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Un moment de pause

Bon, étant malade, je suis dans l’obligation de freiner l’activité que j’avais prévue de continuer cet été, même si le besoin ou même la nécessité de vacances commençaient à péniblement peser sur mon enthousiasme naturel. 4ème ou 5ème jour avec le (ou la, comme ça vous va !) Covid, suite à la légèreté coupable de ma chère fille qui l’ayant attrapé depuis plus d’une semaine, est encore en train de dormir au moment où j’écris ces lignes, le soleil étant à son zénith. Personnellement, j’ai accusé conscience de la maladie, je suis allé me faire tester, je me suis mis en quarantaine et je me suis reposé sur ma légendaire résistance pour encaisser le bestiau. Première déception pour moi, c’est qu’au bout d’au moins 4 jours, il n’y a pas vraiment de signes d’amélioration au niveau du mal de gorge. Passe pour la fièvre permanente, passe pour la gêne au niveau des poumons, passe pour la fatigue (qui ne me touche pas plus que ça, à vrai dire), passe pour les douleurs corporelles qui me rappellent constamment que le corps est trop sollicité… mais que ce mal à la gorge est à la fois douloureux et insupportable ! Ce matin, au réveil, après une nuit fiévreuse à me réveiller trempé et un peu hébété, la déception aura été de constater que le mal de gorge est encore là, et bien pire que la veille. Après m’être renseigné un peu (je suis du genre à être extrêmement méfiant par rapport à tout ce qui touche au médical et à la santé sur le web, c’est un parfait condensé de névroses et de récits terrifiants) j’ai donc appris que cette souche durait plus longtemps que les autres, soit 7 jours versus les 4 ou 5 sur lesquels je pariais un peu facilement. De toute manière, entre la maladie, la canicule, et mon patriarche qui semble vouloir tirer sa révérence assez rapidement, cet été ne s’annonçait pas sous les meilleures auspices. Tant pis, il me reste malgré tout l’écriture et l’occasion ludique, morale et vivifiante, d’exprimer une fois encore mon ressenti dans cette période à la fois incroyable, étrange et imprévisible.

Quand j’essaie de modéliser, personnellement, les oppositions idéologiques qui à la fois forgent et déforment notre société, je ne me laisse plus abuser avec les vieux schémas comme la polarisation, manichéenne et trop réductrice, de la droite et la gauche. Simplement, si simplement, la seule opposition qui existe à l’heure actuelle est un conflit, insoluble, entre une vision verticale et horizontale de la société. En réalité, et l’histoire de l’humanité regorge d’exemples, la tentation de cette verticalité aura toujours été la stratégie finale avant la chute, inéluctable. Contrôler, opprimer, oppresser, obliger, avant de réprimer ou de forcer, pour contenir le libre arbitre et la prétention au bonheur de la majorité du peuple. Il n’est pas possible de construire une société pérenne, solide et forte, juste en l’écrasant de devoirs et en la saoulant, littéralement, de grands discours idéologiques qui camouflent de plus en plus difficilement, la réalité de l’escroquerie. Il reste la possibilité de diviser, d’ostraciser, d’encourager les bas instincts, mais là encore il semble que la pilule a de plus en plus de mal à passer.

Je l’ai écrit sur ce blog, il y a quelques mois, nous assistons à un changement de paradigme. Un changement qui était lui aussi inéluctable, déjà car comme les bouddhistes le répètent à l’envi avec l’impermanence, comme les physiciens le ressassent avec l’entropie, rien en ce bas monde ne peut perdurer sans évoluer. Et encore, dans cette idée très philosophique du changement obligatoire, j’omets la réalité des violents dysfonctionnements écologiques, économiques, éthiques que nous subissons de plein fouet en cet été 2022. Tous les jours, quand j’entends des commentateurs gloser sur la question de l’inflation en citant certaines explications complètements délirantes, je me demande jusqu’à quand la bulle va grossir avant d’exploser. Est-il possible de décorréler un pur moyen, comme l’argent, avec la réalité de ce qu’il est censé s’adjoindre, soit l’économie réelle ? La crise de 2008 fut une sorte de boîte de Pandore à retardement, et nous sommes en train de vivre, aussi, l’impossibilité de vivre dans une société humaine harmonieuse qui pour le bénéfice d’une minorité remplace le réel par une pure fiction. Le gros souci de cette fiction, c’est qu’à présent, plus elle dure plus elle détruit, et nous commençons à peine à en recevoir les traites. Qui seront bien plus dures et insupportables, que les taux d’intérêts et le montant de la « dette ».

Alors, faut-il perdre tout espoir et crier au feu en s’agitant de partout, comme je semble le faire en écrivant ces lignes ? A vrai dire, il n’y a pas grand chose à faire quand on assiste à une sorte de névrose généralisée, notre société ne tient encore, par ailleurs, que par la croyance qu’elle promeut… mais qui s’effrite de jour en jour, de mois en mois. Il faut attendre la fin des grandes vérités, la fin des ayatollahs du bon sens, la chute des dogmatiques et des pragmatiques. Nous vivons une période d’intense clarification, où pointe, de manière très grandiloquente, la fin d’une civilisation. Comme si le bilan actuel, à tous les niveaux, pouvaient nous permettre de nous prétendre « civilisés », soit dotés d’une rationalité telle qu’elle impose l’idée irréfutable et intrinsèque d’un accomplissement. Non, s’il y a civilisation, il n’y a pas eu accomplissement, mais décadence. Je ne crois pourtant pas qu’il faille tout rejeter et détruire. Au contraire, nous avons encore le temps de prendre conscience de tout ce qui est juste et bon, de partir sur les bases saines de l’humanisme qui a notamment fait le bonheur de la France après la seconde guerre mondiale. Et faire en sorte, à l’avenir, de ne plus permettre que les mêmes errances reviennent encore polluer et corrompre la belle dynamique de la bienveillance et de la sagesse. Notre civilisation n’est pas en danger à cause de menaces plus ou moins exotiques, névrotiques et fictionnelles, mais bien de l’idée d’une bienveillance accessoire. Notre société ne s’écroulent pas parce qu’elle est attaquée de toute part, mais bien parce que nous la sabordons, foncièrement encouragés par des maîtres d’oeuvre dont les motivations ne sont clairement pas humanistes.

Il n’est pas possible de faire du malheur des autres la miraculeuse variable d’ajustement. Le bonheur sociétale ne peut être qu’un accomplissement collectif. Maintenant, le combat est simple, verticalité contre horizontalité. Si je ne peux, philosophiquement, omettre la possibilité d’une tyrannie éclairée, j’y postule bien moins qu’à celle d’une gestion démocratique et participative du peuple.

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La partie d’échec

Je fais une pause dans mes prenantes activités pour faire un petit point sur le changement de paradigme que nous ressentons tous à l’heure actuelle. Il est toujours difficile de considérer les choses avec abstraction, pourtant, il faut essayer d’y parvenir, sans se laisser embarquer par une sorte d’inertie irrépressible provoquée par l’adhésion, par la croyance, par l’acceptation, par la résignation parfois. Le monde change, et derrière ces termes, il y a tout une logique qui se met en place et qui redistribue les cartes. Notre pays, la France, n’est qu’une variable dans ce schème qui s’élabore peu à peu, jour après jour, et qui annonce de grands et terribles bouleversements.

Ce matin j’écoutais Régis Le Sommier s’exprimer sur l’échec de Poutine avec l’Ukraine. Je trouve cette vision des faits un peu simpliste, caricaturale, facile, et surtout très imparfaite. Comment définir, de nos jours, ce qu’est d’un point de vue géopolitique une victoire ou une défaite ? Limiter la réflexion sur ces deux possibilités c’est vraiment envisager le monde d’un point de vue naïf, car faussement définitif, faussement normaliste. Poutine et la Russie ont-ils vraiment perdu, ou sont-ils en train de perdre la guerre ? Est-ce, en soi, une guerre ? Oui, dans l’idée d’une agression d’une nation par une autre. Mais au-delà de ça, en filigrane, il y a toute une suite d’éclaircissements qui sont en train de se faire, notamment par rapport aux dépendances, par rapport à la réalité d’un pouvoir, par rapport à l’équilibre des nations les unes par rapport aux autres.

