Ataraxie

Ma fille, encore une fois, a √©chou√© lamentablement le petit test culturel auquel je l’avais insidieusement soumise. Je lui ai demand√© ce que signifiait le mot ¬ę¬†ataraxie¬†¬Ľ, ce √† quoi elle me r√©pondit, sans se d√©monter : une maladie oculaire (enfin j’adapte, elle n’a pas, comme moi, la passion de l’adjectif pr√©cis, de la saine perversion de l’acribologie). Alors que j’√©cris ces mots, et qu’elle les lit au-dessus de mon √©paule, j’ai droit √† cet anath√®me : ¬ę¬†tu es le pire des papas¬†¬Ľ. Je sais, n’ayant jamais eu l’ambition de l’√™tre, ¬ę¬†papa¬†¬Ľ, je n’ai toujours commis qu’une pr√©tention au r√īle. Il me revient, une fois, un √©change pour le moins insolite o√Ļ un triste sir m’avait trait√© de ¬ę¬†fake¬†¬Ľ, m’arrachant, bien malgr√© moi, un sourire teint√© √† la fois d’ironie et de sinc√®re commis√©ration. J’√©tais tent√© de r√©pondre que l’abus d’anglicisme empruntant √† une culture web qui ne refl√®te qu’un conformisme √† la m√©diocrit√© la plus facile n’√©tait pas la d√©monstration d’une r√©elle capacit√© √† l’analyse psychologique d’autrui, mais j’ai pr√©f√©r√© opt√© pour ce que m’ont appris les choses du droit et de la justice… soit les vertus salutaires du silence. Grand bien m’en prit, par ailleurs.

Etre ou ne pas √™tre, finalement, on en revient toujours √† √ßa. J’ai deux enfants qui sont √† pr√©sent deux adultes, et pourtant, pourtant, ils me traitent et me veulent toujours comme leur patriarche, tranchant les disputes, distribuant les bons points, f√©licitant ou d√©plorant, me refusant la facilit√© de n’√™tre plus que le vieux con qui de toute mani√®re ne comprend plus rien √† rien. Ce soir, alors qu’il y avait de quoi, dans ma journ√©e, de quoi me f√©liciter du bon patriarcat que j’ai (encore) involontairement incarn√©, je me suis demand√© si j’arriverais un jour √† cette fameuse ataraxie qui depuis toujours m’a sembl√© le Graal √† atteindre.

La paix de l’esprit, la paix de l’√Ęme, la paix tout court, en ce monde tourment√©, me semble une chim√®re de plus que je ne parviens pas √† abandonner, tant elle est belle.

Parfois, quand me vient l’id√©e de moins en moins √©loign√©e, de ma vieillesse, j’aime √† m’imaginer dans la qui√©tude d’un grand jardin o√Ļ je savoure la lumi√®re du soleil et la beaut√© du r√®gne v√©g√©tal. Loin des conflits st√©riles, loin des fausses idoles, tentant de prot√©ger ce qui reste des vertus et des id√©aux qui m’auront passionn√©s, bien inutilement, toute mon existence. Il y a peu, une personne m’a fait le compliment de voir du panache dans les propos publics que j’avais eu, encore une fois, l’outrecuidance de commettre. J’adore le mot ¬ę¬†panache¬†¬Ľ, autant que j’aime le h√©ros romanc√© de Rostand, mais je suis juste un exalt√© qui n’aura jamais cess√© de vouloir ressentir la fi√®vre de vivre, de le signifier, de l’exp√©rimenter. La trivialit√© d’un monde au mat√©rialisme triomphant n’aura jamais de cesse de me combattre donc il me vient, √† l’usure, l’envie de cette ataraxie qui induit l’abandon des vaines et st√©riles discordes. Quand j’√©tais jeune, on me traite ¬ę¬†d’√©ternel r√©volt√©¬†¬Ľ. Maintenant, je suis soit aigri soit perch√©, selon l’humeur cruelle ou montagnarde de mon jeune interlocuteur. Soit, l’aigre-perch√© est un chouette nom d’oiseau.

Alors que j’√©cris ces mots, j’√©coute une autre exalt√©e exprimant sa vision romantique et pourtant r√©ellement distordue de la r√©alit√© g√©opolitique. Je suis fatigu√© de ces gens qui d√©fendent leur vieux monde comme s’il fallait le sauver. La r√©alit√© politique, celle qui a pour ambition de nous expliquer l’univers, la vie, les vaches, est tellement d√©lirante, d√©connect√©e du quotidien de chacun qu’il y a quelque chose de comique √† constater l’ampleur du d√©sastre. Cabrel, dans sa grande chanson, ¬ę¬†la Corrida¬†¬Ľ, le disait tr√®s fac√©tieusement mais aussi tr√®s justement : ¬ę¬†est-ce que le monde est s√©rieux ?¬†¬Ľ A vrai dire, il se prend surtout beaucoup trop au s√©rieux quand il nous raconte des conneries, la n√©vrose de ces gens-l√† devient r√©ellement de plus en plus effrayante, entre l’illumination et le fanatisme toujours louche.

Ataraxie, tu sonnes comme le nom d’un pays qu’il me serait bon de d√©couvrir. Je laisse les Eldorado aux fils de pie, divers et vari√©s, dont le cŇďur ne bat que pour ce qui brille et qui luit. Je te r√™ve verte, douce et silencieuse, ouverte aux symphonies paisibles des oiseaux qui ornent tes arbres et qui pars√®ment tes cieux. Je t’imagine avec quelques rares humains qui ont lu Pr√©vert et qui ne d√©daignent pas Victor Hugo, qui ont laiss√© leurs valises d’ego √† la rade du petit port qui cl√īt le seul acc√®s qui demeure vers un monde √† jamais perdu.

Ataraxie, tu m’√©voques le nom d’une maladie qui m’a pris il y a longtemps et qui m’oblige jour apr√®s jour √† subir la violence d’un syst√®me dont la triste obsession est sa volontaire et m√©thodique auto-destruction. Les vains plaisirs dont les bons vins ne font plus que s’√©venter ne parviennent plus √† me sauver par leur douce √©bri√©t√©. Est-ce toi que d√©crivait le d√©sert d’Alceste ? Est-ce toi ce pays pour les vieux hommes dont pourtant des cin√©astes r√©cents ont vant√© l’inexistence (Ah, que j’adore ce film !) ?

Ataraxie, tu sonnes comme le nom d’un vaccin qui n’aurait pas besoin de booster ni de propagande pour immuniser √† la souffrance. Ataraxie, tu es mon cinquante au scrabble, m√™me si j’aurais besoin d’un ¬ę¬†a¬†¬Ľ ou d’un ¬ę¬†e¬†¬Ľ pour esp√©rer te placer. Ataraxie, tu es le nom de la fille que je n’aurais jamais, parce que dans le fond, ce serait cruel d’infliger √ßa √† un individu vu le futur qu’on lui r√©serve. Ataraxie, je n’aurais plus qu’√† t’affubler d’un ¬ę¬†y¬†¬Ľ en conclusion pour faire de toi le titre parfait d’une oeuvre qui serait, naturellement, g√©niale, et de par l’anglophonie, usuellement universelle.

Allez, tr√®ve d’anataraxie, j’avais juste envie de d√©fouler la plume, histoire de clore une journ√©e de plus au pays des fous, en d√©diant ce billet √† ma fille ch√©rie !

