent l’adoration soit la Justice, la Police, l’Etat, l’Education,etc. Nous sommes Ă  ce point oĂą une sorte de constat nous est imposĂ© comme quoi nous serions Ă  l’acmĂ© des systèmes sociaux, avec une sorte d’architecture finale de nos modèles sociĂ©taux.

Je suis tombĂ© par hasard sur un film de SF avec Adam Driver (mais que fait-il dans cette galère ?) qui se nomme en VF « 65 – la Terre d’avant ». Le pitch est en lui-mĂŞme assez bluffant… en bref, un homme (comprendre : un bipède en tout point semblable Ă  nous) Ă©choue sur notre planète 65 millions avant JC (enfin j’ai la flemme d’aller vĂ©rifier l’exactitude de cette convention chronologique, c’est l’idĂ©e !). Donc le pauvre gars dès le dĂ©but du rĂ©cit Ă©change avec sa compagne dans un trip « les mĂ©andres de la classe moyenne prise dans les tourments des contraintes sociales et Ă©conomiques », abordant subrepticement mais clairement la question du salaire comme Ă©lĂ©ment notable d’une prise de dĂ©cision qui va quand mĂŞme le faire partir Ă  minima deux ans loin de sa sacro-sainte cellule familiale dont il est le cĹ“ur battant (il ramène le pèze – l’argent ou l’Argent au choix). En fait, on dirait que ça se passe en 2096 mais non, c’Ă©tait il y a 65 millions d’annĂ©es avant, comme quoi l’ĂŞtre humain, l’Homme (qui a perdu de sa religiositĂ© en ces temps d’Ă©mancipation et d’Ă©galitarisme), ne peut que sombrer dans une sorte de boucle sociĂ©tale le condamnant aux affres de la sociĂ©tĂ© inĂ©vitablement, fatalement (fatus), productiviste. Après, j’avoue que ça m’a gonflĂ©, autant ça finit par une boucle Ă  la manière de la planète des Singes, le gars est le chaĂ®non manquant, et 65 millions plus tard c’est bien la mĂŞme m… qu’il a initiĂ©e provoquant la prochaine mise en orbite d’un bipède du futur qui va aussi s’Ă©chouer sur une autre planète d’une autre galaxie pour initier la perpĂ©tuation systĂ©mique, panspermie doctrinale faisant de l’exploitation et des inĂ©galitĂ©s sociales le seul destin potentiel d’une espèce humaine condamnĂ©e Ă  se subir.

En bref, car je ne vais pas passer mon dimanche matin Ă  gloser sur le sujet, sur ce constat d’une rĂ©gression gĂ©nĂ©ralisĂ©e, d’un retour Ă  la fĂ©odalisation que j’ai dĂ©jĂ  dĂ©crit il y a quelque temps, j’aimerais tout-de-mĂŞme, timidement, avec un brin de provocation, que je suis Ă  la fois déçu et un peu atterrĂ© du manque de crĂ©ativitĂ© sur le sujet de la structuration de nos sociĂ©tĂ©s humaines. Est-il Ă  ce point lĂ  inenvisageable de concevoir une humanitĂ© dĂ©barrassĂ©e des travers du matĂ©rialisme, de l’Ă©gocentrisme, de cet hubrys puĂ©ril qui nous pourrit la vie en lĂ©gitimant toujours les bas-instincts, les inĂ©galitĂ©s et les injustices, dans un fatras de compromis et de compromissions ? Une sociĂ©tĂ© humaine, dont l’ambition principale serait de veiller au bonheur gĂ©nĂ©ral, Ă  l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral, qui travaillerait de concert Ă  crĂ©er un monde de justice et de paix n’est-elle qu’une fiction impossible ?