Si aujourd’hui certains voient dans l’attitude de Poutine un signe de faiblesse, un début de déclin, la réalité nous décrit surtout le rapprochement d’un bloc dont la configuration et la complémentarité dévoile déjà une supériorité économique indéniable. La Russie, la Chine, l’Inde, sont ainsi le nouveau Géryon qui fait de l’Europe la survivance d’un ordre ancien. Géryon dans la mythologie grecque est décrit comme « un géant triple », notamment vaincu par l’invincible Heraclès. Ce combat décrit une victoire par la force contre la force. Mais Heraclès restera dans le panthéon grec le seul hémithéos à avoir foulé le sol mythologique… en résumé, il est une exception, une anomalie presque, en tout état de cause une force inarrêtable, soumettant la nature et même les dieux (cf le dernier travaux et son affrontement avec Hadès) à sa volonté.

Face à ce Géryon qu’est le bloc précité, y a-t-il vraiment un Heraclès qui peut reproduire l’exploit ? Les Etats-Unis reviennent souvent comme attiseurs du conflit, selon l’idée acceptée et digérée que les guerres en Europe auront bénéficié à l’économie américaine, ce qui et indéniable. Mais la stagnation du conflit en Ukraine, voire le recul de la Russie, ne peut être interprété sérieusement comme une victoire. Ou alors à la Pyrrhus. Quoi qu’il advienne, l’artificialité de la construction européenne a surtout éclaté au grand jour, avec l’idée, pour encore utiliser la métaphore de la mythologie grecque, d’un tonnerre et d’un éclair sans la puissance de la foudre. Nous vivons, à l’heure actuelle, la confrontation de narrations qui veulent chacune redéfinir le monde pour le traduire selon sa vision. Jamais la question de la propagande n’avait autant pesé dans les débats avec la reconnaissance plus ou moins tacite de sa valeur stratégique dans la création et l’alimentation de croyances nécessaires à la bonne marche des systèmes. Ces croyances sont vulgairement qu’il n’y a pas de puissance sans fédéralisme, que les nations en tant que telles sont devenues soit obsolètes soit antinomiques à la compétitivité, que l’Europe peut peser dans le changement de paradigme mondial, que l’atlantisme est le seul rempart à ce changement de la balance des pouvoirs qui fait écho à un changement de statut des nations.

Le souci avec les croyances, c’est que leur existence, leur pérennité, ne résident que dans la réalisation plus ou moins permanente de ses effets. Et quand tout un fonctionnement systémique ne s’appuie que sur la circulation financière, elle-même le résultat d’une croyance qui a de plus en plus de mal à se corréler avec la réalité, le réel vient peu à peu parasiter les vérités provisoires pour dessiner un nouveau paysage, un nouveau monde, qui s’annonce à la fois effrayant et inquiétant… car virevolte finale à cette illusion d’un monde figé dans une sorte d’accomplissement idéologique et économique.

Nous sommes les pions dans une grande partie d’échec où les figures maîtresses bougent d’elles-mêmes, et ce serait encore bien naïf qu’il y ait simplement deux joueurs, face à face. Nous vivons la mondialisation dans sa concrétisation la plus redoutable, soit une entropie permanente et plus que compliquée à anticiper. Dans un monde où l’éthique est devenue une valeur secondaire ou pire, une faiblesse, il n’y a pas à compter sur la magnanimité ou la philanthropie. L’ambition des acteurs de cette partie, c’est bien la domination, la suprématie, purement et simplement. Et la base solide sur laquelle elles se réaliseront est simplement la réalité des ressources énergétiques et d’un potentiel marché plus ou moins autonomisé. En résumé, ce sont les dépendances qui vont définir les futures vassalités.

En France, nous assistons à une réelle et totale fracture sociale et il ne faut pas s’y tromper, sociétale. La croyance, une fois encore, est à la fois l’enjeu et le moteur des débats. Il y a une énergie de maintien qui tente de plus en plus désespéramment de contenir l’entropie inévitable d’un système de plus en plus dysfonctionnel. C’est une erreur, c’est une folie, de croire qu’il sera possible de contenir la violence et la colère populaire en lui opposant une sorte d’aveuglement illuminé. De cet autoritarisme un brin grotesque émerge un instant de survie qui se traduit par une politisation de plus en plus évidente des plus jeunes qui par la synergie des réseaux communicationnels s’amplifie de jour en jour. C’est amusant par ailleurs de constater la discréditation systématique des réseaux sociaux dans les médias, comme s’ils n’étaient que des places publiques nauséabondes et bassement populaires. S’il faut reconnaître la constante difficulté de la discussion démocratique, il faut aussi avoir l’honnêteté de constater l’éveil des consciences et l’acquisition de connaissances. L’accusation permanente de complotisme pour cataloguer perpétuellement toute opposition ou contestation ne suffit plus.

La partie d’échec est intense, à tous les niveaux. Le monde change. Nous en sommes à la fois acteurs et spectateurs, mais la multiplicité des sources d’information, l’accès jusque là inédit à des données de tout horizon, nous permettent aussi de ne pas subir une narration particulière. Au contraire, il faut les confronter pour en discerner les limites et les invraisemblances. Ou rester sur cette vision manichéenne du bien et du mal, des gentils et des méchants. Cette candeur, quoi qu’il en soit, ne peut perdurer que si les croyances subsistent, ce qui semble facétieux en cette période pour le moins apocalyptique*. Toutes ces crises sont autant de clarifications qui s’effectuent, qui se succèdent, nous demandant soit de nous maintenir dans l’illusion d’un statu quo ou l’acceptation d’une révolution.

*pas dans le sens de la fin du monde, mais du latin ecclésiastique apocalypsis, issu du grec apokalupsis : révélation divine.

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La question du jour

J’ai plusieurs sites actifs, dont deux blogs. Celui-ci me sert essentiellement de défouloir et d’atelier d’écriture. L’autre est associé à un projet créatif qui me tient à coeur et que je prépare à des desseins que je qualifierais pragmatiquement de « marketing ». Quelle ne fut pas ma surprise ce matin quand je découvris dans mes emails une demande de modération pour un commentaire écrit en alphabet cyrillique et donc incompréhensible sans l’aide précieuse du traducteur Google (utilisez Deepl pour vos efforts extralinguistiques, c’est quand même moins propice au gag involontaire). Le message, le commentaire initial, le voici :

Знаменитый писатель Лев Толстой заявлял:  » Люди, которые признают войну не только неизбежной, но и полезной и потому желательной, — эти люди страшны, ужасны своей нравственной извращенностью. » А Вы лично согласны с таким всемирно известным писателем ?

Sa traduction :

Le célèbre écrivain Léon Tolstoï a déclaré : « Les gens qui reconnaissent la guerre non seulement comme inévitable, mais aussi utile et donc souhaitable, ces gens sont terribles, terribles dans leur perversité morale. » Êtes-vous personnellement d’accord avec un écrivain aussi mondialement connu ? »

Je me suis donc longuement (2 minutes 30) interrogé sur la suite à donner à ce type d’injonction philosophico-morale au petit matin, sur un projet que je tiens à conserver dans une certaine forme d’apolitisme, parce que j’essaie de créer une oeuvre à destination du plus grand nombre (donc en évitant d’y mêler des problématiques qui teindraient l’oeuvre de thèmes à mon sens trop sérieux pour être traités finement dans ma vision fantaisiste, volontairement décomplexée). En même temps, hier même, je m’interrogeais à écrire un petit billet sur la dimension justement politique de mon récit. Elle existe, je l’évoque dès le premier volume, car de toute manière, du moment que vous mettez en scène une société, imaginaire ou non, vous ne pouvez éviter d’évoquer la dimension politique inhérente à toute notion de civilisation ou de culture. Il convient de se poser, de s’interroger deux secondes sur le sens du mot « politique ». Dans notre cher pays, qui aiment les mots sans chercher à les comprendre et à vraiment les connaître, qui adopte un logiciel en limitant la richesse sémantique au bénéfice d’une utilisation pragmatique, la signification des mots, leur signifiance profonde, est pour le moins minimale. Parmi les nombreux brouillons qui trainent dans l’arrière cour de ce blog, qui ne seront jamais publiés pour cause de nihilisme maladif ou simplement parce que je tiens à conserver une certaine neutralité sur certains sujets, il y en avait un sur l’importance des mots, de la langue française, dans ma vie. Je les aime, ces mots, je les adore. Je leur voue une adoration profonde, ils sont pour moi essentiels à mon bonheur, car ils sont l’âme mouvante de ma pensée. En apprendre, en connaître, les articuler, les associer, les interroger, font mon bonheur permanent. Donc, l’étymologie est une discipline qui est devenue pour moi une clé stratégique, une lumière révélatrice, qui procure une signifiance profonde. La signifiance est pour moi, par ailleurs, depuis tout jeune, la seule solution que j’ai pu trouver pour lutter efficacement contre un nihilisme envahissant et donc négatif. Quand rien n’a de sens, il ne vous reste plus qu’à en donner. Avec le temps, vous comprenez que tout est croyance, que ce monde pourtant bien réel, bien matériel, n’existe que par l’interprétation que vous en faites. Plus votre vocabulaire est dense, plus la signifiance est claire, plus le monde le devient. Il en devient parfois plus horrible, il en devient souvent insoutenable d’absurdité. Et par cette ambivalence qui est peut-être la caractéristique la plus ontologique des choses, il en devient aussi plus beau, car accessible, descriptible. Les mots désignent donc ce qui existent dans le dur, mais aussi ce qui est dans l’intangible. Du bonheur puissant de jouer avec idées.