L’ensemencement des nuages

J’ai eu l’insigne d√©shonneur de travailler dans le sinistre domaine de la chimie, et l’anecdote √† ce sujet fut ma propension √† ne d√©tenir aucun produit de cette entreprise √† mon domicile. Quand j’essaie de comprendre les choix de ma vie professionnelle, je dois conc√©der que souvent je fus, comme la majorit√© d’entre nous, entra√ģn√© dans une logique absconse qui nous fait croire que l’important c’est l’acquisition d’un moyen de survivance aux d√©pens de nos valeurs et inspirations profondes. Je ressens un peu de honte √† pr√©sent, une honte diffuse, que je me pardonne en me disant qu’il faut du temps pour y voir clair dans ce monde compl√®tement v√©rol√© par ce que j’appellerai la vieille mentalit√© europ√©enne, pour ne pas dire, au vu du contexte actuel, europ√©iste.

[/le HS habituel ou digression intempestive ]

Il y aurait beaucoup √† dire √† ce sujet, fascinant, sociologique et historique, presque vertigineux, qui explique et clarifie la psychologie profonde de nos soci√©t√©s se d√©crivant, s’annon√ßant, se d√©finissant, comme ¬ę¬†occidentales¬†¬Ľ. Pour √™tre bref, car en ce samedi matin pour le moins jaune (je m’expliquerai apr√®s), personnellement je comprends le monde moderne comme la pouss√©e d’une mentalit√© europ√©enne, c’est-√†-dire issue des principaux pays de la vieille Europe… une mentalit√© qui va engendrer les Etats-Unis d’Am√©rique (une f√©d√©ration et pas une nation), engendrer un colonialisme purement cupide et n√©vrotique, deux putains de guerres dites mondiales (en cette id√©e tr√®s ethnocentriste que l’Europe est le monde), le nazisme, l’ultra-lib√©ralisme et en accomplissement merveilleux un march√© europ√©en dont nous appr√©cions √† pr√©sent tous les miracles qu’il nous procure. Non, je ne suis pas ¬ę¬†woke¬†¬Ľ, je ne serai jamais de gauche (et encore moins du centre ou de droite, m√™me pas en marche arri√®re), je ne milite pour aucune cause (je serai davantage dans une vision holistique ; sinon que pour moi tout ne tient qu’√† une logique du sparadrap), et je n’ai aucune envie de me battre contre ce que je repr√©sente symboliquement comme le mur de la connerie. J’estime encore, j’estime toujours, que le salut ne peut √™tre que collectif… personnellement, comme je le r√©p√®te √† mes enfants, j’ai l’impression d’avoir √©t√© ali√©n√©s parmi des fous, sans espoir de sortir de l’asile qui est notre monde. Et il n’y a qu’√† regarder la fin de Vol au dessus d’un nid de coucous pour comprendre comment √ßa va se finir.

[/fin du HS habituel ou digression intempestive ]

Ce matin, je me l√®ve tranquillou, et comme souvent je vais sur la terrasse pour savourer mon petit caf√© tout chaud, et l√†, je constate que le ciel, que tout, est recouvert d’un voile jaune. Encore √† pr√©sent, alors qu’une heure s’est √©coul√©e, tout ressemble √† une mauvaise production filmique qui abuserait d’un filtre jaune pour donner un peu de cachet √† une photog√©nie sans inspiration. J’ai une sainte horreur de √ßa au cin√©, mais dans la vie c’est encore plus terrible. Hier soir, alors que j’allais chercher mon fils, j’avais d√©j√† constat√© que le soleil, √©trangement, √©tait moins brillant qu’√† l’accoutum√©e, ph√©nom√®ne √©trange qui a m√™me pouss√© mon fils, un instant, √† se demander s’il ne s’agissait pas de la lune. Ce matin, donc, continuit√© du ph√©nom√®ne, me poussant (√† mon tour) √† m’interroger sur les raisons potentielles, bien entendu rationnelles, physiques ou techniques qui pourraient provoquer un tel spectacle. J’ai bien cru voir, rapidement, l’impact d’une temp√™te quelque part dans le monde provoquant le we compliqu√©, m√©t√©orologiquement parlant, que nous entamons, mais il y aussi l’√©vocation en mon for int√©rieur de ce qui est gracieusement baptis√© sous l’expression ¬ę¬†d’ensemencement du ciel¬†¬Ľ chez (ou dans le) wikip√©dia.

Donc ce matin, je suis all√© faire un tour sur wikip√©dia, pour consulter un peu ce qui y √©tait dit. Et l√†, l’√©merveillement de constater les vieux ressorts de cet esprit europ√©en qui se caract√©rise par l’abus de sophismes et autres syllogismes pour vendre l’invendable. Je me rappelle une discussion anim√©e avec ma fille qui comme argument supr√™me m’avait sorti celui des fameuses √©tudes, n√©es d’esprits sup√©rieurs, qui conc√®dent de vulgariser un peu de leur intelligence elle-aussi sup√©rieure, pour expliquer aux singes pourquoi leurs bananes sont √† la fois jaunes et bonnes. J’adore quand l’√©tude, g√©n√©ralement dans ses conclusions, utilise la formulation que ¬ę¬†rien n’indique que¬†¬Ľ pour induire une v√©rit√© qui n’en est donc pas une (l’absence de preuves ne faisant pas preuve). Apr√®s cette courte introduction sur la manipulation par la savante formulation, je vous laisse appr√©cier ce court passage concernant la toxicologie (potentielle, hein ? Je ne voudrais pas sombrer dans l’orni√®re sordide du complotisme pour complaire √† l’abruti z√©t√©ticien) par l’iodure d’argent (utilis√© comme levier chimique) – donc source copyright wikip√©dia :

En France, en 2013, l’ANELFA (association nationale d‚Äô√©tudes et de lutte contre les fl√©aux atmosph√©riques) indique (concernant les diffuseurs d’iodure d’argent dans les vignobles) ¬ę l‚Äôiodure d‚Äôargent ainsi diss√©min√© ne repr√©sente aucun risque √† ce niveau de concentration (1 000 fois inf√©rieur au seuil critique de toxicit√©). En 2005, le gouvernement fran√ßais a indiqu√© ¬ę aucune √©tude n’a √©t√© en mesure de d√©montrer un quelconque effet nocif. 

Source

Ce matin, en regardant le ciel, tout √ßa a compos√© un gros cumulonimbus mental qui m’a pouss√© √† √©crire ce petit article. Car en me demandant pourquoi tout √©tait jaune, j’ai inclus normalement des causes physiques purement naturelles (du sable en altitude ? un dieu quelconque qui aurait utilis√© un filtre de couleur sous son photoshop divin ?), puis m’est venu subrepticement la potentialit√© d’une nouvelle interaction humaine dans notre soci√©t√© qui joue avec la chimie en constatant tr√®s, trop souvent, √† posteriori les cons√©quences de certaines utilisations. Sujet sensible, car le hasard (ou presque) a voulu que j’ai toujours eu les dents l√©g√®rement jaunes, ce qui n’a pas provoqu√© un complexe mais a quand m√™me cr√©√© un l√©ger sentiment d’injustice vu que je n’ai jamais fum√© (ce dont me soup√ßonnais les autres quand j’√©tais jeune adulte) et bu du caf√© sur le tard (dans la trentaine). La raison (qui finalement n’a rien √† voir avec le hasard) ? L’utilisation d’antibiotiques √† base de tetracycline qui ont ainsi color√© mes dents avant m√™me que les d√©finitives √©mergent. La vie m’a donc enseign√© dans le dur, √† chaque fois qu’un miroir me renvoie mon sourire, la connerie inh√©rente √† cet abandon total aux vertus de la chimie. Cette m√™me chimie qui gu√©rit miraculeusement au fur et √† mesure que des nouveaux cancers plus ou moins foudroyants √©mergent. Cette m√™me chimie qui assassine des agriculteurs pour l’√©ternelle bonne cause de la productivit√© triomphante (et n√©cessaire √† l’accumulation de brouzoufs, but supr√™me de notre humanit√© actuelle). Cette chimie qui est dans chaque chose ou presque qui est vendue dans les grandes surfaces, que ce soit au niveau des emballages ou du contenu. Cette chimie qui fait que nos meubles nous polluent la gueule chaque jour, demandant √† mes petites plantes vertes d√©polluantes des efforts dont je les remercie encore (hommages √† mes pothos, ficus, et autres spathiphyllums).