La sacralisation tranquille qui clĂ´t tous les dĂ©bats mĂ©diatiques dans une vision figĂ©e et mortifère des systèmes sociaux est Ă  l’Ă©vidence une autre tactique pour tenir encore un peu des systèmes qui, sous la pression des injustices, du malheur et de la souffrance, apprĂ©hendent l’inĂ©vitable explosion. Et toute la cohorte des hiĂ©rophantes qui constamment viennent avec de biens artificiels vĂ©ritĂ©s clore les discussions en imposant la censure, le silence, la biensĂ©ance, le Bon Sens, la Raison, la Sagesse, en imaginant au bout du bout imposer un narratif de plus en plus dĂ©connectĂ© de la rĂ©alitĂ© (Ă  opposer Ă  la RĂ©alitĂ©) ne pourra sauver la construction sociale dont la base est de plus en plus sabotĂ©e par la corruption malheureusement gĂ©nĂ©ralisĂ©e, installĂ©e comme une artère principale, nĂ©cessaire Ă  la continuitĂ©. L’abus de la sacralisation, la ferveur religieuse qui essaient d’imposer des concepts comme autant de fausses idoles Ă  rĂ©vĂ©rer, dĂ©fendant de les contester, de les interroger, de les voir pour ce qu’ils sont, soit des outils mallĂ©ables Ă  notre disposition pour les rĂ©duire au rĂ´le de murailles Ă  une vision passĂ©iste de la sociĂ©tĂ© humaine, ne finira que par l’Ă©mancipation. Ce qui prendra du temps, car nous sommes dans une ère de chimères ; jamais le mot apocalypse n’aura rĂ©vĂ©lĂ© de nos jours son sens vĂ©ritable, qui est celui d’une « rĂ©vĂ©lation ». Souhaiter l’apocalypse devient paradoxalement attendre de meilleurs jours, ce qui en soi, n’est plus une provocation, malheureusement… Imaginer un monde sans religion et sans religiositĂ© m’irait très bien, personnellement.

Bon dimanche, jour du seigneur, un mot qui me tente par un dernier jeu de mots que je n’oserai pas (ne nous faisons pas, inutilement, de mauvais sang).

Irrévérence

Je suis malade, chose très rare, mais du coup ça fait quelques jours que j’attends, impatiemment d’aller mieux. MĂ©thode CouĂ© Ă  fond les ballons, mais Ă  vrai dire rien n’y fait. Je suis las et je n’ai pas cette Ă©nergie qui me caractĂ©rise. Alors je me dis que je vais aller bloguer un peu, histoire de.

Ce ne sont pas les sujets qui manquent… au rayon vidĂ©o, j’ai Ă©tĂ© enthousiasmĂ© par la nouvelle sĂ©rie de Nicolas Winding Refn, Copenhagen cowboy que je recommande chaudement. AffalĂ© sur mon oreiller Ă  peu près toute la journĂ©e de samedi, j’ai bingwatchĂ© (dĂ©vorĂ©) la sĂ©rie en m’extasiant souvent sur les choix de rĂ©alisation. J’avais matĂ© la veille the Pale blue eyes de Scott Cooper que j’ai trouvĂ© remarquable mais pas autant que son Hostiles qui m’avait subjuguĂ© quelques annĂ©es avant. Hier soir j’ai fini Peacemaker sur Prime du trublion James Gunn que j’ai, bien malgrĂ© moi, beaucoup aimĂ©. Partant d’une critique nĂ©gative soulignant la vulgaritĂ© du propos (des mots gros) et de la forme (du sordide Ă  la pelle), je n’ai vu pour ma part que du James Gunn. Du coup ça me donne l’envie de dĂ©couvrir son Suicide Squad que j’ai boudĂ© Ă  l’Ă©poque en raison d’un agenda bousculĂ©. Il y a plein de petites pĂ©loches qui m’emballent rĂ©gulièrement, dont personne ne parle vraiment, et que je pourrais Ă  terme mettre en lumière dans des productions Youtube (par exemple, Long Week-end sur Prime que j’ai dĂ©couvert après avoir acquis son remake, ou Shimmer lake sur Netflix que j’ai croisĂ© dans les recommandations tout Ă  l’heure). Enfin, vu le boulot qui m’attend cette annĂ©e, je ne vais pas commencer Ă  trop m’en demander.

Au rayon politique… comment dire ? Hier matin il y avait l’Ă©dito du Monde Moderne animĂ© par l’excellent Alexis Poulin qui Ă©tait dans un Ă©tat presque dĂ©pressif en considĂ©ration de l’apathie gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Je continue mes commentaires assassins quand je vois de la propagande honteuse mais je comprends que certains aient la tentation de baisser les bras. Plus que jamais, il faut sortir des illusions de la Khimairacratie qui renvoie Ă  un de mes rĂ©cents billets. Il y a dans notre beau pays (sisi) cette vanitĂ© d’un passĂ© glorieux comme si nous Ă©tions tous issus d’un peuple et d’une culture dont la nature combative et vertueuse ferait partie intĂ©grante de notre ADN. Se croire ou ĂŞtre, nous y sommes, et dans les faits il faut bien convenir que ce n’est pas très glorieux.

