L’impasse id√©ologique

Bon… ce matin j’essaie de bosser mais il y a des fois o√Ļ je suis dans des phases d’intenses turbinages int√©rieurs et c’est pas √©vident d’√™tre bassement, mais pragmatiquement, productif. Avant de venir ici, j’ai r√©alis√© un petit boulot de planification… mais √† force d’√©couter les analyses et les commentaires de la chose politique (ne pas mettre les m√©dias en marche en bossant), une fois encore je viens me perdre dans ces horizons arctiques car voil√†, cr√©ature de Frankenstein oblige.

J’√©coute tout, comme toujours. La gauche, la droite, le centre mou, et tous ceux qui ne sont pas dans ces polarit√©s mais bien dans le navire qui tangue, tangue, tangue, et qui n’a pas du tout fini de tanguer (√ßa va m√™me tr√®s tr√®s secouer dans tr√®s peu de temps).

Nous en sommes √† la phase des espoirs et des promesses, de la digestion des d√©ceptions et des amertumes proph√®tes d’un avenir sombre. Mon petit point de vue c’est que de toute mani√®re nous sommes dans une impasse, et plus profond√©ment que simplement choisir un camp, nous nous retrouvons dans une impasse id√©ologique. Que ce soit √† gauche ou ailleurs, tout repose sur des sch√©mas archa√Įques o√Ļ germent en eux-m√™mes les semences du probl√®me. Ce que tout un syst√®me promeut, le seul point du consensus qui nourrit la validation m√©diatique, c’est la n√©cessit√© d’un productivisme qui transforme l’individu honteux en travailleur glorieux. Il y a l√† la base d’une errance o√Ļ il est facile, si tentant, de se perdre. Oui, il est si bon de participer √† cette synergie collective, il est si bon de faire partie du corps avec la sensation d’en √™tre un organe vibrant et actif. Oui, je sais, j’ai nourris mes propres chim√®res avec cette passion que je nourris pour le travail qui me pousse par ailleurs √† √©crire ces lignes plut√īt que me distraire ou m’√©vader dans des activit√© ludico-productive (√ßa y est, j’ai d√©cid√© de me lancer dans l’√©criture d’un ouvrage dont j’ai achev√© le plan). Mais l√†, le (bon) vouloir ne va pas suffire. Nous nous √©croulons sur nous-m√™mes, nous nous agitons et nous remuons du vide pour le vide. Jamais nous n’aurons √©t√© dans une sorte de bavardage intense dans une tentation lancinante de l’obsession st√©rile. Y en a des obsessions qui reviennent dans les d√©bats, par ailleurs : le m√©chant M√©lenchon, la dette mena√ßante, le machiav√©liste pr√©sident, l’impuissance politique et √©conomique, le reste du monde qui nous rappelle constamment √† quel point nous sommes petits et si n√©gligeables. Tout nous rappelle constamment que l’apocalypse arrive et que √ßa va √™tre dur comme la pointe d’un diamant qui p√®te celui qui rutilait avant.

Il y a un petit bruit derri√®re tout √ßa, il y a un petit bruissement d’√©nergie et d’envie qui circule dans des petits canaux isol√©s mais qui commencent √† s’irriguer entre eux. Dans ces corridors souterrains qualifi√©s souvent de complotistes par une bonne pensance tr√®s install√©e, il y a de l’ambition et quoi qu’on en dise une saine volont√©. Des gens qui r√™vent de leur pays, qui veulent retrouver le bonheur collectif comme but soci√©tal et politique. Des gens qui r√™vent de justice et d’un mouvement qui tendrait non √† tenir les meubles d’une baraque qui s’effondre, mais bien proposer un retour √† l’ambition d’un pays qui se veut pays et non petit atome d’un tout qui le rend infime et d√©risoire, qui le pille tout en le d√©nigrant consciencieusement. Hier soir j’√©coutais donc la rencontre jubilatoire de Pierre-Yves Rougeyron du Cercle Aristote et Yohan du Canard r√©fractaire, arbitr√© par un Idriss Aberkane jovial. Bonheur de voir des bords se rejoindre non pour s’invectiver dans une logique binaire mais bien s’√©couter pour se rejoindre dans une id√©e commune d’un avenir commun. Je sors, personnellement, rinc√© de ses √©lections l√©gislatives. Je parle √† mes voisins, certains votant RN. Ce ne sont pas des fascistes, ce ne sont pas des salauds ou des racistes. Oui, je sais, ne sombrons pas dans l’ang√©lisme, mon travers par ailleurs, il y en a car la haine pathologique est aussi r√©elle que la candeur coupable. Mais une fois encore r√©duire le d√©bat √† un combat manich√©en avec la cr√©ation tr√®s opportune d’un Front R√©publicain qui demeure en lui-m√™me l’incarnation de la fracturation d’un peuple, est une errance insupportable. Cet abus de la r√©f√©rence historique pour asseoir une pens√©e vide, pour camoufler le manque d’inspiration, le besoin d’en trouver dans un pass√© qui nous a fait conna√ģtre l’hubrys ultime d’un conflit mondial particuli√®rement destructeur, est consternant.

Ce matin, un commentateur (sur Tocsin) √©voquait la m√©diocrit√© du personnel politique. Soit. Qu’attendre dans une soci√©t√© de la jouissance qu’une succession d’apparatchiks qui jonglent avec le lexique de la sophistique √©l√©mentaire ? Il y a quelque chose de fascinant √† voir ce combat pour la d√©mocratie menac√©e par la b√™te immonde. Ils y croient les bougres, ils s’enfi√®vrent et s’angoissent en imaginant des d√©fil√©s d’uniformes bruns dans des champs Elys√©es relayant l’imagerie d’une soci√©t√© napol√©onienne crois√©e avec un fascisme du d√©but XX√®me. Nous sommes dans un ancien monde qui meurt et nous emporte avec lui, comme l’√©cume prise dans un siphon implacable.