Apr√®s, j’adore le jaune, j’√©cris tout √ßa sous ma reproduction du baiser de Klimt (sur lequel je pourrais gloser longuement) et en regardant par la fen√™tre le joli parterre de pissenlits qui a surv√©cu au passage r√©cent du z√©l√© jardinier qui a tout ratibois√©, mu par cette obsession √©trange que rien ne d√©passe. Simplement je l’appr√©cie √† petite dose, de mani√®re naturelle et parcimonieuse, comme la nature sait si bien le faire. Je suis trop vieux pour m’inqui√©ter de l’impact de cette entropie chimique, je suis m√Ľr pour avoir √† mon tour mon cancer et j’entre dans la fen√™tre du tirage de r√©v√©rence plus ou moins dans l’ordre des choses… mais j’ai peur des impacts de cette folie n√©vrotique qui pousse, toujours pour des affaires de cupidit√©, pardon, financi√®res, √† griller les √©tapes. J’ai peur que des g√©n√©rations futures ne voient plus le jour se lever, clair et limpide, avec un vilain filtre jaune recouvrant tout, toujours, tout le temps. Je suis peut-√™tre parano ce matin, peut-√™tre d√©faitiste, peut-√™tre pessimiste, mais l’hubris permanent qui r√®gne sur nos soci√©t√©s d√©cadentes ne me motive pas √† changer d’√©tat d’esprit. Il a fallu que des dents deviennent jaunes pour qu’on retire certains m√©dicaments du march√©… j’esp√®re qu’il ne faudra pas constater que le ciel est vert pour que cesse la volont√© m√©galomane de dominer les nuages et la m√©t√©o.

Il y a une v√©rit√© que je sais et qui pour moi n’est pas contestable : tout est syst√®me, tout fait syst√®me. Chaque modification, m√™me infime, peut avoir des cons√©quences globales. Le nier, ne pas le comprendre, consid√©rer √ßa avec l√©g√®ret√©, est une forme de stupidit√© cons√©quemment crasse. Pourtant, c’est ce que je constate chaque jour en √©coutant les actualit√©s, en entendant les d√©clarations d’id√©ologues illumin√©s (ou corrompus, au choix), sombres pyromanes t’expliquant avec la conviction profonde qu’un peu plus de napalm devrait finir par forclore l’incendie.

Bon WE de P√Ęques quand m√™me, ne marchez pas trop sur des Ňďufs ;-].

La répartition des prestations sociales en France

Bon, je dois bosser sur mon storyboard et les dialogues, mais j’ai commis l’erreur de mettre une radio en fond pour entendre une fois de plus que la responsabilit√© (un peu partag√©e quand m√™me) du d√©sastre √©conomique actuel en France est (en r√©sum√©) en grande partie celle du peuple qui est un peu trop assist√© (√ßa se voit un peu avec tous ces SUV qui circulent de partout, chanceux vainqueurs du miracle de la mondialisation).

Et si au lieu d’√©couter les comm√®res (qui nous ressassent que ce sont nous les grands responsables du d√©sastre en louchant sur les pauvres, les d√©munis, les ch√īmeurs pour expliquer √† peu de frais les victimes expiatoires, on allait voir des statistiques sur la question ? Cet √©dito r√©p√©tant encore la rengaine habituelle disant c’est encore le peuple et pas ses dirigeants qui sont fautifs, je me suis motiv√© √† aller faire un tour sur Google avec les mots cl√©s ¬ę¬†statitiques r√©partition prestation sociales France¬†¬Ľ . J’ai d√©bouch√© sur le site statitica.com, un site produit par des allemands ce qui ravira les europophiles germanomaniaques. Et donc, je suis tomb√© sur une page sur laquelle un petit diagramme circulaire nous apprend que les cibles habituelles cit√©es plus haut repr√©sentent pour 2022 moins de 10% des prestations, sachant que dans ce segment le ch√īmage est en fil de t√™te avec 4,8% (rappelons que l’assurance ch√īmage se finance essentiellement par les cotisations des travailleurs – logiquement, √† moins qu’il y ait une information que j’ignore, √ßa ne doit pas peser sur le budget de l’Etat, mais je peux p√™cher avec ignorance. La CSG repr√©sentant la part de l’imposition assum√©e par l’Etat, elle est r√©alis√©e essentiellement sur les revenus d’activit√© et de remplacement…. donc les allocations ch√īmage. Oui, Madame, c’est √ßa la France).

Le gros poste demeure la cat√©gorie (je cite) ¬ę¬†Vieillesse-Survie¬†¬Ľ avec 54,2% et ¬ę¬†Sant√©¬†¬Ľ avec 37,5%. En r√©sum√©, et pour faire dans la m√™me caricature que ces √©ditos en forme de discussions de comptoir (exemptant l’excellent Alexis Poulin qui fait un admirable travail de lutte contre ce type de doxa – d√©couvrez d’urgence le Monde moderne), ce sont les vieux et les malades qui nous co√Ľtent ; vu que nous n’allons plus soigner les derniers et qu’il y aura de moins en moins des seconds (faute de soin et gr√Ęce au recul de la retraite qui va nous en d√©caniller un ou deux avant le salutaire passage), pas d’inqui√©tude car tout devrait s’arranger assez rapidement.

C’est peut-√™tre √ßa la logique perverse de ce gouvernement apr√®s tout. Enfin, quand un pays n’a presque plus aucune ressource industrielle avec une tiersarisation √† l’extr√™me d’une √©conomie sous d√©pendance extr√™me de son importation, il ne peut pas y avoir de miracles. Ah, on me souffle dans l’oreillette qu’il y a encore votre √©pargne √† choper. Le meilleur reste donc √† venir.

Allez, je m’y mets.

Désinvolte

En ces temps de révolutions tranquilles
Tellement de cris et de bruits qui cognent
Tous ceux qui vous le donnent en mille
Tout en s’en mettant plein les pognes

Y a jamais eu autant de belles paroles
Et de grosses vessies faisant lanternes
En très grandes pompes ça caracole
Dans un paysage de plus en plus terne

Restons désinvoltes
Pas la peine d’aborder
Ces histoires de révoltes
Y a plus qu’√† accorder
Le doux son de nos colts

En ces temps d’apocalypses lents
A l’horizon y a rien qui d√©boule
Tu peux continuer √† fermer l’rang
Sans redouter le petit coup’d’boule

Y en a tellement qui y croit dur
Comme fer que tout peut revenir
Alors que l’odeur sous la dorure
C’est ce qui reste de leur avenir

Restons désinvoltes
Pas la peine d’√©voquer
Ces besoins de récoltes
Y a qu’√† r√©voquer
Le commerce des biscottes

Y a que la Terre qui fait révolution
Petit slow au milieu des astres
Sans qu’aucune consid√©ration
Mesure l’√©tendue du d√©sastre

Les gens sont comme des météores
Perdus dans des courses folles
Agitant leur capes de matadors
Car dans le vent tout s’envole

Restons désinvoltes
Plus la peine d’imaginer
Ces fleurs qui virevoltent
Y a plus qu’√† accepter
La décharge à 100 00O volts.