Le mot « politique » a longtemps été pour moi ce qu’il est pour beaucoup de mes contemporains français. Une sorte d’adjectif abscons, désignant une chose informe faisant référence à des événements, à des personnes, à des actes, se situant dans une arène fantomatique appelée au choix démocratie, état, gouvernement, etc. Puis l’étymologie est venue à mon secours, comme souvent. Quand vous êtes autodidacte, quand on ne vous a pas fait profiter d’un héritage culturel prédigéré, préparé et structuré, vous choisissez des stratégies d’assimilation un peu barbares mais aussi très heuristiques. Politique, vient du mot « polis », en grec ancien « la cité ». Simplement, si simplement, la politique traite des choses de la cité. Donc, du moment que vous évoluez dans la dite cité, devenue conceptuellement société avec le temps, vous faites de la politique. Ce n’est pas une action aristocratique comme on s’ingénie à nous le faire croire. C’est simplement évoluer dans une société qui transforme chacune de nos pensées, chacun de nos actes, en choses politiques. Transgresser ou respecter des lois est foncièrement politique. Exprimer une opinion, un avis, discuter et échanger sur quelque sujet que ce soit, est un acte politique. Dans les faits, rien de plus vulgaire et de plus usuel que la politique : elle est inhérente à la vie en société, à la compagnie des individus qui forment un groupe.

Mon projet artistique, est donc en soi une oeuvre politique ; mais que je maintiens, volontairement, dans une intention inoffensive. Je ne crée par une métaphore d’une situation existante, même si je dépeins ce qui caractérise les relations humaines, soit la difficulté à établir un véritable rapport d’égalité dans des structurations sociales où inévitablement l’égocentrisme et l’individualité viennent perturber l’harmonie de la vie en commun. Donc ce commentaire m’a demandé un temps de réflexion pour savoir que faire, pour choisir la méthode d’y répondre. Mon caractère entier et bien malgré moi courageux, ne m’enjoint pas à choisir le silence facile, le silence lâche, le silence pratique, quand on m’interpelle. Mon intelligence me rappelle que céder à la provocation ou agir comme on l’attend de moi serait lui manquer de respect. Donc j’ai décidé de répondre ainsi, de répondre ici, même si je doute que mon interlocuteur, à moins qu’il soit sagace et qu’il se passionne assez pour moi pour s’intéresser à ma double vie (comme ce blog, au grand jour) prenne connaissance de mes propos.

Oui. Je suis totalement d’accord avec Tolstoï. Mais j’y mettrais un petit bémol, malgré tout. La guerre est une chose horrible, abominable, c’est la faillite totale de l’humanité réduite à la simple expression d’une violence intolérable. Ce n’est pas l’adjectif « inévitable » qui me fait admettre les propos de Tolstoï, c’est qu’il y adjoint les adjectifs « utile » et « souhaitable ». Oui, une personne qui donc estime que la guerre est à la fois inévitable, utile et souhaitable est plus que mon ennemie, elle est la négation de l’humanité la plus élémentaire. Un individu qui justifie la guerre par une dimension utilitaire, qui y trouve un intérêt (« souhaitable »), est à mon sens une abomination tant morale qu’intellectuelle.

Après, il y a malheureusement des guerres « inévitables ». Ce sont les plus tragiques, les plus déplorables, les plus décourageantes. Car elles supposent, en amont, que tout a été fait pour ne plus donner le choix à des êtres de justice et de paix que de prendre les armes pour défendre ce en quoi ils placent ce qu’il y a de plus sacré. Je hais la guerre, mais je la ferai pour défendre les idées qui m’animent et les idéaux auxquels je crois. L’histoire et ceux qui en obtiendront le bénéfice, après, la trouveront peut-être, à fortiori, utile et souhaitable. La révolution française aura été un bain de sang, un chaos terrible, un charnier et une folie sur lesquels écloront les plus belles fleurs idéologiques qui sont la fierté de notre pays. Le drame, c’est devoir à semer autant de haine et de souffrance pour en arriver là. Ne pas le déplorer, ne pas le regretter, ne pas nourrir un cynisme amer en constatant que de l’horreur naît la conscience de la beauté, de la bonté, de la réelle importance des choses, dénote une certaine bêtise existentielle. A moins qu’on ait pour nature de faire le mal, comment aspirer à la mort et la souffrance, comment les justifier comme destin commun ?

Je n’éluderai pas l’aspect fallacieux de la question par rapport au conflit ukrainien. Comme toujours, dans ce monde tristement binaire et manichéen, il faut choisir son camp. Qu’importe si tout est toujours plus complexe, si tout se nourrit d’une suite d’événements qui tracent la route où finissent ceux qui débattent pour s’arroger la couronne du bien et de la justice. Pour ou contre. Alors je le dis clairement, ami russe ou du moins slave, je suis contre cette guerre. Mais je ne suis pas contre toi. Je ne suis pas contre mon frère, qu’il soit russe, ukrainien, du Yemen ou de la Palestine, qu’il soit arabe, juif, asiatique, noir, bleu ou vert. Je rappelais hier à mon propre fils que je considère le concept de race pour l’espèce humaine comme une stupidité, comme un concept purement débile, pour signifier un ostracisme vulgaire et minable que jamais, jamais, je n’éprouverai ni ne partagerai.

Je pense que certaine guerre sont inévitables. Je pense que la résistance, mot que j’adore car il signifie le courage et la détermination de s’opposer, est un devoir. Je suis contre la violence, je suis contre l’injustice, je suis contre tout ce qui est mauvais et négatif. Mais il faut parfois se battre, il faut parfois faire face, faire front. Le conflit en Ukraine est déguisé, comme toujours, derrière des discours, des narrations, qui camouflent les enjeux géostratégiques, économiques et politiques. Nous sommes renvoyés, petites fourmis que nous sommes, à nous déchirer entre nous, à nous pâmer de grandeur et de lyrisme, ou à vociférer d’ironie en écoutant le chant hystérique des propagandes.