Outre Atlantique, un vieux monarque d√©voile sa triste obsolescence, symbole involontaire et tragique d’un syst√®me incapable de l√Ęcher prise. L√†-bas aussi, il y a une strat√©gie du pourrissement. C’est sans nul doute la seule qui reste une fois tous les abus consomm√©s. Quand tout est construit sur la base mouvante et mourante de l’exploitation d’autrui, les recours ne sont pas nombreux. J’ai abord√© ici, √† maintes reprises, la tentation de la verticalisation. Pour le coup, l’Histoire regorge de r√©v√©lations quant √† l’avenir de ce type de construction sociale… une t√™te malade ne rend jamais un corps sain qui comme une hydre pragmatique choisit un jour d’en changer. Dans l’espoir d’avoir enfin la bonne t√™te qui le guide et le nourrit au lieu de s’enfler √† ses d√©pens. Il y a quelque chose de r√©solument path√©tique, et il faut le dire, m√©prisable, que ce d√©sir de jouir de ce que l’on extorque √† l’autre. Il y a de la psychopathie et de la sociopathie a prendre tout en pr√©textant que celui d’en dessous, quoi qu’il en soit, ne le m√©rite pas. Comme le disait Georges Kusmanovic suite au r√©sultat de ces √©lections, il y a de la fable de La Fontaine dans tout √ßa. La grenouille qui se veut plus grosse que le boeuf et tout √ßa.

Nous nous d√©battons dans des vieux sch√©mas, nous nous suffisons des vieilles, si vieilles, mod√©lisations. Le marxisme √©tait une analyse brillante, il est vrai… m√™me si elle √©tait le suc d’un syst√®me qu’elle croyait d√©noncer. Je sais, vous me direz que nous sommes de toute mani√®re pris comme dans une toile d’araign√©e par le train ali√©nant de la globalisation. Ce n’est pas que la France qui subit tout √ßa, c’est bien le monde entier. Absolument tous les peuples sur le globe sont en train de subir un destin commun, une logique commune. Et quand un pays comme le notre, qui a pourtant tous les moyens d’une r√©elle autonomie, se met dans la triste position de la pure d√©pendance, que faire et que dire ? Que penser, que vouloir, que d√©sirer, qu’esp√©rer, sinon trembloter dans son coin en priant pour que les demains ne soient pas aussi terribles qu’on les annonce.

Ils le seront. Une fois la farce actuelle √©vent√©e, une fois les illusions des lendemains de cuite dissip√©es, le r√©veil sera brutal et dur. Pour beaucoup, c’est d√©j√† le cas. Ce n’est pourtant pas une fatalit√©. Mais √ßa demande √† chacun d’entre nous de r√©sister, de ne plus accepter des r√®gles et des visions du monde, et de nous-m√™mes, qui nous ali√®nent et nous emp√™chent. De ne plus √™tres des petits hommes (et femmes) r√©duits √† une animalit√© consomm√©e. Quand les peuples comprendront qu’ils sont trait√©s comme du b√©tail, quand arrivera cette prise de conscience, les choses pourront changer. Mais pour cela, il est vrai que nous devons aussi ne plus endosser le r√īle avec une docilit√© d√©concertante. Une pens√©e pour tous ceux qui sont pris dans l’inertie implacable de l’apathie ou de l’inconscience. Je repense encore √† cet argument d’une injustice parfaite d√©livr√© par ce qui est sacralis√© dans nos soci√©t√©s comme le symbole de Justice (ce qui en soi est tr√®s r√©v√©lateur) : la turpitude. Tout ce cirque est permis voire b√Ęti sur cette id√©e, sur cette volont√©, sur cette attitude. Que de passivit√©, que d’acceptation, que d’allant √† valider les raisonnements toujours r√©ducteurs des √©lites condescendantes, si coupables d’√™tre indigne de leur position, de leur pr√©tendu surplomb tant moral qu’intellectuel. Qu’attendre d’une soci√©t√© o√Ļ la vanit√© n’est plus une honte mais une m√©daille ? Qu’attendre d’un syst√®me o√Ļ l’indignit√© est dans la faiblesse et non dans l’expression d’une domination √† la fois brutale et perverse ?

Vraiment, essentiellement, il faut remplacer le kratos par l’ethos. Nous devons vouloir ce changement, nous devons refuser cette sacralisation qui installe un monde fig√©, d√©l√©t√®re et sans issu. Oui, il y a une r√©volution √† faire, pas dans les rues, pas en surface, mais int√©rieure, profonde. Il faut repenser les bases, ne pas se contenter d’un but contraint √† un syst√®me pr√©-existant, mais bien vouloir tendre vers une aspiration √† la fois collective et ambitieuse. Une premi√®re brique √† la grande et nouvelle b√Ętisse : la n√©cessit√© premi√®re de la Justice √©l√©mentaire et de la solidarit√© glorieuse. Ne pas limiter la philanthropie √† un don financier d√©ductible des imp√īts. Comprendre que toute richesse excessive ne se permet et ne se cr√©e que dans la spoliation et l’acceptation d’une in√©galit√© syst√©mique.