¬ę¬†√©crit en attendant qu’arrive le bus de mon fils, traduisant mon √©tat d’esprit car je d√©teste attendre ;-}¬†¬Ľ

Désaturation

Je suis all√© voir le second volet de Dune de Denis Villeneuve, ne partageant pas l’enthousiasme aveugle de ma fille en trouvant le film tr√®s monochrome, d’une fadeur chromatique qui m’a pouss√© √† m’interroger sur la potentielle d√©liquescence des b√Ętonnets de mes yeux fatigu√©s. Une petite pens√©e pour une stagiaire que j’avais embauch√©, Cl√©mentine, qui m’avait interpell√© par rapport √† la psychologie appliqu√©e √† la communication. Nous avions convenu de r√©aliser certaines exp√©riences, et j’avais eu plaisir √† constater, √† mon grand dam, que certaines de ses assertions s’√©taient r√©v√©l√©es justes, comme cette fois quand, entre deux pubs, un simple changement de saturation sur un fond vert avait am√©lior√© le score d’une publicit√© en print. Elle avait pris le temps de m’expliquer, alors, que les gens entre 40 et 55 ans √©taient davantage s√©duits par des couleurs d√©satur√©es et autres tons pastels, ce qui s’√©tait r√©alis√© assez nettement. Oui, je sais, il n’est pas possible non plus de parler de r√©elle exp√©rience √©tablie dans des conditions pouvant r√©ifier une potentielle v√©rit√©, mais je pensais vraiment que la pub ferait un bide – au contraire, elle a m√™me un peu mieux march√© qu’√† l’ordinaire. Apr√®s, peut-√™tre que je voulais que Cl√©mentine ait raison, toujours dans une soif √©perdue de sens, j’avais peut-√™tre besoin alors d’en trouver dans des √©tudes et l’int√©r√™t d’une personne √† l’intellect aiguis√© qui ne se suffisait pas de son tr√®s personnel sens du beau et de ses petites convictions esth√©tiques. Les m√©tiers de l’image et de la communication demeurent une exp√©rience intime et puissante sur les affres de la mesquinerie bourgeoise que tout professionnel endure √† plus ou moins forte intensit√©.. Enfin, j’avais √©t√© √©duqu√© sur l’existence des b√Ętonnets et leur r√īle strat√©gique dans notre perception du monde.

Depuis Dune 2 (titre en soi assez comique), je teste ma vision en essayant de jauger si je souffre d’une in√©luctable d√©saturation. Mon salon √©tant une jungle de plantes vertes, mes petites ch√©ries, j’essaie de voir si les couleurs de leurs feuilles sont moins flamboyantes qu’√† l’ordinaire. Et c’est pour le coup tr√®s difficile d’avoir un avis tranch√© sur la question. Comme toujours, condamn√© √† l’enclos de la perception sans pouvoir changer vraiment de point de vue (au premier degr√©), je suis perplexe. Ce qui m’a pouss√© √† √©crire ce matin ce billet avec ce titre, car dans les faits je me demande si je ne vois pas le monde de plus en plus gris. La d√©saturation, chez moi, na√ģt peut-√™tre davantage d’une saturation. Le pire c’est que j’ai adopt√© un chat noir – heureusement que la nature a eu l’heureuse inspiration de le doter d’une paire de yeux √©meraudes qui ne cessent de m’√©merveiller √† chaque instant que je les croise !

Saturation √† cause de l’actualit√©. Apr√®s 50 ans de d√©sindustrialisation intensive pour cause de financiarisation abusive, notre pays conna√ģt le d√©clin in√©luctable d’une nation qui continue de vivre sa tranquille trahison politique. Saturation √† cause d’une l’id√©ologie naus√©abonde qui me fait subir chaque jour un sophisme triomphant. Saturation √† cause de tous les scandales qui √©maillent notre soci√©t√© dont la corruption est devenue une r√©alit√© syst√©mique. Saturation √† cause du climat belliciste qui fait qu’hier j’entendais un professionnel de la mort de masse s’enthousiasmer sur la place de la France dans le commerce de l’armement. Petite pens√©e pour cette news dans laquelle des enfants maniaient des faux fusils dot√© de t√©l√©phone leur permettant de conna√ģtre les joies du shooting en milieu urbain gr√Ęce √† la r√©alit√© augment√©e, concept aussi abscons que l’intelligence artificielle. Saturation, aussi, de l’escroquerie d’une s√©mantique marketing qui s’insinue dans chaque pore d’un langage contamin√© par l’ultra-lib√©ralisme triomphant.

Ma fille a ador√© Dune. En rentrant de la s√©ance, je n’ai pas pu m’emp√™cher de temp√©rer son enthousiasme avec cette affaire de colorim√©trie. Personnellement, je continue de penser qu’avec un poil plus de saturation dans ce d√©sert gris, l’image aurait gagn√© en t√©l√©g√©nie. J’ai toujours consid√©r√© cette inclination √† la d√©saturation et √† l’abus de pastellisation comme un travers d’un embourgeoisement que d√©voile l’ali√©nation de la convention. Ah ! Cette bonne vieille teinte taupe qui faisait les beaux jours des devantures de certains magasins √† la fin de la premi√®re d√©cade de notre second mill√©naire. Quelle horreur que ce bordeaux marronnasse qu’on m’aura impos√© tant de fois avec cet air faussement inspir√© qui dissimule gauchement un b√™te mim√©tisme social ! Oui, je sais, l’abus de couleurs psych√©d√©liques et survitamin√©es n’est pas non plus idoine. Soit. Mais entre les deux, n’y a-t-il pas un oasis dans lequel trouver une certaine et calme beaut√© ? La Joconde avec un peu moins de peps et √ßa deviendrait une grosse sauce de marrons noisettes qui ne ferait m√™me pas un bon ersatz de Nutella. Je ne parle m√™me pas de mon Delacroix ador√©… que serait le Romantisme sans cet √©clat fier de couleurs jet√©es comme des moments de col√®re ou d’humeurs prestement exalt√©s ?

Une fois encore, ce n’est que mon avis. Ma fille a ador√© Dune 2 et ses images ternes… ou alors elle a ador√© un film magnifique √† l’image subtilement sobre et √©l√©gante. Paradoxalement, je ne pouvais m’emp√™cher de penser au Petit Prince et aux dunes color√©es de Saint Exup√©ry. J’ai toujours consid√©r√© ce beau livre comme l’illustration d’un homme qui d√©crit la mort in√©luctable de son enfant int√©rieur. Peut-√™tre que j’essaie de prot√©ger le mien en le laissant dans son d√©sert color√©. Je deviens nostalgique des films de mon enfance, dans lesquels je revis une soci√©t√© toujours aussi bord√©lique mais qui transpire une envie, un d√©sir, que je ne retrouve pas dans la fr√©n√©sie suspecte des images d’aujourd’hui. Les couleurs sont vives, l’image transpire un naturel que les filtres d’aujourd’hui polluent un peu trop. En mati√®re artistique, l’artifice s’ensuit souvent de l’artificiel. L’abus de proc√©d√©s d√©voile une tentation de camoufler le prosa√Įque tant abhorr√©. La volont√© coupable de sublimer le banal en lui donnant la patine des clich√©s photographiques des magazines de mode.