Au rayon philosophie du pauvre (ce n’est pas un crime de ne pas ĂŞtre riche non plus), en Ă©coutant la chronique de Thomas Porcher commentant ce jour la rĂ©alitĂ© de la nĂ©cessitĂ© d’une retraite repoussĂ©e versus la rĂ©alitĂ© sociologique, un mot m’est venu que j’ai donc utilisĂ© pour nommer ce billet : « irrĂ©vĂ©rence ».

Tandis que j’Ă©cris ces mots, mon fils m’envoient une suite de SMS pour me dire qu’il a commencĂ© Ă  voir Full Metal Jacket de Kubrick. J’en profite pour lui expliquer que dans presque tous les films de Kubrick, il y a une critique systĂ©mique et la dĂ©nonciation du processus de conformation. Et j’en reviens Ă  ce que je veux Ă©crire ce jour sur ce blog, soit la nĂ©cessitĂ© de l’irrĂ©vĂ©rence pour sortir de cette triste spirale. J’ai toujours essayĂ© d’enseigner Ă  mes enfants les vertus cardinales de l’irrĂ©vĂ©rence, sans jamais vraiment y parvenir. Ils sont insolents et ont dĂ©veloppĂ© leur propre personnalitĂ©, mais ils n’ont pas forcĂ©ment le rĂ©flexe de tout discuter et de tout interroger. Rien de pire dans nos sociĂ©tĂ©s que ce rĂ©flexe d’obĂ©issance, qui est dĂ©fini comme une vertu par ceux que ça intĂ©resse. Un paradoxe de cette sociĂ©tĂ© qui exige l’obĂ©issance la plus extrĂŞme tout en encourageant les bas instincts les plus primaires. Ce qui nous donne cette sociĂ©tĂ© manichĂ©enne oĂą Ă  longueur de temps des Ă©ditorialistes nous expliquent ce qui est bien ou mal, ce qu’il faut bien penser et surtout pas mal penser. Jamais nous n’aurons Ă©tĂ© dans cette sorte de monologue mĂ©diatique oĂą les intervenants se succèdent pour appuyer la mĂŞme idĂ©e avec le dogmatisme ou le petit doute nĂ©cessaire pour faire croire que vous ĂŞtes trop con pour ne pas avoir atteint leur haut niveau de conscience. Certains imaginaient un totalitarisme violent et autoritaire. Nous en avons un qui est Ă  la fois condescendant et vicieux. De ce refrain constant du « ils sont trop cons pour comprendre ce qui est bon pour eux ».

L’irrĂ©vĂ©rence est pourtant le seul recours dans un monde oĂą les règles sont Ă©crites non pas pour rendre le jeu Ă©quitable mais bien truquĂ©. Je pense Ă  tous ces jeunes qui sont suffisamment intelligents, malgrĂ© le rĂ©el processus de mĂ©diocratisation, pour comprendre l’escroquerie. La vĂ©nĂ©ration volontaire, travaillĂ©e, exigĂ©e, par nos Ă©lites, est maintenant Ă  dĂ©fier pour oser imaginer notre propre sociĂ©tĂ© autrement.

Un premier pas avant de rĂŞver, peut-ĂŞtre, le reste du monde. Qui sera bien meilleur que ce qu’il nous est donnĂ© de constater Ă  l’heure d’aujourd’hui, malgrĂ© les Ă©bahissements des orateurs qui interprètent toujours tout comme si nous Ă©tions dans une sorte d’apogĂ©e civilisationnelle, lĂ  oĂą il n’y a que dĂ©cadence et corruption.

En passant…

Très longtemps que je ne suis pas venu ici pour poster un article, mais le boulot m’accapare, mon grand projet qui prend forme petit Ă  petit en me demandant toute mon Ă©nergie et tous mes efforts. Mais au vu des Ă©vĂ©nements, il faut Ă©crire pour tĂ©moigner. MĂŞme si ce blog n’est que mon journal intime Ă  ciel ouvert, en rĂ©sumĂ© juste un espace personnel pour dĂ©fouler, un peu, ma passion pour l’Ă©criture, c’est important Ă  l’heure actuelle de signifier sa position par rapport Ă  l’orientation d’un monde qui part dans une très mauvaise direction.