Oui, je sais, c’est chiant, √ßa fait de la soupasse philosophique, mais c’est √ßa qu’il faut pour penser un monde meilleur. Les commentaires et les convictions personnelles ne feront que de la tuile de paille qui n’emp√™chera pas la gr√™le de tout casser. Le vrai d√©fi repose peut-√™tre entre la bestialit√© d’une soci√©t√© des √©motions aussi fragiles et manipulable et celle d’une peuple rationnel qui ne s’interdit jamais d’interroger la moindre certitude qui cr√©e les profondes in√©galit√©s qui le torture ? Quoi qu’il en soit, et en conclusion, les id√©ologies actuelles ne sont que des impasses : pour en sortir il faut peut-√™tre aller au bout de la pente, il faut la d√©valer pour en constater l’angle perfide. La France demeure le pays poss√©dant symboliquement le capital n√©cessaire √† l’√©laboration d’un nouvel id√©al. Mais il ne se fera pas en recyclant sans fin les mod√©lisations d’un pass√© r√©volu, en se figeant dans une vision archa√Įque des soci√©t√©s humaines, condamn√©es √† l’injustice et √† la seule condition d’un ¬ę¬†kratos¬†¬Ľ qui suppose implicitement un ma√ģtre… et un soumis.

Un point de bascule

Quelques jours avant le second tour des législatives et dans les médias les projections et les Cassandre(s) se disputent toutes les théories et les analyses concernant la suite des événements.

J’ai √©crit moult billets depuis quelques semaines qui pourrissent dans la section des brouillons de ce site. Dans l’un d’entre eux je me risquais √† la m√©taphore en disant simplement que pour retrouver la sant√© tous les r√©gimes possibles ne sont gu√®re utiles lorsque vous vous trouvez dans un bolide dont vous n’avez pas le volant. Mais √† vrai dire, je pense que le probl√®me politique, d√©mocratique, √©conomique que nous traversons est, dans la configuration syst√©mique qui est la notre, insoluble.

Ce matin, j’√©coutais un fervent d√©fenseur de la d√©mocratie repr√©sentative… D’ordinaire, je suis davantage habitu√© √† ceux qui la souhaiteraient davantage participative. Nous sommes dans un moment de tumulte pendant lequel chacun donne son opinion, sa vision des choses, sa solution, son rem√®de, son exp√©dient. Quoi qu’il se passe dimanche, nous serons dans la continuit√© d’une phase de r√©v√©lation qui s’est entam√©e √† l’issue des √©lections pr√©sidentielles en 2022. Il n’y a pas de mouvement r√©volutionnaire en marche, il n’y a, de gauche comme de droite, en exceptant de traiter chacun d’extr√™me, qu’une molle intention r√©formiste.

Quelle chose merveilleuse que la r√©forme. Allez, perdons quelques secondes pr√©cieuses √† analyser le mot. Re-former, en r√©sum√©, donner une nouvelle forme √† une chose qui n√©cessitait d’en changer. Ce qui m’amuse toujours avec la r√©forme, c’est qu’elle contient en elle, par un abus dogmatique, l’id√©e qu’elle est toujours un progr√®s. S√©rieusement. Et dans notre syst√®me au sophisme triomphant, la r√©forme devient un levier puissant pour valider une id√©e sans vraiment faire la d√©monstration des arguments. C’est comme √ßa que depuis des ann√©es ont √©t√© d√©tricot√©es de tr√®s belles choses pour d’excellentes raisons, en donnant les r√©coltes minables ou les pires cons√©quences, sans que jamais ne soit remis en cause l’abus de la r√©forme pour la r√©forme. De la mal√©diction de la conviction qui en politique fait qu’on puisse endetter un pays pour 30 g√©n√©rations en pr√©tendant l’avoir messianiquement sauv√©.

Quoi qu’il arrive, qu’il y ait un pourrissement ou des ajustements √† la marge, rien ne va changer. Le signe qui d√©termine mon pessimisme ? La stabilit√© de la bourse qui apr√®s une p√©riode d’angoisse s’est vite rass√©r√©n√©e.

Certains veulent y croire, un peu comme si nous nous trouvions √† la veille d’un grand matin. Vous √™tes somm√©s de choisir votre camp. Mais plus que jamais, √† mes yeux, il n’y a pas de salut dans ce que j’entends. Le pi√®ge de nos soci√©t√©s lib√©rales, c’est que la solidarit√©, la volont√© m√™me de construire une soci√©t√© humaine fonctionnelle visant le bonheur collectif, arrive en queue de peloton derri√®re les int√©r√™ts personnels. Les int√©r√™ts de classe, les int√©r√™ts √©lectoralistes, les int√©r√™ts √† la bourse, en bref des agios comptables, tr√®s personnels.

Donc j’irais voter, marionnette de plus dans un th√©√Ętre bien organis√©. Apr√®s, il sera int√©ressant de voir les postures et les impostures que vont r√©v√©ler les votes, les projets de loi, les discussions. La politique fran√ßaise s’est totalement d√©cr√©dibilis√©e depuis un demi-si√®cle, dans l’indiff√©rence g√©n√©rale. Il reste √† esp√©rer que cette fois le peuple, cet entit√© tr√®s fictive, prenne conscience de l’√©normit√© du propos d√©mocratique. Il y en a encore, beaucoup trop, qui sont dans l’euphorie d’une apoth√©ose civilisationnelle. Et tous ceux qui douteront seront class√©s impitoyablement dans une cat√©gorie sp√©cifique qui suffira √† balayer tout moment de r√©flexion, voire de conscience. Il n’y a pas de bons et de m√©chants. Ils s’insultent tous entre eux, ils se traitent tous d’une mani√®re ou d’une autre, en bref le d√©bat n’est permis qu’avec les pratiquants d’une m√™me chapelle ou √ßa tourne √† l’ordalie. Dans cette mani√®re de faire, il n’y a d’ailleurs plus d’√©l√©gance √©l√©mentaire ; taper √† plusieurs est encourag√© voire souhait√©, car √ßa permet de satisfaire la foule romaine qui se presse au colis√©e m√©diatique. L’important c’est vaincre, la faim justifiant les moyens.