Un truc qui me rassure quand m√™me… c’est que je les trouve bien vertes mes petites plantes. C’est peut-√™tre Dune 2 qui √©tait par trop d√©satur√© ? C’est sur cette note d’espoir f√©brile que j’ach√®verai mon billet du jour avec un clin d‚ÄôŇďil sur-bat√īnnemis√©.

La négation de la valeur ou la valeur de la négation

Je suis en train de benchmarker des solutions de paiements en ligne, mais d’un coup j’ai envie de revenir sur une vid√©o que j’ai vue sur Youtube ce We, sur la cha√ģne Elucid (que je vous conseille chaudement), avec comme invit√© Yohann Chapoutot. Un √©change passionnant que j’ai fortement appr√©ci√© pour la qualit√© des concepts et des id√©es d√©ploy√©s par YC. Souvent, quand j’essaie d’aborder la question de l’argent avec certains interlocuteurs, je tente toujours de rappeler que ce n’est qu’un moyen, un outil, dont la valeur ne se fonde que sur la croyance (ou l’adh√©sion) qu’il inspire. Et il y a eu ce moment, cette citation qui sert de titre √† ce billet, ¬ę¬†la n√©gation de la valeur est aussi une valeur de la n√©gation¬†¬Ľ. Bon, je ne pense pas que c’√©tait la formulation exacte, mais l’id√©e c’est que l’argent est effectivement un syst√®me de d√©signation de la valeur… qui devient absurde quand cette valeur n’est plus d√©termin√©e dans un processus naturel de circulation des biens mais l’objet m√™me, le but, du processus √©conomique. Comment expliquer la folie actuelle sans admettre le caract√®re proprement n√©vrotique de cette obsession, de ce f√©tichisme, autour de l’argent ?

Yohann Chapoutot fait ainsi le lien entre l’argent et le nihilisme, le premier servant de locomotive au second. Oui, c’est vrai, du moment que l’argent devient un ph√©nom√®ne qui s’affranchit des besoins pour devenir le sympt√īme d’une folie syst√©mique, il n’est pas faux de penser que l’argent devient le symbole m√™me d’un nihilisme qui ne poursuit aucun autre but qu’une perdition enfi√©vr√©e. Mais attention, l’id√©e n’est pas de nier l’int√©r√™t et l’importance de l’argent ; il reste un outil, un moyen, √† la fois utile et peut-√™tre irrempla√ßable dans une logique de fluidification et de facilitation des √©changes inter-humains. C’est juste qu’en amasser des montagnes, magiques ou sp√©culatives, ne cr√©e que des richesses artificielles qui √† la fois polluent et compliquent le r√©el.

Il y a actuellement un fr√©missement intellectuel, un d√©sir profond de changement, et je sens qu’une r√©flexion s’est ouverte sur la question de ce que doit √™tre nos soci√©t√©s humaines et surtout comment elles doivent, et comment elles ne doivent pas, fonctionner. C’est encourageant, m√™me si je sais que j’ai toujours l’enthousiasme facile. Il faudra encore du temps et beaucoup de souffrances et de drames avant qu’une volont√© de changement l’emporte sur l’apathie actuelle. Cette vid√©o de la cha√ģne Elucid et les propos tr√®s √©clairants de Yohann Chapoutot sont une base vivifiante qu’il faudrait donner √† √©tudier (√† dig√©rer ?) √† tous ceux qui essaient de comprendre le monde r√©el, qui ne souhaitent plus se contenter du narratif qu’on leur a inflig√© depuis leur enfance, les emprisonnant dans un monde de chim√®res qui les contient plus fortement que des barreaux bien r√©els d’une prison.

Si tu dis √† un homme qu’il est libre, c’est la meilleure mani√®re de l’ali√©ner, le temps qu’il comprenne la supercherie derri√®re une affirmation qui demande √† √™tre interrog√©e avant d’√™tre consciemment accept√©e.

L’√©mission sur Youtube, les derniers des hommes, le temps qu’elle restera sur ce r√©seau social, je sais qu’au fil du temps, les liens des billets pass√©s disparaissent au rythme lent mais in√©luctable de leur effacement, pour cause d’abandon des sites ou des cha√ģnes. De la r√©alit√© d’un internet qui semble √©ternel mais qui ne peut exister que dans un intense et perp√©tuel recommencement… balayant le pass√© obsol√®te au rythme fr√©n√©tiques des avanc√©es de la technologie digitale.

Le chaos avant quoi ?

Terrible √©poque que nous vivons, un monde en changement, un monde en √©bullition avec la sensation d’un √©croulement que d√©guise de plus en plus difficilement un monde m√©diatique semblant d√©connect√© de la r√©alit√©. J’ai √©norm√©ment de boulot donc je passe mon temps √† g√©rer des micro probl√©matiques mais hier ma fille me demandait pourquoi je n’√©crirais pas un bouquin sur un des nombreux sujets qui me passionnent. Soit, je pourrais, je peux, mais c’est paradoxalement sur le sujet du langage que je souhaiterais m’appesantir. Nous sommes dans un processus manipulatoire tellement g√©n√©ralis√© que √ßa ne cesse de me fasciner, tout en me r√©vulsant, √©videmment. Il faut dire que nous subissons des abus d√©clamatoires, incantatoires, qui √† la fois d√©noncent l’imposture et r√©v√®lent l’impunit√©. Tout a √©t√© organis√© pour maximiser notre impuissance, gr√Ęce au moteur de notre adh√©sion tacite ou involontaire. Par exemple, l’invitation au dialogue qui n’est plus, depuis des d√©cennies, qu’une m√©thode pratique pour d√©samorcer les potentielles crises. Nous sommes devenus, je parle de la France, un peuple bien √©duqu√©, bien √©lev√©, qui ne con√ßoit plus qu’agir en suivant des r√®gles, fussent-elles ineptes et injustes. Cette propension √† la soumission volontaire est pourtant un gage d’infamie pour ceux qui ont √©t√© √©lev√©s dans la gloire du passif r√©volutionnaire. Que restent-ils des gaulois r√©fractaires ? Ont-ils seulement exister ou ne sont-ils qu’une autre marotte symbolique qu’on nous r√©cite pour nous faire r√™ver d’un pass√© magnifique au lieu de nous laisser grandir en nous faisant affronter la dure r√©alit√© du pr√©sent ?