J’espère que le conflit en Ukraine se terminera très rapidement. Que les peuples ne seront pas instrumentalisés pour servir les intérêts politiques et économiques qui ne visent pas leur bonheur mais leur exploitation. Tolstoï dénonçait l’hypocrisie, le pragmatisme cynique de ceux qui déjà dans les tranchées de la première guerre mondiale ont trouvé un intérêt dans le commerce de l’armement. Le drame, c’est la rapacité humaine, c’est l’envie de domination qui caractérise notre espèce et qui nous entraîne régulièrement dans des moments de folie. Ce n’est même de la perversité morale, c’est de l’amoralité. On ne peut pas être pervers moralement, à moins de situer la moralité comme une chose protéiforme, convenant aux moeurs et aux intérêts d’un contexte précis. Pour moi, le bien est le Bien, le mal est le Mal, et la Vérité n’a qu’une majuscule ou n’existe pas. La moralité, c’est arbitrer constamment pour la réalité du bien, qui lui même s’appuie sur la notion de justice. Comme je l’expliquais à mes enfants, quand ils étaient petits, il est facile de répondre à la question du bien et du mal ; du moment que votre acte entraîne, d’une manière ou d’une autre, de la souffrance et de l’injustice, alors c’est mal. Vous pouvez vivre avec, vous pouvez vous mentir à vous même, vous pouvez déguiser la chose ou trouver toutes les justifications possibles, faire le mal c’est nuire à autrui, tout simplement. La vie n’est pas simple, et parfois il faut consciemment agir mal… c’est regrettable, c’est un échec moral. L’important étant de ne pas trouver ça normal ni, pour reprendre le terme de Tolstoï, « souhaitable ». Après, peut-être que l’écrivain russe croyait en une forme de croyance chez ceux qu’ils dénonçaient, leur prêtant une intégrité, une conscience (et donc une inconscience), les poussant et les motivant à perpétrer l’horreur d’une guerre… je ne crois pas en cette forme de candeur, je n’excuserai jamais ceux qui appuient sur le bouton en disant que c’est bien. Je suis de ceux qui sont révoltés, qui le seront toujours, en me rappelant les morts à Hiroshima et Nagasaki. Encore de nos jours, dans les livres d’histoires, dans l’esprit des gens, cet odieux crime contre l’humanité n’est pas dénoncé, n’est pas stigmatisé pour ce qu’il est. Pour le coup, c’était pourtant évitable, souhaitable et parfaitement utile de ne pas tuer de la manière la plus horrible, la plus cruelle, la plus terrifiante, de pauvres civils innocents. Et il m’est impossible de considérer que cette funeste décision ait pu donner lieu à la moindre interrogation morale car en vérité, si cela avait été le cas, elle n’aurait pas été prise.

Voilà, mon frère russe ce que je pense. Je pense aussi à mon frère ukrainien contre lequel tu vas peut-être devoir t’opposer. Je ne vous souhaite que la paix et la concorde. J’espère que vous retrouverez la voie de la fraternité, au-delà des questions de races, des questions de nation, des questions de religions, de toutes ces croyances qui nous divisent et nous font gaspiller nos vies précieuses dans des conflits vides de sens. J’espère que l’humanité ira à terme vers une voie de justice et de sagesse, je le souhaite et l’ai toujours souhaité ardemment. De ma vie entière, malgré la colère qui souvent m’a animé, je n’ai jamais haï personne, c’est une émotion que je ne comprends pas car elle m’imposerait quelque chose dont je n’ai jamais voulu, même dans les pires moments de ma vie. Je ressens de la miséricorde et de la peine pour tous ceux qui seront victimes de ces conflits, pas seulement en Ukraine, mais dans tous les territoires du monde.

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Le refuge de la culture

Ce matin, réveil confus et grand vent. Pour ma nature un brin hyperactive, c’est étonnant l’hébétement, ça me plonge toujours dans une longue introspection afin de comprendre les raisons de la torpeur. J’allume la télé, réflexe d’habitus se rappelant d’un temps où ma mère allumait dès le réveil la radio. Je n’ai jamais vécu dans le silence en état de veille, il y a toujours eu du bruit, en fond, pour chasser du vide par la présence du son. Je tombe sur les recommandations de vidéo de Youtube, qui a beaucoup de mal à me profiler quelque chose de viable car à vrai dire je regarde beaucoup de chaînes sans vraiment adhérer à quoi que ce soit. Dans le tas, je découvre la dernière création de Planète Raw, qui évoque la découverte d’une ville disparue aux alentours de Jérusalem remontant à – 10 000 ans avant JC. J’aime bien l’auteur de cette chaîne, car je me sens très proche de lui par rapport à la doxa sur l’archéologie. Si je reconnais humblement l’autorité des chercheurs de la discipline, je connais assez bien la nature humaine et la tentation du dogmatisme pour me méfier, un peu, des certitudes. Une attitude exigeante pour soi-même, car récuser les certitudes des experts c’est aussi admettre sa propre disqualification en tant qu’amateur. Un avis ou une opinion sont choses personnelles, mais c’est aussi la clôture du royaume de l’individualité. En ces temps où s’imposent constamment des vérités temporaires mais indiscutables avec la menace du couperet ignominieux de la dissidence (j’aime faire des phrases pompeuses et « soutenues » comme le disent mes enfants le dimanche matin au réveil), cette réflexion me frappe. Mais je me rassure aussitôt, me rappelant la fonction purement et illogiquement personnelle de ce blog qui reste et demeure un journal intime à ciel ouvert. Des fois je me dis que certains peuvent tomber dessus et lire mes divagations. Il apparaît sur mon CV, cet état civil officiel qui rappelle le parcours glorieux du travailleur combattant dans la grande scène du libéralisme triomphant. C’est amusant comme même la valeur d’autrui peut se limiter à une énonciation de faits, comme s’il était possible de discerner le caractère et les compétences d’une personne (mot toujours aussi ironique en soi) sur un inventaire chronologique. Je me rappelle, il y a quelques années, cet échange improbable avec un recruteur qui s’amusait de voir que dans mes loisirs j’avais osé mettre « littérature et cinéma ». Il se gausse, ricane, et me déclare que tout le monde met ça, induisant au passage que c’est du bluff (et que ça dénote de ma part une sorte de vide, car pour n’avoir pas spécifié le bondage ou la collection de petites voitures, je dois être bien fade au quotidien). Je l’assure de ma prétention et lui permet de tester ma (petite) culture dans les deux domaines, gentil défi qu’il n’acceptera pas. Peut-être, me dis-je, avec ce blog au style si peu « web » et à la volonté si peu « commerciale », trouverais-je en un juge sagace la preuve qui me libérera de la sempiternelle justification, passage obligé de cette société où le mensonge est devenu une norme, le pouvoir en étant la relative force de persuasion et d’acceptation. On ne dispute pas les mensonges des élites, on se dit qu’ils ont leurs raisons et qu’après tout, c’est pour notre bien. Oui, du déni et de l’obéissance comme nouvelle philosophie c’est pas mal aussi.

Retombant sur mes pattes comme le chat de ma fille squattant mon canapé comme chaque matin, je reviens donc au sujet de ce billet, la culture comme refuge. Après Planète Raw, je zappe rapidement entre révolte ou soumission au Passe Vaccinale, les petites évolutions de la campagne présidentielle, une petite vidéo qui m’explique comment me face lifter avec du maquillage (Google, tu es sûr que tu as vu ça dans mes recherches ? Où alors dans ton algo tu as mis mon âge avec dans l’équation l’angoisse du passage du temps et les lents ravages de la gravité ?), du cinéma, de la musique, du jeu vidéo, et un truc qui m’étonne un peu (parfois on se demande si Google n’espionne pas un peu avec le micro mdr), les « petits secrets du miel industriel ». Puis je me rappelle qu’il y a quelques jours j’ai fait une recherche pour comprendre pourquoi mon miel avait commencé à se durcir, phénomène attestant, apparemment, de sa qualité d’élément « vivant ». Bon, c’est de bonne guerre Google, je ne t’en veux pas de regarder un peu au-dessus de mon épaule, n’oublions pas la « gratuité » de tes services si précieux. En bref, je m’use à muser sans m’amuser, et je me retrouve, pantelant, encore hagard (après l’hébétude la confusion), à me demander en quoi me plonger en ce dimanche matin de perdition morale et intellectuelle (il faut toujours mettre un peu de lyrisme dans sa vie). Je vois mon providentiel Chromebook (tu vois Google que je t’aime) et je le déploie comme les ailes d’un ange gardien électronique (adjectif qui se kitschise à grande vitesse donc je l’aime bien du coup) pour me sauver (un peu). Et je tombe sur une recherche faite il y a quelques jours, pour mon travail de créatif/artiste que je n’aborderai jamais ici (la schizophrénie professionnelle obéit à quelques règles bien strictes), concernant un poète que mon grand-père maternel citait souvent avec l’emphase élégante et savoureuse qu’il aimait adopter quand il citait des vers ou une citation bien amenée. josé-Maria de HEREDIA. Il y a presque 30 ans (mon âge ou presque, à quelques mois près), je me suis donné un petit but, une petite routine, que j’ai respecté peu ou prou : chaque jour, assimiler une nouvelle information. N’y voyez pas une pulsion à l’ambition démesurée, pour moi ça pouvait se limiter à un simple mot jusqu’à l’apprentissage complexe d’une alchimie culinaire (ou recette de cuisine pour faire, un tantinet, dans la simplicité). Avec le temps, l’air de rien, cette petite décision a quand même eu des conséquences surprenantes. Par exemple, celle de découvrir ce poète d’origine cubaine, que par manque de curiosité, j’avais classé dans un obscur placard de références biaisées. Pour moi, c’était un poète espagnol, du 16ème siècle (mon grand-père citait toujours des vers des « Conquistadors », ce qui automatiquement, par déduction géniale, me l’avait rendu contemporain de Christophe Colomb et la découverte des Amériques – tiens, je vais m’écouter rapido Joe Dassin après ce billet, ça me fera une madeleine de quelques minutes), et vu que j’aime Victor Hugo qui sera définitivement le poète classique dont l’adoration déclasse immédiatement tous les autres dans la colonne des amateurs, je n’avais jamais pris le temps de me pencher davantage sur la question. Mais pour le boulot, donc, j’ai fait une recherche, et j’ai eu la terrible surprise de tomber sur un autre poème dont la beauté m’a quelque peu interrogé. Ce ne fut pas une interrogation violente et si brutale qu’elle vous entraîne dans une exaltation subite. Comme souvent chez moi, ce fut une lente sédimentation, un peu comme une graine plantée qui pousse dans un coin obscure de la psyché, se transformant en tronc d’arbre que vous prenez en pleine poire un dimanche matin en vous demandant comment ce truc a pu pousser si vite. Je me rends donc sur Wikipédia qui, quoi qu’en disent les contempteurs faciles, reste une source d’informations vitale et précieuse dans cette vaste toile de copypaste fallacieux (je crains plus les copypasta que les creepypasta… ok, j’arrête l’humour ce matin, promis !), et je découvre un homme au parcours étrange et bien loin du portrait que j’avais hardiment créé. J’ai ouvert la porte de la culture, pas celle qui fait raidir le petit doigt en prenant le thé, celle qui vous démontre toute la richesse d’un monde qui vibre d’individus, d’anonymes, source de joie et de beauté. En ces temps tristes et moroses aux constants refrains d’idéologie libérale sur le déclin, la culture demeure l’oasis éternel où retrouver un peu de foi, d’inspiration, de joie et de plaisir. Etant passionné par l’information, plus par nature que par choix, je sais la différence entre une donnée et une pensée. Il n’est rien de plus agréable que de lire un poème, un dimanche matin, de se laisser emporter quelques secondes dorées dans le verbe d’un homme qui a vécu et laissé ces quelques mots comme autant de pépites éternelles, dans la vaste étendue du dévorant et toujours grandissant oubli.