Que restera-t-il de toute cette incandescence ? Des cendres grises et froides ou des braises qui attendent de faire de grands brasiers ? Dans la chaleur d’un √©t√© qui commence, il y a fort √† croire et √† craindre que tout sombre, avant la rentr√©e qui promet d’√™tre tr√®s tumultueuse, dans une mollesse de saison. Apr√®s, la Bastille est tomb√©e en juillet, tout est possible, mais je crains encore qu’√† autre √©poque, autres mŇďurs. Le point de bascule est encore loin, loin √† l’horizon. Personne n’y est vraiment pr√™t, et je me demande m√™me si la majorit√© le veut. Nostalgique des ann√©es o√Ļ la France suivait les rails d’une autonomie qu’une √©lite humaniste avait voulu, certains voudraient revivre les m√™mes heures en conservant les avantages de la lib√©ralit√©. Penser pour tous ou penser pour soi, nous en sommes l√†, et entre les dialogues de sourds et les monologues enfi√©vr√©s, bien que je passe pas mal de temps √† √©couter attentivement les logorrh√©es diverses et vari√©es, rien qui me fasse annoncer aujourd’hui qu’il est reviendu le temps des cerises (ou alors sur le nez du clown – celui qui fait peur, pas l’autre !).

La fête des pères

En ce moment j’√©cris pas mal sur ce blog, mais jamais je n’avais autant eu envie d’√©criture. De lecture aussi, je m’y suis remis apr√®s des ann√©es sans avoir le besoin de compulser un bouquin. Cette hygi√®ne correspond √† une sorte d’√©quilibre que j’ai r√©ussi √† trouver, avec une ambition qui s’est suivie d’une discipline pr√©cise. Celle (l’ambition) de retrouver une saine et vive conscience des choses, sans √™tre entra√ģn√©, bien malgr√© moi, par le cours d’une soci√©t√© humaine qui ne cesse de se perdre dans des entreprises de plus en plus folles. En (discipline) en multipliant les sources d’informations tout en faisant que professionnellement je poursuive mes propres buts sans sacrifier √† mes pr√©tentions √©thiques et morales. Il y a quelques ann√©es, j’ai d√©couvert le noble chemin octuple, et j’ai √©t√© surpris de constater que √ßa rejoignait mes propres conclusions… pas √©vident en cette soci√©t√© humaine qui sacrifie tout √† un productivisme pragmatique, pour cause d’un mode de vie qui exige de consommer le monde et par extension exploiter les autres. Pourtant, j’essaie √† pr√©sent de multiplier les activit√©s intellectuelles et ludiques, tout en m’adonnant √† des choses bien pratiques… ce qui rend mes journ√©es bien charg√©es mais tr√®s satisfaisantes.

Comme je l’ai dit √† mon fils il y a quelques jours, avec une conviction exalt√©e qui l’a d√©rang√©, il faut toujours regarder le mal en face. A mon sens, en tant que citoyen, il faut oser s’informer sur des choses r√©voltantes et horribles, simplement parce qu’il ne faut pas se perdre dans un ang√©lisme s√©lectif qui en lui-m√™me serait un acte de collaboration, dans le sens minable du terme. J’ai donc achet√© le magazine Omerta, avec la petite Lola en couverture, qui traite de nombreux sujets qui vont de la p√©docriminalit√© √† l’addiction des √©crans par notre jeunesse perdue dans ce perp√©tuel espace de tentation. Pour √™tre honn√™te, la lecture du magazine est douloureuse, tant les faits rapport√©s sont √† la fois communs et abominables. Hier soir, je matais les deux premiers √©pisodes de la s√©rie The Boys qui voit la fine √©quipe √©chouer dans une convention ¬ę¬†complotiste¬†¬Ľ, d√©peinte comme le rassemblement de gens d√©sesp√©r√©s, un peu d√©biles, avec √† un moment donn√© cette s√©quence un poil id√©ologique qui montre une des h√©ro√Įnes s’en prendre √† un pauvre type accus√© d’exploiter le sujet sans vraiment chercher √† en d√©terminer, et √† donc lutter vraiment contre, la cause. Ce matin, j’ai mat√© une vid√©o de Sud Radio qui revenait hier sur l’affaire des accusations de propos p√©dophiles par Depardieu r√©v√©l√©s dans le cadre d’une √©mission de Compl√©ment d’enqu√™te ; en bref, ce serait un montage, avec en t√©moin Yann Moix qui explique que les rushs lui ont √©t√© d√©rob√©s et t√©moignant que ce qui est montr√© n’√©tait que mis en sc√®ne dans le cadre d’un film comique mettant en sc√®ne un personnage aussi d√©cadent et excessif que le r√īle savoureux de Poelvoorde dans ¬ę¬†C’est arriv√© pr√®s de chez vous¬†¬Ľ. N’oublions pas, malgr√© tout, que l’acteur est poursuivi pour des agressions d’ordre sexuel par de nombreuses femmes. Dans cette m√™me √©mission, les intervenants reviennent sur l’affaire de r√©seaux p√©dophiles dans des c√©nacles parisiens qui ont Ňďuvr√© il y a quelques d√©cennies. Pour m’achever, j’ai mat√© cette semaine la vieille interview de R√©gina Louf qu’a mis en ligne Karl Zero sur sa cha√ģne dans le cadre de la sinistre affaire Dutroux…