J’ai toujours eu la m√©lancolie d’√™tre un homme sans racines, pas que j’ignore les origines de mes parents et le parcours de mes anc√™tres, mais je suis le fils d’un homme parfaitement adapt√© √† cette soci√©t√© ¬ę¬†liquide¬†¬Ľ que nous vend en permanence le monde lib√©ral. Mon p√®re √©tait un homme brillant, capable et comp√©tent, et il a b√©n√©fici√© des avantages d’une √©bauche de m√©ritocratie qui a, un peu, exist√© durant les trente glorieuses, avant que nous vivions la phase actuelle qui consiste √† reprendre ce qui avait √©t√© durement conc√©d√©. J’ai donc beaucoup boug√© dans mon enfance, j’ai tent√© de suivre un peu les traces du papa √† l’√Ęge adulte, mim√©tisme oblige et illusions inflige, avec toujours la sensation de n’avoir que la construction personnelle comme √©laboration de mon identit√©. Il me revient une anecdote cocasse et cruelle qui d√©montre en la mati√®re l’absence d’instinct paternel de mon auguste patriarche. J’avais, √† la fin de l’adolescence, le r√©flexe d’indiquer que j’√©tais bourguignon quand on me demandait mes origines, d’o√Ļ je venais… simplement parce que j’avais v√©cu quelques ann√©es √† M√Ęcon, et que j’y avais √©t√© tr√®s heureux. J’avais aim√© les paysages magnifiques du Mac√īnnais, j’avais aim√© les gens, notamment dans les villages, accueillants et g√©n√©reux, j’avais envie de m’attacher, de me rattacher √† cette partie du peuple que je sentais bienveillante et courageuse. Un jour, alors que mes parents re√ßoivent ceux de ma compagne d’alors, le p√®re dit au mien que je suis donc bourguignon, ce qui est balay√© par mon g√©niteur dans un rire √† la fois plein de cynisme et de sarcasme. Cette d√©n√©gation m’aura beaucoup marqu√©, comme une sorte d’anath√®me qui m’envoyait la r√©alit√© en lieu et place du petit arrangement que je voulais faire avec les faits. J’√©tais d√©finitivement condamn√© √† n’√™tre qu’un homme sans racines ni attaches, j’√©tais condamn√© √† √™tre ce nomade moderne qui fait du monde entier son refuge et son foyer. En bref, j’√©tais destin√© √† n’√™tre qu’un individu de plus et √† m’en faire √† la fois la raison mais aussi la conviction.

Etre un simple individu vous oblige √† deux choses principales, contraires et violentes. Vous ne pouvez √™tre que celui que vous devenez et pas celui qui vient de quelque part. Il n’y a pas de pass√©, pas de m√©lancolie, il n’y a que la route qui se pr√©sente devant vous, √† parcourir, jusqu’au bout. Enfin, vous obtenez la force morale de celui qui n’a rien √† perdre que ce qu’il est vraiment. Ce qui entra√ģne la cr√©ation d’un surmoi monstrueux qui vous dicte, jour apr√®s jour, sa longue liste d’obligations morales et intellectuelles qui vous imposent une mani√®re d’√™tre camouflant la r√©alit√© d’une survie. Je suis devenu l’homme que je voulais √™tre, mais je constate que le monde qu’on me propose n’est qu’un vaste enfer √† ciel ouvert. Je n’ai pas √† m’en plaindre par rapport √† mes cong√©n√®res, liquide par d√©cision parentale, je suis donc habitu√© √† m’adapter et √† survivre quelles que soient les √©preuves, la fameuse r√©silience qu’on nous rab√Ęche pour nous faire toujours plier davantage. Surtout, je me suis arm√© intellectuellement et culturellement pour affronter ce monde… j’y tra√ģne souvent comme un carnassier dissimulant ses dents, car je sais que nous ne sommes plus en terrain neutre. La brutalit√© est partout, la violence l√©gale comme sociale une triste r√©alit√©, il faut donc en permanence √™tre pr√™t √† rendre ce qu’on vous donne sans h√©sitation ni faiblesse.

Il y a deux jours, mes enfants m’ont fait une magnifique d√©claration d’amour, qui m’a touch√© car je ne voulais pas, je n’escomptais pas, d’√™tre p√®re. Ils me t√©moignent la reconnaissance de leur avoir donn√© certaines armes pour s’adapter √† la vie √† venir, surtout ils peuvent juger √† pr√©sent de la valeur des avertissements et des √©clairages que j’ai tent√© constamment de leur donner, au gr√© du temps et de leur croissance. J’ai appris il y a longtemps que l’art de la paternit√© consiste surtout √† ne pas d√©former un enfant avec son petit ego mais bien veiller √† ce qu’il puisse grandir et √©voluer en suivant sa propre route. Ce n’√©tait pas √©vident de les encourager √† devenir des citoyens tout en leur apprenant la d√©fiance envers tout syst√®me qui vous contraint et vous oblige. Je sais combien il est difficile de vivre sans illusion, pourtant c’est la condition pour ne pas s’y perdre. Le monde d’aujourd’hui est un monde dont les chim√®res ne deviennent plus que de p√Ęles silhouettes qui ne convainquent plus personne. C’est √† la fois abominable et n√©cessaire. Nous arrivons dans une p√©riode de chaos qui d√©bouchera sur un nouveau paradigme, qui ne sera d’ailleurs qu’un syst√®me aussi temporaire que terrible. Comme si l’humanit√© ne pouvait que toujours subir et endurer ce cycle entre d√©sir de justice et √©crasement par l’injustice. Douze mille ans que l’homme se r√™ve et s’invente pour toujours en arriver √† ces d√©s√©quilibres flagrants, il y a tout de m√™me la sensation, personnelle, d’une absurdit√© propre √† la nature humaine, in√©luctablement contamin√©e par sa tendance √† la n√©vrose d√©complex√©e.

M√™me si je ne suis pas aussi vieux que √ßa, je sais que je suis davantage vers la fin qu’au d√©but, et je sais qu’il y aura de nombreux combats √† mener √† l’avenir. Je me pose la question de les mener ou pas, en compagnie des g√©n√©rations futures qui vont payer durement tous ces mauvais choix, cet √©gotisme d√©g√©n√©r√© qui d√©truit la nature et nous empoisonne tant le corps que l’esprit. Si je dois √©crire, ce sera pour tenter d’√©clairer ceux qui veulent √™tre libres, car je crois toujours que tout est affaire de choix. Et √† pr√©sent, tout est √† faire ou √† refaire, aussi. Etre sans racine m’a aussi inculqu√© √ßa : quand rien n’a de sens, √† toi d’en cr√©er, √† toi d’en donner. Lib√©r√© des carcans des obligations de ceux qui ne songent qu’√† accaparer √† ton d√©triment, garde en t√™te que ce monde n’appartient √† personne : nul n’a le droit de cr√©er son bonheur en privant un autre du sien.

La r√®gle morale simple que j’ai inculqu√© √† mes enfants alors qu’ils √©taient tout petits : tenter d’agir toujours avec bienveillance, en √©tant capable d’estimer la polarit√© de ses actions. Simplement, quand tu agis, si cela provoque de la souffrance chez autrui, c’est mal, quoi que tu te dises ou quoi que tu essaies de justifier. Il est plus que compliqu√©, naturellement, de toujours agir sans provoquer du tort… mais il convient d’en avoir la conscience et de ne pas en rejeter la responsabilit√©. Le chaos que nous vivons actuellement est la simple cons√©quence de la perdition morale qui caract√©rise un monde ultra-lib√©rale qui d√©guise constamment les faits aux d√©triments des √™tres. Il est important, plus que jamais, de revenir √† une v√©ritable justice sociale qui ne peut, par ailleurs, plus √™tre imagin√©e ou voulue √† la dimension d’une nation, mais bien √† celle d’une plan√®te. Plus que jamais, la France non en tant que petit pays cocardier mais bien en tant qu’id√©e d’un humanisme puissant a un r√īle √† jouer.

Non, pas cette France d’aujourd’hui, l’autre. Celle qu’il convient de ressusciter avant qu’elle ne soit plus qu’un r√™ve, une triste et d√©c√©d√©e chim√®re.