J’adore les mots, j’adore le langage, je suis philologue au sens Ă©tymologique du terme. Très jeune, on a remarquĂ© cette facilitĂ© que certains qualifient de don et qui n’est Ă  mon sens qu’une expression d’une certaine sensibilitĂ©. Quand j’Ă©tais enfant, les mots sonnaient comme des notes de musique et longtemps, j’ai Ă©crit en composant plus qu’en rĂ©flĂ©chissant. Je suis très sensible Ă  la poĂ©sie et je peux ĂŞtre vĂ©ritablement Ă©mu Ă  la lecture ou Ă  l’Ă©coute d’un beau texte. Il y avait pour moi une forme d’harmonie dans l’Ă©criture qui longtemps, fut ma boussole. Puis avec le temps est venu la quĂŞte du sens. Soif de culture avant tout, car je venais d’un milieu humble malgrĂ© des parents d’une rare intelligence et d’une certaine finesse. Je ne suis pas l’expression de mon habitus, je suis pour le coup, et j’Ă©cris ça avec Ă©normĂ©ment d’humour et de dĂ©rision, le parfait français. Actuellement, c’est compliquĂ© d’Ă©crire ou de dire ça, car dans cette Ă©poque trouble de repli sur soi, de haine et de rancoeur pour cet autrui qui nous prend tout, dans cette hystĂ©rie qui raconte une rĂ©alitĂ© oĂą les espaces sont menacĂ©s en permanence d’une perfide invasion… ĂŞtre français sonne comme une dĂ©claration de guerre.

Paradoxe Ă©trange de ce pays tellement enivrĂ© de lui-mĂŞme, de l’image qu’il se fait de lui, de cette idĂ©e fixe qui compose l’essentiel du discours patriotique. Le pays des Lumières, le pays des droits de l’homme, le pays de la LibertĂ©. Et aussi de tout son inverse, des pires exactions, des pires corruptions. J’ai eu l’immense chance d’avoir deux grand-pères formidables, les deux militaires, qui ont Ă©tĂ© du bon cotĂ© en 39/45. Du cotĂ© maternelle, il crapahutait aux cotĂ©s du GĂ©nĂ©ral Leclerc, et il a dĂ©barquĂ© Ă  Paris Ă  l’issue de cette odyssĂ©e. L’autre a reçu, deux mois avant sa mort il y a 5 ans , son euthanasie pour ĂŞtre prĂ©cis, la lĂ©gion d’honneur pour acte de bravoure (dynamitage de voies ferrĂ©es dans la RĂ©sistance). Je me rappelle mon grand-père paternel avec qui j’avais un rapport particulier, un rapport fort, car nos caractères avaient l’Ă©vidence la mĂŞme hardiesse… ce que je comprends, Ă  prĂ©sent, avec le temps. A peine avait-il reçu cette mĂ©daille, rentrĂ© chez lui, vautrĂ© dans son fauteuil, affaibli et parfois hagard, qu’il me regarde et me demande si « effectivement, c’Ă©tait important » ? Je l’ai regardĂ© et j’ai rĂ©pondu du fond de mon coeur, le plus sincèrement que ma propre pudeur le permettait : « bien sĂ»r que c’est important ».

Je ne parlais pas de la mĂ©daille ; je parlais de l’acte. Je parlais de ce qu’il avait fait pour la mĂ©riter, après tant d’annĂ©es passĂ©es en n’ayant jamais mis Ă  profit cette hĂ©roĂŻsme vĂ©ritable, lĂ  oĂą d’autres avaient fait des carrières opportunistes. Mes grand-pères Ă©taient français, chacun Ă  leur manière. Français comme l’explique si bien Romain Gary dans les cerfs-volants, avec cet officier allemand qui trouve la mort après l’attentat ratĂ© contre Hitler. Français comme l’ont rĂŞvĂ© nos plus grands Ă©crivains. Je ne suis pas fier des faits de guerre, je ne suis pas fier d’une histoire conçue comme un artefact Ă  destination d’un ego sans cesse boursouflĂ©. Si je ne peux pas croire les rĂ©cits d’un passĂ© sans cesse recomposĂ© et toujours davantage hĂ©roĂŻsĂ© (voire Ă©rotisĂ© vu les passions que certaines lĂ©gendes suscitent), jusqu’au dĂ©ni d’une rĂ©alitĂ© pourtant rĂ©cente (la collaboration), je peux me fier Ă  la plume de Victor Hugo, de ces fameuses Lumières, de ceux qui au fil du temps ont tĂ©moignĂ© d’une sagesse et d’une grandeur, qui sont, elles, vĂ©ritables.