Regarder le mal en face. En ce jour de f√™te des p√®res, je savoure l’attention et l’amour de mes enfants, devenus adultes, avec lesquels j’ai la chance d’avoir une relation privil√©gi√©e. Pour l’anecdote, j’ai donn√© la douche √† mes deux gosses, durant les premi√®res ann√©es de leur vie. Nous allions dans la douche, et je leur ai appris √† se laver, tout en jouant avec eux. Des chouettes moments, des moments innocents qui font des bons souvenirs, avec la volont√© √† l’√©poque de leur montrer que la nudit√© est quelque chose de naturel, notamment et surtout dans le cadre familial. Ma m√®re revenait souvent sur une anecdote de mon enfance, d’un √©v√©nement que j’ai pour ma part compl√®tement oubli√©. Le m√©decin m’ausculte, puis jugeant mon appendice, me dit que la nature m’a bien oblig√©. Ce √† quoi je lui r√©pond un laconique ¬ę¬†bah celui de mon papa il est encore plus gros !¬†¬Ľ – et l√†, inspiration du m√©decin qui rend l’anecdote savoureuse, se tournant vers ma m√®re ¬ę¬†c’est comme √ßa que naissent les l√©gendes¬†¬Ľ. Pourtant, mes parents √©taient d’une pruderie presque maladive : je n’ai jamais re√ßu l’esquisse d’une √©ducation sexuelle et le sujet ne venait absolument jamais dans la discussion familiale. Pour m’amuser, et parce que je suis provocateur dans l’√Ęme, je l’ai fait quelques fois pour cr√©er le malaise chez mes parents. Merci aux parents de mes potes qui avaient eu la d√©licate attention de leur fournir des bouquins d’√©ducation sexuelle qui m’ont strat√©giquement √©clair√©. Une petite pens√©e √† Madame B√©rille (en fait c’est la seule qui avait eu cette indiscutable bonne id√©e) qui √©tait (enfin j’esp√®re qu’elle l’est encore – le temps passant je sais qu’il fait sa moisson) une femme admirable et qui m’a profond√©ment marqu√© par sa gentillesse et sa noblesse de cŇďur.

Pour moi, un enfant c’est sacr√©. Je ne comprends m√™me pas, je ne veux pas comprendre en fait, ce qui motive un adulte √† nourrir la moindre pens√©e perverse quand il s’agit d’un gosse. Parmi tous les sujets qui me d√©sesp√®rent et qui me mettent en col√®re, la p√©docriminalit√© est sans doute celui qui me fait le plus de mal. A chaque fois que je m’int√©resse √† un fait divers de ce triste domaine, je n’en sors jamais indemne. √áa m’ab√ģme, √ßa m’effleure le karma et √ßa bouleverse mes chakras. Je me dis que je fais partie de la m√™me esp√®ce, ¬ę¬†humaine¬†¬Ľ, que tous ces salauds qui se cachent et qui dissimulent leur ignominie et √ßa me blesse. Il y a quelques ann√©es, un matin de r√©volte plus violent que les autres, j’ai d√©clar√© √† mes gosses que je ne faisais pas partie de cette humanit√©. Je la refusais, comme on refuse une nationalit√© ou l’enr√īlement forc√©. Je refusais d’√™tre englob√© avec tous les apathiques et les complaisants, avec tous les collabos et les compromis, avec toutes les brutes et les sadiques. Mais c’√©tait encore une fois un caprice, de la d√©sinvolture exalt√©e. Je vis toujours au m√™me endroit, j’ai toujours les m√™mes conventions sociales, je n’ai ni chang√© de nom ni chang√© de face. Je suis condamn√© √† n’√™tre qu’un individu parmi les autres, un petit atome de cette masse qu’on appelle ¬ę¬†peuple¬†¬Ľ, un r√©sidu organique de cette biomasse qui s’appelle soci√©t√©. Je n’ai ni les moyens ni vraiment l’envie de partir comme Alceste loin de tout, dans un d√©sert sans homme, et pas de pulsions suicidaires qui feraient que le nihilisme l’emporte sur l’amour passionnel, sur l’√©treinte cognitive, que le Monde m’inspire et motive. Je vis donc le d√©sespoir tranquille, la d√©sesp√©rance un brin surjou√©e du gars qui regarde le mal en face, s’interroge sur sa propre part d’ombre, constate son impuissance ou sa l√Ęchet√©, puis finalement pense √† autre chose. Pendant que √ßa continue, quelque part. Un autre gosse.

Alors aujourd’hui c’est la f√™te des p√®res… pourtant il faut toujours se rappeler que c’est encore une inversion des choses. Ce sont nos enfants qu’il faut chaque jour c√©l√©brer et aimer. Et il faut traquer le moindre enfoir√© qui abuse de sa position, de son statut, du pouvoir que lui conf√®re un simple mot, un simple titre, pour faire du mal √† un enfant. Depardieu est peut-√™tre victime d’un montage, la diffamation reste vraiment l’oeuvre la plus d√©gueulasse qui soit, et ce n’est pas participer √† la lutte contre la p√©docriminalit√© que d’agir ainsi. √áa participe √† invisibiliser ce qui se passe vraiment, √ßa participe √† rendre des gens comme moi, na√Įfs et candides, qui au d√©part imaginent que le monde est aussi beau et bon que les fables nous le racontent. Tout √ßa c’est du complot, jusqu’√† ce que, quelques d√©cennies plus tard, les scandales surgissent alors que tous les coupables sont morts et les victimes enterr√©es et oubli√©es.