De retour

Le souci quand on a plusieurs sites avec WordPress c’est qu’une mise √† jour Php pour l’un d’entre eux peut engendrer maints d√©boires pour les autres. Ce fut le cas pour Arcticdreamer.fr qui a souffert de mon agenda tr√®s charg√©. Ce matin, j’ai pris le temps de faire les choses, en attendant de les faire bien, c’est pour cela qu’il n’y a pas vraiment de mise en page, j’ai install√© un th√®me rapido et hop, tournez man√®ge !

Apr√®s, ce n’est pas comme si j’en avais √† faire de ce site, c’est davantage une exp√©rience personnelle que je poursuis car je suis un peu comme √ßa, j’ai du mal √† d√©truire ce qui a pris du temps et de l’attention. Mais bon, quand je relis ce que j’√©crivais il y a 11 ans et l’√©cart plus que gigantesque avec l’homme que je suis √† pr√©sent, j’ai comme toujours l’impression qu’il n’y a aucun mal √† effacer ce qui a √©t√© pour aller de l’avant, et au moins ne pas faire peser sur le pr√©sent les chim√®res/croyances/illusions d’hier. Au niveau sociologique c’est tout de m√™me int√©ressant de me pencher sur le fant√īme de ma personne pass√©e, en cela les billets de ce site sont int√©ressants car le clich√© d’une √©poque dont je serais le petit n√©gatif. Qui sait, peut-√™tre qu’arcticdreamer.fr √©voluera vers autre chose √† terme, j’ai toujours eu envie d’√©crire une suite au roman de Shelley avec sa cr√©ature fascinante ?

De l√† me frappe une mise en abyme, avec l’id√©e de n’√™tre que la cr√©ature d’un moi int√©rieur qui me manipulerait telle une marionnette ! Allez, j’arr√™te la d√©connade, bonne journ√©e ūüôā !

Le chat

Clin d‚ÄôŇďil avec un beau po√®me de Baudelaire qui me fait sourire en ce d√©but d’ann√©e 2024 !

A ma petite Ga√Įa, mon petit rayon de soleil tout noir !

Viens, mon beau chat, sur mon cŇďur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de son corps brun.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

La première des révolutions à faire

Etant donn√© que je suis malade depuis une semaine √† cause de ma ch√®re fille qui fut un patient z√©ro consciencieux, je vais √©crire un peu en r√©action √† tout ce que je lis et regarde depuis quelques jours. Rien ne va plus, √ßa craque de partout, et quand je dis de partout, je parle du monde dans son ensemble. En pr√©cisant un peu cette g√©n√©ralit√© fallacieuse (comme toutes les g√©n√©ralit√©s le seront toujours), je parle du monde d√©mocratique. Actuellement, il y a un profond et puissant d√©sir de changement par rapport aux enjeux climatiques, aux enjeux √©conomiques, et surtout aux enjeux humains. C’est amusant comme constamment le vocabulaire politique se borne √† r√©p√©ter comme un mantra les m√™mes id√©es en oubliant qu’il n’y en a que deux qui comptent pour qu’une soci√©t√© puisse esp√©rer vivre en paix et en prosp√©rit√© : la justice et le bonheur.

De la justice, il y a tant √† dire… j’en ai fait l’exp√©rience, j’ai mesur√© le cynisme du syst√®me, encore un, j’ai compris quand m√™me que ce n’√©tait qu’un miroir aux alouettes de plus. Apr√®s, oui, comme dans d’autres corps, il ne faut pas non plus c√©der √† la misanthropie primaire, il y a encore et heureusement des gens de bien, honn√™tes et respectables… mais √©galement tant de compromission, tant d’impunit√© organis√©e. Il y a de cela quelques ann√©es, j’avais √©t√© choqu√©, sans trop comprendre pourquoi, par un simple mot dans un jugement qui m’avait fait l’effet d’une gifle et d’une sensible humiliation. Ce mot c’√©tait ¬ę¬†turpitude¬†¬Ľ, qui contenait ce que je peux identifier maintenant comme un vulgaire m√©pris de classe. A l’√©poque je croyais encore en la m√©ritocratie, car je suis un homme qui ne peut abandonner ses chim√®res sans se battre un peu, nature oblige. Maintenant je sais √† qui j’ai affaire, √† l’instinct sont venus s’adosser la sagesse et l’exp√©rience. Les griffes et les crocs sont toujours aff√Ľt√©s, sans non plus imaginer la victoire mais au moins de ne pas la laisser sans faire le plus de dommages possibles. Ma fille r√©cemment me disait que je n’√©tais plus le gentil papa de son enfance, ce qui me d√©sole mais en l’√©tat il n’est pas possible de constater comment tout a si mal tourn√© sans nourrir une saine et inspirante col√®re. Car la Justice a perdu sa majuscule, elle a √©t√© vulgaris√©e comme le reste, elle a √©t√© rendue utilitaire dans un engrenage productiviste qui a perverti la notion du bien. En bref, elle n’est souvent que la chose d’une ploutocratie qui abuse et abusera toujours du sophisme pour se jouer de tous ceux qui ne comprennent pas l’escroquerie du langage, dont la polys√©mie demeure une constante opportunit√©. L’exemple accablant de cette monstruosit√© morale que ponctue la sentence ¬ę¬†Responsable mais pas coupable¬†¬Ľ ne semble plus un scandale mais bien l’introduction sobre d’une d√©cadence dont personnellement je ne vois ni les limites ni les obstacles.

Du bonheur… il n’y a plus rien √† dire, √ßa ne sort jamais dans les d√©bats publiques ou m√©diatiques. Peut-√™tre parce que pour la majorit√©, le plaisir en est devenu le synonyme, la valeur d’√©change, la concr√©tisation. Du pouvoir de l’argent, ce dieu invisible et puissant dont les ap√ītres sont √† la fois z√©l√©s et inspir√©s. Parfois, quand je m’interroge sur la mani√®re de cr√©er une soci√©t√© parfaite, en imaginant repartir de z√©ro, je me dis que la premi√®re des lois serait de ne jamais permettre que ce moyen soit autre chose qu’une valeur d’√©change ancr√©e et limit√©e au r√©el. En ces temps o√Ļ l’inflation est un terme qui revient en permanence pour devenir une sorte de bouc-√©missaire invisible, √† la fois complexe et insaisissable, il y a pourtant de quoi comprendre ma r√©flexion. J’ai tent√© d’expliquer √† mes enfants, √† l’√©poque du ¬ę¬†quoi qu’il en co√Ľte¬†¬Ľ, le prix justement √† payer pour ce type de politique. R√©guli√®rement j’entends des √©conomistes de tout bord expliquer que la dette c’est √† la fois pas si grave et de toute mani√®re obligatoire dans un monde qui ne fonctionne qu’avec cette logique capitaliste qui veut que comme un saumon, il faut toujours que √ßa revienne √† la source. Parce que d’abord, si les gens riches le deviennent moins, alors √ßa ne peut que provoquer la fin du monde. Que les √©tats soient devenus complices de cette logique qui veut que les peuples soient utilis√©s comme de grosse masse laborieuse pour que quelques uns vivent dans une opulence qui est peut-√™tre la forme la plus extr√™me, subtile et v√©ritable d’une totale m√©diocrit√© √† la fois morale et intellectuelle est une sinistre v√©rit√©.