Du refuge de la culture. Et de l’écriture, ça fait du bien.

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Les sermons de minuit sur Netflix

Quand je suis sur une plateforme de SVOD je suis tour à tour perplexe, confus, puis découragé. Pourquoi ? Car la visualisation, par vignettes, des « produits » culturels, ne me procure que de l’image là où j’attends du sens, du conseil, du résumé, en bref, de quoi savoir ce dans quoi je m’apprête à me lancer. Je surfais donc nonchalamment ces jours derniers, quand je vis ce titre à la vignette peu inspirante. En cliquant un instant je vis quelques noms magiques ; d’abord celui de Mike Flanagan, puis celui de Stephen King. J’ai un grand regret en ce début d’année, de ne pas avoir vu Doctor Sleep que beaucoup de critiques ont fini par consensus à saluer, juste parce que j’ai encore commis l’erreur de me faire attiédir par une impression partisane avant la sortie du film (du genre « après Kubrick, c’est mort ») et parce que j’ai le réflexe, depuis l’adolescence, de me défier de tout ce qui est trop populaire/populiste… deux attitudes qui ont retardé souvent ma découverte de purs chef-d’oeuvres, bien que durant très longtemps, les préconisations de la revue Madmovies furent une boussole solide. Je trouve à présent, et de manière générale, dans la presse mais aussi sur le web, que la subjectivité prend trop de place – même si le fait d’apprécier une oeuvre doit compter, la reconnaissance de ses valeurs intrinsèques comptent également ; un bon critique ne doit pas dire s’il a aimé un film, mais s’il est possible que le récepteur de son avis puisse l’aimer, en énumérant les qualités visibles, les thématiques, les originalités, etc. Me vient l’exemple de la critique récente d’un film qui ne l’est pas, par ce cher Simon, Jupiter ascending, sur Youtube. J’ai commencé à écrire un commentaire argumentant mon propre point de vue, et finalement je ne l’ai pas publié (pourtant il faisait trois pages, comme tous mes commentaires par ailleurs – que voulez-vous, j’aime écrire, j’aurais beau le répéter il y en aura toujours qui ignoreront cette logorrhée fulgurante qui me caractérise à la vie comme à la scène). La raison étant qu’au moment de valider l’envoi de mon opinion (toujours) éclairée (par une supernova, au moins), je me suis dit que ce ne serait pas une bonne idée, finalement, d’intervenir dans une exercice de célébration que je trouve un peu pervers (que je qualifierai avec un brin de facétie de réhabilitation par excès de ferveur personnelle). J’ai une philosophie (parmi une pléthore), qui est de ne jamais gâcher le plaisir d’autrui ; si je n’aime pas quelque chose, si je suis d’avis contraire, tant qu’il n’y a pas un discours politique ou idéologique, mon réflexe est de fermer ma grande gueule et ne pas parasiter le bonheur des autres. Ce n’est même pas de la tolérance, quel vilain mot, c’est juste qu’un tout petit pas vers la sagesse élémentaire que d’avoir conscience que notre individualité n’est pas une référence… enfin, je ne me perdrais pas encore dans les ramifications de mes digressions, il suffit de voir un chef d’oeuvre comme le Goût des autres de Jaoui/Bacri pour s’éduquer un peu sur la question.

Mais, et c’est le lien avec ma digression, je n’ai rien vu passer sur les Sermonts de minuit. Rien dans le Mad Movies du mois dernier, rien sur Youtube, alors que pour les deux séries Haunting y avait quand même pas mal de monde pour commenter, encourager, plébisciter ou contester. Mais là, rien, plein feux sur Matrix 4, plein feux sur Spiderman, mais que dalle sur la nouvelle production/réalisation de Mike Flanagan. Un peu surpris, beaucoup curieux, j’ai lancé la mini-série, et là un petit bijou, encore (j’ai adoré les deux saisons de the Haunting), avec une intrigue très « kingienne » (petite bourgade ricaine, suite de petits portraits typiques, plein d’anti-héros masculins, des femmes fortes (oui, King n’a pas attendu le néo féminisme pour faire de magnifiques héroïnes), des figures religieuses), en bref, c’est plein d’humanité, d’émotions, magnifiquement mises en images par Flanagan, bien joué par des acteurs parfaits (syndrôme American Horror Story, avec le retour de certains acteurs de the Haunting (1 & 2)… en bref je me régale et je me bingwatch le tout (en trichant pour fêter le 31 et dormir un peu mais j’ai fini ce matin au réveil) et là ce qui me frappe, c’est la raison pour laquelle il y a cet étrange silence autour de la série. L’analogie avec ce qui passe avec le/la covid, le vaccin, le passe sanitaire… quand on voit que l’intrigue, finalement, nous parle d’une croyance détournée pour imposer à une communauté des certitudes qui finissent par la détruire… je me doute que ça devient politique sans le vouloir !

Pourtant, il faut regarder la série en se libérant de tout ce climat anxiogène. Il est question de foi, il y a une très intelligente réflexion sur les religions et notamment un passage où le shérif de confession islamiste, fait la promotion de sa foi sans nier celle des autres ! Ce qui me rappelle mes échanges avec des amis musulmans, il y a quelques années, quand je leur avais demandé pourquoi ils étaient devenus musulmans (l’un était arabe, ingénieur, l’autre d’origine française, converti) ; le premier m’avait répondu que comme pour un programme (il était ingénieur en informatique) il avait choisi la version la plus récente (!) et l’autre m’avait confié, de manière énigmatique et stimulante qu’il y avait des vérités cachées (codées) dans le Coran. Etant profondément laïc, je suis paradoxalement pour la totale liberté religieuse. Il faut créer au sein de nos espaces publics ces dialogues autour des croyances, sans les imposer, sans en faire la promotion. Même quelqu’un de profondément athée ne doit pas imposer sa certitude et finalement un certain fanatisme (comme si ne croire en rien était une preuve d’intelligence). La série présente ces thématiques de manière humaniste et brillante, car si au prime abord on pourrait interpréter le récit et sa résolution comme une charge contre la foi, elle est surtout la dénonciation des certitudes par la religion.