Il y a peu, j’ai vu la vid√©o d’un Youtubeur cin√©phile/phage qui expliquait pourquoi il avait d√©cid√© de ne pas aller voir ¬ę¬†The Zone of Interest¬†¬Ľ. Il ne voulait pas s’imposer √ßa, il ne savait pas comment il allait r√©agir √† √ßa. ¬ę¬†√áa¬†¬Ľ c’est constater comment il est facile de vivre tranquillement et luxueusement √† la proximit√© des charniers et des massacres. Comment il est tentant et si facile de se dire un minable ¬ę¬†bah, c’est comme √ßa, qu’y puis-je en vrai ?¬†¬Ľ. Je m’impose, au contraire, de ne pas d√©tourner le regard. Comme le reste, je m’impose de savoir et d’avoir conscience. Mais √ßa me reste, √ßa me hante, car quand je regarde le ciel bleu il y a des fois la sensation d’un hurlement d’enfant que je n’entends pas, mais que je devine, en filigrane, comme si tout n’√©tait qu’un voile que je refuserai de lever. La derni√®re phrase de la Chute, de Camus.

Bonne f√™te des p√®res donc. Et courage et soutien √† des gens comme Karl Zero qui ont mis √† l’index leur carri√®re et leur fameuse respectabilit√© pour se battre contre l’intouchable et l’invisible. Rien de plus odieux, √† mes yeux, que ceux qui balaient, d’un revers de la main et d’une petite vindicte m√©prisante ces questions l√†, comme si √ßa n’√©tait, encore une fois, que du complot, de la parano√Įa louche, des obsessions √©cŇďurantes et vicieuses. Il y a toujours et encore quelque chose de pourri au royaume du Danemark. La pilule rouge ou la pilule bleue. Dans mes moments les plus nihilistes, je me dis parfois que vivre c’est subir d’√™tre complice et t√©moin de tout √ßa, sans pouvoir rien faire que d’√©crire un billet que personne ne lira et qui pour une fois ne sera m√™me pas lib√©rateur.

Le chaos ou le bordel ?

Je dois m’y mettre, mais comme hier, il y a une telle effervescence politique que de bon matin, √ßa me passionne un peu trop. Ce qui ressort de ce tumulte analytique (chacun essaie de sonder les pythies ou tente d’analyser les ressorts psychologiques ou moraux du chef de l’Etat), c’est bien la sensation d’un chaos g√©n√©ral. Et le chaos est bien le mot qui revient le plus souvent (par exemple l’√©dito de Fran√ßoise Degois sur Sud Radio : ¬ę¬†Il y a un chaos g√©n√©ral dans la vie politique […]¬†¬Ľ, qu’il soit involontaire ou organis√©, c’est la d√©finition du paysage politique qui depuis l’annonce de la dissolution s’impose √† tous les analystes.

Personnellement, vivotant entre tous les flux de gauche comme de droite, je trouve toujours aussi pertinente l’analyse de Pierre-Yves Rougeyron disponible sur le site du Front Populaire qui rappelle une de ses th√©matiques pr√©gnantes, l’influence et la puissance de la x√©nocratie sur le destin de notre nation √† la d√©rive. PYR √©voque avec une lucidit√© qui est sa marque de fabrique la victoire d’un bloc europ√©iste et surtout ultra-lib√©ral dans ses √©lections europ√©ennes, faisant de Macron un √©missaire du chaos, mais d’un chaos programm√©, strat√©giquement, pour destabiliser encore davantage le pays √† l’int√©rieur et par l’int√©rieur. Il √©voque aussi la strat√©gie du champ de ruines, la terre br√Ľl√©e laiss√©e √† son futur successeur, ce qui pourrait assez bien d√©crire la politique men√©e depuis 7 ans qui en plus d’√™tre un jeu de massacre social, pour notre bien (notez), et une d√©vastation √©conomique encore in√©dite (avec une dette abyssale). Aimant la simplicit√©, contrairement √† ce que ma prose alambiqu√©e pourrait faire croire, il y a un filtre efficace que j’aime toujours appliquer √† toutes choses, soit celui du ¬ę¬†Cui bono¬†¬Ľ (pour une fois que je rends aux latins ce qui appartient aux latins¬†¬Ľ). Dans notre mythologie soci√©tale, le peuple dans son ensemble croit donc toujours que le sommet social est incarn√© par les chefs d’√©tat, bien que de plus en plus s’immisce l’id√©e que la richesse dans un monde ploutocrate d√©signe vraiment les titans qui dirigent. Et notre pr√©sident, √† l’√©vidence, est un √©missaire comme un autre. Apr√®s, je ne rentrerai jamais dans les questions psychologiques, un travers bien fran√ßais, qui consiste √† ¬ę¬†profiler¬†¬Ľ les intentions de quelqu’un en d√©voilant voire en devinant le paysage de sa psych√© cach√©e de tous. Je reste encore en cela tr√®s chr√©tien, je reste encore en cela tr√®s pragmatique et simple, en appliquant cette fois le filtre ¬ę¬†On reconna√ģt un arbre √† ses fruits¬†¬Ľ, rendant hommage √† celui que les m√™mes latins auront crucifi√© (sans vouloir choquer la masse des sceptiques qui de plus en plus suspecte la cr√©ation d’une fiction voire d’une mythologie √† des fins de manipulations religieuses – oui, je passe beaucoup de temps √† brasser de la donn√©e, c’est un mal personnel). Macron aura donc vendu une quantit√© non n√©gligeable de joyaux fran√ßais, pour reprendre une image tr√®s parlante souvent usit√©e pour d√©crire le scandale Alsthom, aura ouvert la voie √† un ultra-lib√©ralisme d√©complex√© (Uber), et surtout aura surendett√© la France d’une mani√®re tr√®s surprenante pour quelqu’un disposant d’une culture financi√®re voire purement bancaire ne lui dissimulant pas les cons√©quences dramatiques d’un surendettement (j’ai eu un petit moment la petite s√©r√©nade d’une mention l√©gale venue d’un lointain pass√© de publiciste dans le registre du rachat de cr√©dits).