Ce matin j’√©coutais √† la radio qu’apr√®s la chasse aux pauvres et aux fain√©ants, il est maintenant question de s’attaquer √† tous ces travailleurs qui ne font rien pour r√©ussir alors que TOUT est fait pour ce but ultime. Comment construire une soci√©t√© o√Ļ le bonheur serait g√©n√©rale, serait une r√©alit√© collective, quand, de toute mani√®re, le principe est de construire sa richesse sur l’exploitation d’autrui ? Il y a de cela plus de trente ans, j’avais tent√© d’aborder la chose avec mes parents quand j’avais constat√© l’√©croulement du prix d’une t√©l√©vision. Quand j’√©tais gosse, la t√©l√©vision c’√©tait pour moi la divinit√© supr√™me au quotidien. J’allais m’agenouiller devant autant que je pouvais et tous les r√©cepteurs cognitifs en action, j’absorbais ce que sa douce lumi√®re me r√©v√©lait. La t√©l√©vision pour moi c’√©tait le substitut √† tous les manques que peuvent provoquer le d√©laissement… Je faisais souvent l’objet d’inqui√©tude ou de critique quand, au lieu d’aller jouer ¬ę¬†dehors¬†¬Ľ avec d’autres enfants, je pr√©f√©rais mater la suite des programmes des quelques cha√ģnes d’un service public qui tentait d’en offrir, d’en saupoudrer, un peu pour tout le monde, effort tr√®s louable en soi. Donc la premi√®re chose que j’ai per√ßu dans la valeur des choses, c’√©tait le prix d’un poste de t√©l√©vision. C’est simple, j’avais 6 ans, et une t√©l√© couleur c’√©tait pour moi autour de 10 000 francs, soit une fois et demi le salaire de base. En r√©sum√©, pour ma famille qui est partie vraiment de rien, c’√©tait √©norme, c’√©tait un privil√®ge qu’il fallait ch√®rement acquitter pour en obtenir l’acc√®s. A peine 10 ans plus tard, les prix ont commenc√© √† baisser pour n’√™tre plus qu’un d√©tail dans le budget. Alors, de nos jours, il est possible d’acheter une t√©l√© avec le m√™me ratio mais si le but n’est que d’avoir une t√©l√© √ßa se r√®gle pour moins cher qu’une semaine de courses pour une famille de quatre personnes. Pourquoi ? La technologie est-t-elle si avanc√©e qu’elle permette √† des choses si peu naturelles que des composants informatiques, que des mat√©riaux transform√©s, de co√Ľter finalement moins que des aliments cultiv√©s et b√™tement mis en boite ? Le co√Ľt de la main d’oeuvre, pardi, LE crit√®re qui obs√®de √† juste raison le capitaliste n√©vros√©. Et pour cause, le bonheur consum√©riste ne se base que l√† dessus : l’exploitation d’un autre, de sa force de travail r√©mun√©r√©e √† bas bruit, pour nous permettre le luxe et l’opulence. A pr√©sent nul n’ignore que la promesse a √©t√© depuis clairement d√©nonc√©e. Certains ont cru que √ßa n’√©tait encore que des histoires d’import/export, de p√©nurie, de surpopulation et de consommation dont les valeurs s’accroissent et se d√©placent tandis que l’occidentalisation du monde progresse. Mais plus concr√®tement, c’est juste que nous n’avons plus les moyens, comme avant, d’exploiter autrui, car les esclaves ont fini par comprendre que leurs ma√ģtres √©taient tout de m√™me de sacr√©s branquignolles. Des li√®vres atteints de turpitude pour rendre hommage, un peu, √† mes propres bourreaux.

Alors en ce moment, il y a une d√©sesp√©rance tranquille, le d√©sespoir lascif du quotidien difficile. Il faut que √ßa change, car √ßa ne marche pas, mais comme dans un couple o√Ļ l’√©mancipation de l’autre √©voque toujours l’amertume ou le risque d’une solitude √† venir, rien ne se passe sinon la constatation d’un temps qui passe et d’une routine qui sans cesse recommence. De la d√©mocratie, toujours ce mot, qui revient, comme si c’√©tait l√† que tout se jouait. Ce qui n’est pas faux, √† vrai dire (j’adore toujours jouxter les deux valeurs, c’est mon pu√©ril moment de manich√©isme primaire), c’est qu’effectivement tout est affaire de pouvoir. ¬ę¬†Pouvoir¬†¬Ľ. ¬ę¬†Kratos¬†¬Ľ. C’est amusant comme les mots nous enferment dans des mani√®re de penser le monde. Il est impensable, par exemple, d’imaginer un syst√®me politique sans utiliser ce radical. Car dans les soci√©t√©s humaines tout n’est finalement que le ph√©nom√®ne qui se r√©alise en permanence : l’expression d’un pouvoir sur un autre, sur des autres, afin qu’une soci√©t√© puisse se faire.

Je regrette qu’il ne soit pas possible que se fasse une r√©volution des id√©es qui passerait par une r√©volution du langage. Tous les d√©bats se perdent dans des logiques id√©ologiques et s√©mantiques l√† o√Ļ plus que jamais nous avons besoin de philosophie. D’introspection, d’abstraction, de mod√©lisation, d’analyses. La r√©alit√© que j’observe par les lucarnes modernes que sont les nouveaux m√©dias ne sont que temp√™tes d’√©motions et impasses sophistes. Une rage dans la prise de position, une constante intimation √† choisir un camps, √† condamner l’autre, avec une violence sous-jacente ou exacerb√©e qui m‚Äô√©cŇďure de plus en plus.

Il n’y a pas si longtemps, j’allais √©crire un commentaire sous une vid√©o qui parlait, justement, de r√©volution, avant finalement de l’effacer. Ecrire ici est un acte neutre, un acte √©gotiste qui n’est qu’un cri inaudible et accessoire. Ecrire ailleurs me donne √† pr√©sent la sensation d’√™tre le fou qui invite √† regarder le ciel au lieu de l’√©cran lumineux qui vous bousille lentement mais s√Ľrement vos jolis yeux avec sa lumi√®re bleue. Pourtant, je re√ßois en retour des remerciements pour mes contributions, mais ce n’est pas le but. Le but serait de constater un d√©sir de libert√© chez mes contemporains qui d√©j√† serait un immense signe d’esp√©rance. Je ne le vois plus, je ne vois que r√©signation et ent√™tement.

Je livrais √† ma fille, hier, le fruit de mes √©tats d’√Ęme. Je pense que nous ne pouvons qu’aller au bout de cette folie. Alors que les passions se d√©cha√ģnent sur la question des IA, jamais je n’aurais constat√© √† quel point l’esprit humain c√®de √† une forme de robotisation qui l’oblige, qui le condamne, √† un total d√©terminisme social. Chacun accepte son r√īle et les r√®gles du jeu, m√™me si ces derni√®res sont foutrement injustes.

La seule r√©volution qui compte c’est l’√©mancipation de cette mani√®re de voir la vie et d’imaginer le monde. Il faudrait abandonner le ¬ę¬†Kratos¬†¬Ľ pour passer √† ¬ę¬†l’Ethos¬†¬Ľ. Ne plus devoir obliger pour obtenir, mais ambitionner pour r√©aliser. La soci√©t√© des devoirs remplac√©e par celle d’une volont√© collective qui n’aurait pour but que vivre dans la paix et l’harmonie. Troquer l’id√©al vici√© de l’Europe par une belle Euthymie*, √ßa serait bien.

*Euthymie (source wikip√©dia) : L’euthymie (du grec eu, bien, heureux et thymia, l’√Ęme, le cŇďur) constitue le concept central des pens√©es morales de D√©mocrite qui la pr√©sente comme une disposition id√©ale de l’humeur correspondant √† une forme d’√©quanimit√©, d’affectivit√© calme et de constance relative des √©tats d’√Ęme.