J’ai été personnellement très touché par la conclusion de la mini série en sept épisodes, que j’ai trouvé belle, très réussie, poétique, symbolique, puissante. Ma réflexion, proférée à voix haute (oui, je suis fou comme disait ma défunte maman, je parle souvent tout seul) c’est que j’adore les ténèbres mais jamais je ne pourrais me passer de la lumière du jour. Tous ces personnages, à la fin, qui se tournent vers le soleil, comme présence divine symbolique, procurent à l’histoire une dimension mythologique. La thématique de la lumière, sa perception, est par ailleurs poétiquement illustrée et finement traitée.

Bon, bonne année 2022 (j’ai failli oublié, mais parler de soleil vient de me rappeler que tout ça clôt une pleine révolution autour de son auguste personne) et n’hésitez pas à voir cette série, elle est juste stimulante, un nouveau coup de maître de la part de Mike Flanagan qui réussit vraiment à saisir l’essence des oeuvres du grand King.

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Le syndrome de la Tour de Babel

Je me suis réabonné à Netflix. Après, j’ai été un des premiers abonnés. J’ai tout de même 4 chromecast à la maison, dont 3 maintenant qui sont stockés dans la réserve du matos informatique que je me suis constitué depuis 20 ans. Mais je suis passé il y a un peu plus de deux ans à ce petit bijou de Nvidia Shield qui me sert de caster à tout faire (Netflix, Prime, Youtube, Steam, etc.).
Bref, je me suis réabonné à Netflix. J’ai des petits coups de nerf parfois, je suis de ceux qui prennent des mesures radicales et un peu brutales quand ça me gonfle. Là c’était un film inepte (mais alors à un point), où on voyait un jeune couple emménager dans une maison pour régler des petits problèmes d’adultères (sic) provoqués par des petits comportements dysfontionnels (sic) eux-mêmes causés par des petits comportements moralement odieux (sic) faisant l’écho à tous les problèmes de l’humanité car dans la dite maison la même histoire avait presque déjà eu lieu (sic sic sic). Ecrit comme une suite de clichés et d’archétypes confinant presque à la blague lourde (perso j’aurai appelé le film « la valse des égocentriques »), le coup de grâce d’Aftermath (c’est le titre du truc : « Conséquence » en français, donc… oui, il y a un peu de philosophie de comptoir là, après c’est juste du fait divers sensationnaliste, ne rêvez pas) résidait dans sa conclusion qui se permettait, l’air de rien, une petite déclaration politique bien vacharde. Encore en bref, il y avait cette dureté pragmatique qu’on bouffe actuellement de partout de la part de tous ces gens qui savent comment régler les problèmes (notamment avec les « intrus » qui violent notre territoire). Qui savent comment traiter tous ceux qui nous empêchent de vivre notre petit bonheur matérialiste avec leurs drames à la con et leurs pathétiques destins d’inadaptés sociaux. Là, j’ai senti que les auteurs et Netflix me disaient sans prendre de gants que je n’étais plus la cible. Trop vieux, trop idéaliste, trop humaniste peut-être… ou alors plus jeune, pas assez cynique, pas assez dur peut-être. J’ai trouvé les « héros » odieux (mais c’est quoi ces gens qui pensent régler des histoires de trahisons en s’achetant une baraque ?!), invraisemblables (« l’héroïne » immensément talentueuse avec son atelier mode) et vertigineusement creux (à la fin on vend la baraque, comme ça plus de névroses et de soucis). Un film poubelle, un film miroir d’un certain état d’esprit, avec un discours à la fois antisociale et anxiogène… qui m’a motivé à me désabonner comme une grosse goutte d’eau splotchant dans un vase déjà trop plein.

Puis, j’ai vu passer les critiques ciné de « Don’t look up » un peu partout. Des bonnes, des qui te poussent à remettre en question tes grands serments, qui te font philosopher sur l’extrémisme du mot « jamais », qui te chuchotent à l’oreille que y a que les cons qui changent pas d’avis… et même si tu sais que es perdu pour la cause car tu n’as plus d’illusions sur toi-même, petite chose humaine perdue parmi une pléthore d’autres petites choses humaines, tu finis le dimanche soir à repartir pour un tour, histoire de voir un film au prix d’une place de ciné (puis ils m’ont tous saoulé avec Squid Game, et après deux ans d’attentes j’ai vu qu’il y avait de nouveaux épisodes de Jojo’s). Et j’ai vu le film. Et avant de me mettre au boulot (je piaffe d’impatience après tous ces mois de labeur incessant), ce matin je me lève et j’écoute la critique sur la chaîne Youtube de France Culture. Et donc ça me motive à balancer à la volée ma propre impression.

J’ai un cerveau étrange, une sorte d’organisme indépendant qui vit sa propre vie. Donc, je regardais la critique (avec le son, hein, ne commencez pas à dire que je faisais preuve d’inattention), quand une petite musique a commencé à résonner (j’adore toujours l’homonymie avec « raisonner ») dans mon crâne, devenant un petit peu entêtante alors que j’entamais mon deuxième café. M’attardant un instant à identifier la mélodie trublionne, je me rendis compte, effaré (j’ai envie de sortir plein de termes décalés ce matin, c’est mon coté facétieux qui se déchaîne), qu’il s’agissait de « Land of Confusion » de Genesis.

Petite madeleine de Proust surprise : on est en 1986, et je vais m’acheter le 33 tours du dernier album de Genesis, « Invisible Touch ». J’aime tellement cet album que je n’hésiterai pas à l’offrir, quelques mois plus tard, à un copain pour son anniversaire. Un petit bijou, il m’arrive encore d’écouter souvent le morceau « In too deep » que je viens par ailleurs de remettre en fond sonore avant d’achever cette phrase . Mais ce matin, c’était le morceau précédemment cité qui m’était venu en « commentaire », « Land of confusion ».

A ce moment précis de ce billet intempestif, je suis à la croisée des intentions et des sensations. Je regarde l’heure et je me dis qu’il serait peut-être temps de m’y mettre (au boulot), enfin si je veux accomplir la tâche de la journée (baptisée pragmatiquement « faire le fond des cases »). Je me dis que j’ai déjà écrit beaucoup, ce qui n’est pas un souci en soi, mais qui ne mène à rien dans cette idée d’un lectorat souffrant d’un déficit permanent d’attention et donc d’intérêt (φ(k) = At), et que finalement la pirouette stylistique et critique pourrait s’accomplir, non sans brio, en explicitant le titre de ce billet et en expliquant la référence musicale. Dont acte, je vous ai déjà donné tous les gages de mon génie et la profondeur de mes références culturelles. Comme je l’explique régulièrement à ma fille, elle-même dans la « com’ », « interroges-toi toujours sur l’intention ! » – et vous, esthète de la forme, contemplez cette savante utilisation des guillemets français et anglais dans une même phrase).

Dont acte : Don’t look up est dans la lignée du titre de Genesis (paroles + clip : souvenir de l’émission Spitting Images qui étaient la version enragée des Guignols de l’info outre atlantique) la démonstration du syndrome de la Tour de Babel. Où quand une volonté supérieure s’ingénie à semer la division par l’entremise de la confusion et de la dissonance, qui s’incarnent dans le chaos politique et sociétale (que seule la parodie, la caricature, peut synthétiser dans une oeuvre de fiction). Ne plus parler la même langue, c’est ne plus se comprendre, c’est aussi ne plus s’écouter. C’est l’échec de la synergie sociale, sociétale, qui signe le début de la fin. Sur France Culture ils ont bien tourné dans le bocal mais il manquait, à mon sens, cette petite précision qui résume tout. Le film ne parle pas tant de fin du monde, n’est pas tant la caricature ou la parodie de notre société ultra médiatique et corrompue (j’ai un article plus sérieux en brouillon que j’ai intitulé « la guerre des alétheia » qui sortira peut-être un jour – oui, je sais, vous avez hâte), que le constat désenchanté de cette impossibilité, de plus en plus nette, d’une concorde. Dans le récit biblique, la construction de la tour est interrompue, empêchant l’homme d’égaler Dieu. Et Dieu symbolisant l’éternité, il n’y a plus que la mort à la fin du récit, celle qui emporte tout.

Conclusion vertigineuse, dramatique et un poil émouvante qui va clore ce billet sur une note heureuse et optimiste.