Je me sens français quand je lis l’Aigle du casque et sa justice immanente. Je me sens français quand je lis Camus… je me rappelle mon Ă©motion, Ă  18 ans, quand j’ai lu la Chute, rĂ©cit frĂ©nĂ©tique jusqu’Ă  la fin, jusqu’Ă  la chute, nous renvoyant tous Ă  l’hypocrisie de nos postures, Ă  la damnation de nos acquis. Je me sens français quand j’entends les citations de tant d’artistes qui font notre grandeur. Je me sens français quand je pense Ă  Saint Louis qui lui, en vrai monarque, allait en aide aux plus dĂ©favorisĂ©s. Je me sens français, quand j’entends la Marseillaise, car je vibre d’Ă©motion en imaginant ces gens rĂ©voltĂ©s. C’est ça mon ADN de français, ce n’est pas du chauvinisme aveugle mais bien la fiertĂ© d’un hĂ©ritage d’humanisme et de grandeur.

Je me sens français quand je me rappelle ce qu’il y a, dans ce mot, « France ». Je suis parfois tristement sidĂ©rĂ©, quand je pose la question Ă  mes compatriotes, qu’ils n’entendent plus le son qui pourtant, moi, me frappe. France comme free, France comme Franck… une racine commune qui infuse dans tous ces mots la notion de libertĂ©.

Etre français, pour moi, c’est refuser la tyrannie. C’est refuser d’oublier les idĂ©es et les idĂ©aux qui sont inscrits, beautĂ© sublime, dans notre constitution. C’est voir aussi le mal, sans louvoyer, comme l’aigle du casque qui Ă©cĹ“urĂ© par la mĂ©chancetĂ©, la vilainie de Tiphaine, prend soudainement vie. Etre français c’est trois mots qu’on oublie Ă  l’heure d’aujourd’hui. Trois mots qui ont la force et la puissance, qui sont la plus parfaite des trinitĂ©s : LibertĂ©, EgalitĂ©, FraternitĂ©. Tout est lĂ , il n’y a rien Ă  gloser ou Ă  dire de plus. Juste Ă  s’interroger si cette simple loi, celle qui domine toutes les autres, est respectĂ©e. Etre français, ce n’est pas dresser une cocarde vidĂ©e de toute sa substance pour semer la haine, la discorde et l’injustice. Etre français ce n’est pas prĂ©tendre dĂ©fendre une rĂ©publique fantĂ´me, une rĂ©publique fantoche, qui oublie que sa seule raison d’ĂŞtre est de servir, et non asservir, son peuple.

Alors oui, je suis le parfait français, en cela que j’aurai toujours en horreur l’autoritarisme, le totalitarisme, et surtout, l’injustice. Je suis profondĂ©ment atterrĂ© par le niveau des dĂ©bats en politique, par la dĂ©cadence et l’impĂ©ritie de la scène politique. Je constate la profonde division de notre peuple qui se dĂ©chire au grĂ© de toutes les manipulations, les provocations, les intimidations de ceux qui dĂ©tiennent le pouvoir et entendent bien le garder. Je suis si profondĂ©ment déçu que le rĂ©flexe soit encore de s’en prendre, si lâchement, aux minoritĂ©s les plus silencieuses et les plus vulnĂ©rables. C’est si facile, c’est si minable, c’est tellement pratique, Ă©galement.

Je suis le parfait français et je suis donc profondĂ©ment imparfait car j’ai conscience de n’ĂŞtre rien, et j’en suis pour le coup très fier… car c’est une preuve d’intelligence. Mais Ă  notre Ă©poque cynique oĂą l’amoralitĂ© est un consensus, il vaut mieux lire Machiavel que Blaise Pascal. Pourtant, je vais citer ce grand français car c’est dans son humanisme que moi, personnellement, je me retrouve… et que je veux demeurer malgrĂ© le bruit des bottes et la menace de la trique :

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.

Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.

Blaise Pascal, Pensées, fragment 347