Donc, la France est en train de devenir un vaste bordel politique, ou alors effectivement un véritable chaos, mais alors dans sa pure définition étymologique. Comme il est bien expliqué sur Wikipédia :

Le nom Chaos (en grec ancien őßő¨őŅŌā / Kh√°os, litt√©ralement ¬ę Faille, B√©ance ¬Ľ, du verbe ŌáőĪőĮőĹŌČ / kha√≠n√ī, ¬ę b√©er, √™tre grand ouvert ¬Ľ.

Source

Le chaos c’est donc la b√©ance, et la b√©ance √ßa ouvre sur le vide. Alors oui, je sais, y a la gauche et la droite, √ßa brasse des discours tr√®s s√©rieux sur le marxisme, sur le capitalisme, sur la libert√© d’entreprendre comme de faire des profits. Nous vivons encore une fois la n√©vrose des grandes menaces, alors que sont ressuscit√©s les grandes peurs de la cohorte brune et autres pr√©dateurs fascistes aux exactions horribles. L’ancien monde et le nouveau se font encore leur petite guerre dans le d√©bat √©ternel entre la r√©forme et le conservatisme, tandis que le petit peuple s’interroge sur les vertus ou les d√©sagr√©ments du changement. En bref, et en cela je trouve l’analyse de PYR tr√®s pertinente, nous sommes aveugl√©s par des questions presque secondaires qui dissimulent le centre du cyclone.

Imm√©diatement, les vertueux les plus admirables, les champions du camp du bien me r√©pondront (avant de me punir) que non, le fascisme n’a rien de secondaire. Peut-√™tre qu’il faudrait ouvrir tes yeux nimb√©s d’√©toiles mon ami(e), nous y sommes depuis longtemps, vu que la mamelle essentielle du fascisme est le totalitarisme. Le d√©roulement des derni√®res √©lections europ√©ennes nous l’a encore d√©montr√© : une pens√©e unique servant une volont√© notoire est bien effective. Finalement, ces l√©gislatives comme ces derni√®res √©lections ne sont qu’une mascarade √† laquelle nous participons.

Peut-√™tre faudrait-il moins consid√©rer les raisons de la manŇďuvre et la personne pr√©sidentielle que ce qu’il y a derri√®re cette b√©ance. La France est en train de devenir une pure fiction, une s√©rie Netflix, certes distrayante mais dans laquelle finalement rien ne se passe de plus qu’une suite de p√©rip√©ties. Des ann√©es maintenant que les dysfonctionnements d√©mocratiques ont d√©montr√© la superficialit√© du Parlement faisant de notre R√©publique le terrain de jeu d’une ploutocratie souvent doubl√©e d’une cleptocratie. Pourtant, tous les observateurs redoublent de gravit√© concernant l’enjeu de ces √©lections. En prenant un peu de recul, et simplement en prenant comme exemple le triste destin des agriculteurs qui ont √©t√© tr√®s r√©cemment bien escroqu√©s, rien ne peut changer tant que nous restons sous la f√©rule europ√©enne. Et comme l’a notoirement et toujours sagacement rappel√© PYR, le bloc europ√©iste et ses ma√ģtres ultra-lib√©raux l’ont magistralement emport√©.

Que faire quand un homme libre accepte de porter les fers de l’esclavage ? L’exhorter √† un peu d’honn√™tet√© et de lucidit√©. Nous en sommes l√†, c’est le pas √† faire avant toute r√©volution. Le bruit et la fureur c’est g√©nial, √ßa fait des grands films de cin√©ma et bouillir notre sang souvent ralenti par le rythme tranquille des belles et longues nuits d’√©t√©. Mais cette √©motivit√© entretenue, cette exaltation encourag√©e, nous masquent les enjeux v√©ritables. Oui, il y a une temp√™te. Et alors ? Nous ne sommes toujours pas √† ce chaos qui pr√©c√®de la r√©volution. Ce n’est juste qu’un chaos bruyant, un bordel, qui la retardera d’autant plus que nous continuerons collectivement √† croire en des illusions tr√®s savamment entretenues, dont notre cher leader demeure l’un des plus brillants prestidigitateurs. Un bon bordel a son lot d’entremetteuses et de p√©ripat√©ticiennes. Il n’est pas non plus recommand√© d’en faire consommation, les plaisirs bestiaux et les bas instincts ne visant que l’√©ph√©m√®re et favorisant le sordide, alors qu’il est possible d’envisager l’humanit√© avec une id√©e √† la fois plus ambitieuse, simplement plus glorieuse, de ce que nous voulons √™tre.