Et Joyeux Noël (au sens païen ou non, restons insolemment laïc) au passage (mdr).

Note : la chronique de France Culture et le clip de Genesis – oui, citons les sources (et ça fait des illustration habillant de manière ludique et colorée ces grandes pages blanches remplis de verbiage).

Don’t look up – Teaser in french by Netflix
La chronique de France Culture
Land of confusion
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En passant…

Très longtemps que je ne suis pas venu ici pour poster un article, mais le boulot m’accapare, mon grand projet qui prend forme petit à petit en me demandant toute mon énergie et tous mes efforts. Mais au vu des événements, il faut écrire pour témoigner. Même si ce blog n’est que mon journal intime à ciel ouvert, en résumé juste un espace personnel pour défouler, un peu, ma passion pour l’écriture, c’est important à l’heure actuelle de signifier sa position par rapport à l’orientation d’un monde qui part dans une très mauvaise direction.

J’adore les mots, j’adore le langage, je suis philologue au sens étymologique du terme. Très jeune, on a remarqué cette facilité que certains qualifient de don et qui n’est à mon sens qu’une expression d’une certaine sensibilité. Quand j’étais enfant, les mots sonnaient comme des notes de musique et longtemps, j’ai écrit en composant plus qu’en réfléchissant. Je suis très sensible à la poésie et je peux être véritablement ému à la lecture ou à l’écoute d’un beau texte. Il y avait pour moi une forme d’harmonie dans l’écriture qui longtemps, fut ma boussole. Puis avec le temps est venu la quête du sens. Soif de culture avant tout, car je venais d’un milieu humble malgré des parents d’une rare intelligence et d’une certaine finesse. Je ne suis pas l’expression de mon habitus, je suis pour le coup, et j’écris ça avec énormément d’humour et de dérision, le parfait français. Actuellement, c’est compliqué d’écrire ou de dire ça, car dans cette époque trouble de repli sur soi, de haine et de rancoeur pour cet autrui qui nous prend tout, dans cette hystérie qui raconte une réalité où les espaces sont menacés en permanence d’une perfide invasion… être français sonne comme une déclaration de guerre.

Paradoxe étrange de ce pays tellement enivré de lui-même, de l’image qu’il se fait de lui, de cette idée fixe qui compose l’essentiel du discours patriotique. Le pays des Lumières, le pays des droits de l’homme, le pays de la Liberté. Et aussi de tout son inverse, des pires exactions, des pires corruptions. J’ai eu l’immense chance d’avoir deux grand-pères formidables, les deux militaires, qui ont été du bon coté en 39/45. Du coté maternelle, il crapahutait aux cotés du Général Leclerc, et il a débarqué à Paris à l’issue de cette odyssée. L’autre a reçu, deux mois avant sa mort il y a 5 ans , son euthanasie pour être précis, la légion d’honneur pour acte de bravoure (dynamitage de voies ferrées dans la Résistance). Je me rappelle mon grand-père paternel avec qui j’avais un rapport particulier, un rapport fort, car nos caractères avaient l’évidence la même hardiesse… ce que je comprends, à présent, avec le temps. A peine avait-il reçu cette médaille, rentré chez lui, vautré dans son fauteuil, affaibli et parfois hagard, qu’il me regarde et me demande si « effectivement, c’était important » ? Je l’ai regardé et j’ai répondu du fond de mon coeur, le plus sincèrement que ma propre pudeur le permettait : « bien sûr que c’est important ».

Je ne parlais pas de la médaille ; je parlais de l’acte. Je parlais de ce qu’il avait fait pour la mériter, après tant d’années passées en n’ayant jamais mis à profit cette héroïsme véritable, là où d’autres avaient fait des carrières opportunistes. Mes grand-pères étaient français, chacun à leur manière. Français comme l’explique si bien Romain Gary dans les cerfs-volants, avec cet officier allemand qui trouve la mort après l’attentat raté contre Hitler. Français comme l’ont rêvé nos plus grands écrivains. Je ne suis pas fier des faits de guerre, je ne suis pas fier d’une histoire conçue comme un artefact à destination d’un ego sans cesse boursouflé. Si je ne peux pas croire les récits d’un passé sans cesse recomposé et toujours davantage héroïsé (voire érotisé vu les passions que certaines légendes suscitent), jusqu’au déni d’une réalité pourtant récente (la collaboration), je peux me fier à la plume de Victor Hugo, de ces fameuses Lumières, de ceux qui au fil du temps ont témoigné d’une sagesse et d’une grandeur, qui sont, elles, véritables.

Je me sens français quand je lis l’Aigle du casque et sa justice immanente. Je me sens français quand je lis Camus… je me rappelle mon émotion, à 18 ans, quand j’ai lu la Chute, récit frénétique jusqu’à la fin, jusqu’à la chute, nous renvoyant tous à l’hypocrisie de nos postures, à la damnation de nos acquis. Je me sens français quand j’entends les citations de tant d’artistes qui font notre grandeur. Je me sens français quand je pense à Saint Louis qui lui, en vrai monarque, allait en aide aux plus défavorisés. Je me sens français, quand j’entends la Marseillaise, car je vibre d’émotion en imaginant ces gens révoltés. C’est ça mon ADN de français, ce n’est pas du chauvinisme aveugle mais bien la fierté d’un héritage d’humanisme et de grandeur.

Je me sens français quand je me rappelle ce qu’il y a, dans ce mot, « France ». Je suis parfois tristement sidéré, quand je pose la question à mes compatriotes, qu’ils n’entendent plus le son qui pourtant, moi, me frappe. France comme free, France comme Franck… une racine commune qui infuse dans tous ces mots la notion de liberté.

Etre français, pour moi, c’est refuser la tyrannie. C’est refuser d’oublier les idées et les idéaux qui sont inscrits, beauté sublime, dans notre constitution. C’est voir aussi le mal, sans louvoyer, comme l’aigle du casque qui écœuré par la méchanceté, la vilainie de Tiphaine, prend soudainement vie. Etre français c’est trois mots qu’on oublie à l’heure d’aujourd’hui. Trois mots qui ont la force et la puissance, qui sont la plus parfaite des trinités : Liberté, Egalité, Fraternité. Tout est là, il n’y a rien à gloser ou à dire de plus. Juste à s’interroger si cette simple loi, celle qui domine toutes les autres, est respectée. Etre français, ce n’est pas dresser une cocarde vidée de toute sa substance pour semer la haine, la discorde et l’injustice. Etre français ce n’est pas prétendre défendre une république fantôme, une république fantoche, qui oublie que sa seule raison d’être est de servir, et non asservir, son peuple.

Alors oui, je suis le parfait français, en cela que j’aurai toujours en horreur l’autoritarisme, le totalitarisme, et surtout, l’injustice. Je suis profondément atterré par le niveau des débats en politique, par la décadence et l’impéritie de la scène politique. Je constate la profonde division de notre peuple qui se déchire au gré de toutes les manipulations, les provocations, les intimidations de ceux qui détiennent le pouvoir et entendent bien le garder. Je suis si profondément déçu que le réflexe soit encore de s’en prendre, si lâchement, aux minorités les plus silencieuses et les plus vulnérables. C’est si facile, c’est si minable, c’est tellement pratique, également.

Je suis le parfait français et je suis donc profondément imparfait car j’ai conscience de n’être rien, et j’en suis pour le coup très fier… car c’est une preuve d’intelligence. Mais à notre époque cynique où l’amoralité est un consensus, il vaut mieux lire Machiavel que Blaise Pascal. Pourtant, je vais citer ce grand français car c’est dans son humanisme que moi, personnellement, je me retrouve… et que je veux demeurer malgré le bruit des bottes et la menace de la trique :

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.

Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.

Blaise Pascal, Pensées, fragment 347
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Welcome back Dexter

Beaucoup de boulot en ce moment, mais je suis tombé par hasard sur ça :

Dexter reste une de mes séries préférées, simplement parce que Michael C. Hall a réussi à incarner parfaitement ce mélange de rationalité et de folie pour offrir des intrigues à la fois ubuesques, jouissives et souvent haletantes. Oui, à la fin le peu d’inspiration des scénaristes et la pression d’un succès auprès d’un public plus large que prévu ont fini par parasiter la qualité globale… mais jusqu’au bout, j’ai suivi les errances de notre tueur en série favori avec un brin de tendresse. La scène finale, plan triste et gris d’un homme solitaire, perdu, brisé, était à la fois émouvante… et rassurante… Je sais que les américains ont tendance au reboot et au retournement de situation plus que rocambolesques (coucou Bobby), mais personnellement ça fait des années que j’attends cette suite, surtout dans cette ambiance typique des petites bourgades ricaines, qui est propice à de géniales histoires avec des portraits de persos secondaires croquignolets (coucou Fargo).

Je ne suis pas très série, donc je ne me tiens pas trop au courant des actualités à ce sujet, mais l’algorithme de Youtube a eu la douce impulsion de me proposer ça… Vivement l’automne !

Voilà, le blog n’est pas mort, je suis juste débordé et trop fatigué pour le nourrir comme il le mériterait, mais je me rends compte que mon énergie n’est pas aussi inépuisable que ça !

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Mon fils lance son site

Mon fils et moi, c’est l’enfer et le paradis, nous sommes sensiblement différents, et quelque part, ça tient de la redite car je ne peux pas dire que je suis le clone réussi de mon propre père. Et pour moi, mes enfants auront toujours été un puissant bonheur car ma seule ambition, quand ils sont venus troubler mon existence sublime et excitante de célibataire aventurier, aura toujours été d’encourager leur individualité et bien entendu, de les aimer sans réserve ni raison. Je suis un homme qui possède des valeurs finalement désuètes et souvent incomprises (ce qui faisait dire à ma mère, quand j’étais enfant, que j’étais « vieille France »), mais comme je l’ai toujours répété à ma progéniture, entre un parent et ses enfants il n’y a jamais de conditions à l’amour, ni de préférence. Le temps a passé, je me suis depuis séparé de leur maman et la surprise aura été de les voir venir tous les deux avec moi, alors que j’avais toujours pensé et estimé, que la place des enfants, dans l’ordre des choses, est toujours avec la mère. Je ne suis pas là ce matin pour conter ma réalité, éprouvante, de père célibataire… je dirais simplement qu’à l’instar de beaucoup de choses et choix dans ma vie, ça demande pas mal de caractère, de volonté et d’énergie.

Mon fils était un petit garçon assez spécial, je ne m’étalerai pas sur la question, et dès le départ, j’ai compris qu’il fallait faire certains choix stratégiques… tout en craignant, pour le coup, de me planter totalement. Mais je suis resté fidèle à ma philosophie en la matière parentale : croire absolument en ses enfants, les encourager et toujours les pousser, sans les influencer ou les contraindre. Mon fils manifestait souvent une incroyable intelligence et c’est là dessus que j’ai misé. Au fil du temps et de ses réussites, j’ai connu de grands moments de fierté et de bonheur, comme une récompense de ma foi en lui. Je savais, au vu de ce qu’il avait démontré déjà bébé, qu’il serait doué du coté de la logique. La surprise fut de découvrir qu’il s’en sortait pas mal également du coté du logos. Je passe mon temps, depuis leur plus tendre enfance, à tout expliquer à mes enfants, de la politique à l’économie, de la culture à la vie quotidienne, je les aurais barbés mais à dessein. Ils ont développé, malgré eux, une vision très analytique de la vie, et mon fils a vite découvert une passion pour le rétrogaming qui l’a poussé à écrire depuis quelques années des articles sur des jeux, ce qui lui a valu qu’on lui offre parfois des jeux comme salaire. Ces derniers temps, je le voyais parfois flotter entre tous ses loisirs qui reposent essentiellement sur l’univers digital, et je lui ai proposé de lancer son propre site sur le genre de jeu vidéo qu’il préfère : le métroidvania-like !

Je l’ai rapidement formé au backoffice de WordPress, je lui ai conseillé des pistes de réflexion et de création pour qu’il crée lui-même son logo, et je l’ai un peu briefé sur certains points, rapidement. Quand il m’a demandé mon opinion sur la fameuse note, notre réflexion commune a donné naissance au « thermoscore », et j’ai réalisé en une petite vingtaine de minutes des icônes originales et ludiques. Puis il a écrit son premier article, et je lui ai indiqué deux trois notions de référencement et de mise en forme (que je ne respecte, par ailleurs, absolument jamais sur ce blog qui reste un journal intime public… oui, j’ai le goût du paradoxe).

Et donc, voilà… le site s’appelle vaniahero.fr et je suis très fier de mon fils. Ça fait juste du bien de l’écrire.

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Homunculus sur Netflix

Il y a des jours comme ça… après des jours à travailler intensivement, je me dis que non, je ne ferai rien aujourd’hui et que j’allais me détendre un peu. Après une petite heure (quand même) à fignoler un truc (histoire de gagner du temps), je me décide à mettre Netflix pour finir de me Bingwatcher la série pour ado qui vient de sortir, qui est un peu moins pourrie que ce que je bouffe d’ordinaire (je regarde en parallèle la série sur Netflix avec les sorcières). Des trucs que je mets en fond, pendant que je me fais tranquillou des parties de Scrabble… et là je tombe sur… Homunculus ! Ô surprise et vertige ! Je passe quand même un certain temps à regarder tous les cinéphiles sur Youtube, et il était complètement passé sous mon radar (il va ptête falloir me remettre à acheter Madmovies quand j’y pense). Donc, repas de midi, et hop, je viens de voir l’adaptation de ce manga dont il me manque la fin dans la bibliothèque (malheureusement, le Virgin Megastore où j’achetai mes mangas a fermé à l’époque, et donc, j’ai pas clôturé ma petite collection). Un manga génial, au concept osé et vraiment sacrément excitant… à la suite d’une trépanation, opération visant à créer une petite ouverture au niveau du crâne, le protagoniste principal se met à voir les « homunculus » qui sont, en gros, la réalité symboliquement formelle des individus. Par exemple, vous vous trouvez transparent, vous aurez une version de vous même invisible. C’est le cas de figure le plus simple, car la richesse métaphorique des symboles fait qu’à l’arrivée, ce sont à chaque fois des énigmes à résoudre qui permettent, toujours en bref et pour simplifier, de fournir à l’individu une psychothérapie foudroyante. Bien entendu, la psyché humaine et même l’idée de la guérison de nos traumas ne pourront jamais être envisagés de manière si radicale voire réalisable… mais on s’en fout, le pitch était génial, le manga était bien dessiné sans ces « baby face » qui me donnent la migraine, et surtout ça abordait des thématiques actuelles et « intelligentes », dont notamment une question existentialiste (pas moins) sur le bonheur dans un monde qui sacralise les apparences, l’acceptation et le déni. Chaque homunculus est ainsi une personne qui fait le choix de se réfugier dans une prison mentale dans laquelle il est condamné à errer… une prison de déni que la personne a construite elle-même et qui n’est plus une solution, mais bien un enfer. Pas l’enfer avec les flammes et un trident qui vous pique les fesses, mais l’enfer plutôt version Sisyphe.

J’ai donc regardé attentivement l’adaptation sur Netflix, et même si je suis bon client (je me considère comme cinéphile, mais il m’en faut vraiment très peu pour être insatisfait quand j’arrive à aller au bout de la péloche), j’avais peur d’être déçu (Deathnote ?). Mais très heureuse surprise, et en un peu plus de deux heures, tout est ficelé, bien construit, bien amené, bien filmé… Après, et je le répète, le concept à la base est tellement fort (et finalement à peine exploité ici… y a de quoi faire une série !), que de toute manière, la mise en scène s’en trouve facilitée (on est accrochés par chaque « enquête » du héros) c’est vraiment un bon moment et je suis heureux d’écrire ce petit bout de texte juste pour le dire. Par contre, j’ai été aussi très heureusement surpris par le traitement réservé à la jeune fille… Très audacieux en ces temps où la moindre scène de viol peut faire l’objet d’accusation pour apologie ! J’espère que ça ne va pas encore faire l’objet d’une confusion, d’un pseudo débat type Pépé le putois, alors que le héros, de manière indéniable, est juste un pauvre type en pleine errance qui arrive, lors de son voyage au purgatoire, à sauver quelques âmes au passage. Mais faire un vagin (de faux sable) qui parle, j’avoue que c’est… interloquant (les joies de l’euphémisme)… et sacrément audacieux.

Par contre, je viens d’aller voir vite fait le prix des volumes manquants… sérieusement les gens, le but du jeu c’est vraiment toujours de se faire du fric sur le dos des passionnés ?

Petit trailer en passant :

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