Je regarde autour de moi. Peut-√™tre ne sommes-nous devenus que des individus, des consommateurs, des √™tres d√©tach√©s des int√©r√™ts tant g√©n√©raux que sup√©rieurs. Plus de citoyens, plus de d√©mocrates, juste des r√™veurs perdus dans un solipsisme aussi d√©bile que coupable. Des jouisseurs, des exhibitionnistes d√©complex√©s de nos petites turpitudes, de nos bas desseins mat√©rialistes et √©go√Įstes. Peut-√™tre que le destin de nos soci√©t√©s modernes √† l’h√©donisme vain n’est que dans une ultime dissolution, et que de ce grand bain primordial na√ģtra alors une nouvelle r√©action chimico-sociale qui apportera alors le changement tant souhait√©. Ce qu’on appelle ¬ę¬†d√©cadence¬†¬Ľ n’est peut-√™tre que le substrat de cette terre trop exploit√©e, trop us√©e, pour ne donner rien d’autre que des fleurs fan√©es.

Toujours, la mort de Sardanapale.

Sur ces d√©sillusions cruelles, je retourne travailler sur mes petites oeuvres, qui du point de vue de mon solipsisme √† moi m’apportent bien plus de satisfaction que le charivari des sir√®nes (auquel, malgr√© ma d√©fense, je succombe trop souvent – pour preuve ce billet matinal).

Bonne journée !

Un peu de politique de bon matin ?

Bon… Avant de m’y mettre, je prends mon caf√© tranquillou, j’allume ce qui me sert de r√©ceptacle √† informations (une t√©l√©vision mais √ßa fait longtemps que je ne la regarde plus – je fais mon march√© sur Youtube entre canal de gauche, de droite, du centre, de l’arri√®re et du juste milieu (salut R√©mi !)). Et l√†… La vie dissolue de la dissolution s’impose √† mes sens, m’enivre jusqu’√† me saouler, m’envahit insidieusement de toutes les analyses qui se bousculent depuis que notre supr√™me leader nous ait fait l’honneur de son dernier coup de jarnac (ou j’arnaque, au choix).

Politique. Encore un mot, faut dire que notre r√©alit√© n’est fait que de √ßa, des mots qui s’agencent pour nous permettre de donner du sens √† ce qui n’en a ontologiquement pas. Je sais que je me r√©p√®te, mais c’est introduction liminaire est essentielle… Surtout quand √† l’√©vidence le discours m√©diatique dispose d’une puissance que le r√©sultat des derni√®res √©lections pr√©sidentielles ne peut que r√©v√©ler. Les divers commentateurs m’auront bien fait rire avec ¬ę¬†la justesse des estimations sondagi√®res¬†¬Ľ. Et le coup de la proph√©tie auto-r√©v√©latrice, vous connaissez ? Pourtant, le Dune de Villeneuve aura expos√© cette logique avec une force narrative qu’il n’est pas vraiment possible de d√©nier ? Jamais, dans une √©lection, le projecteur n’aura √©t√© accapar√© et r√©serv√© √† une poign√©e, que dis-je, un trio de candidat : Hayer, Bardella, Glucksmann. Une sorte de Cerb√®re d√©sign√© par ce qu’il n’est pas complotiste, pardon, exag√©r√©, de d√©finir comme un syst√®me aux ordres d’un ensemble d’int√©r√™ts particuliers en composant un autre de syst√®me. Parfois je me dis que je devrais quitter mes activit√©s cr√©atives pour me lancer dans une tentative de r√©v√©lation, √† coups de sch√©mas et d’organigrammes/sociogrammes, des forces en pr√©sence dans notre bon pays. Puis je me dis qu’il faut encore un public pour √ßa, et vu le r√©sultat des derni√®res europ√©ennes, je ne suis pas s√Ľr qu’il y ait un int√©r√™t pour la pilule rouge. Comme souvent dans ma vie, je suis tiraill√© entre deux pulsions, celle de participer √† la vie collective et celle de me concentrer sur mes petites ambitions plus personnelles mais finalement pas moins futiles. Car l’exp√©rience m’aura aussi r√©v√©l√© √† quel point croire en la solidarit√© des autres est illusoire, quand bien m√™me elle s’ex√©cuterait dans leur propre int√©r√™t. J’ai vu et constat√© combien la tentation du destin personnel est plus forte que l’id√©e d’une collaboration g√©n√©reuse. Notre soci√©t√© est bien celle du chacun pour soi, ce qui explique en partie la d√©cadence actuelle. Plus que jamais, je ne crois qu’en une soci√©t√© solidaire et responsable, o√Ļ l’int√©r√™t g√©n√©ral pr√©vaut sur tout le reste – et l’int√©r√™t g√©n√©ral, pour moi, c’est la volont√© puissante de r√©aliser les conditions d’un bonheur collectif. Je sais, je suis un na√Įf, un id√©aliste, un idiot, un utopiste, un r√™veur, un fou, un gros connard m√™me. Le monde, tous les jours, me le r√©p√®te assez quand j’√©coute les m√©dias ressasser l’ignominie organis√©e que sont devenues nos glorieuses d√©mocraties.

Donc, dans les faits, gros score du RN. Suivi dans un mouchoir de poche par Reniou (oui, √ßa me fait rire) et l’europophile exalt√© Glucksmann, soit le PS. L’autre vrai score notable, c’est la paradoxale mais quand m√™me forte progression de la LFI. Et dans les donn√©es √† consid√©rer, la chute des verts, et le r√©sultat de l’invisibilisation des petites listes, notamment les souverainistes qui ont pay√© ch√®rement leur d√©sir d’ind√©pendance. Faire des millions de vues sur Youtube c’est bien, mais √ßa ne reste qu’une paille dans l’oeil qui demeure riv√© sur le flux mainstream. En r√©sum√©, et tr√®s rapidement car √ßa n√©cessiterait un d√©veloppement et une analyse plus exigeante qu’une affirmation intrins√®quement insuffisante pour s’√©tablir comme v√©rit√©, il ne faut pas confondre la petite masse des gens concern√©s qui prennent le temps de choisir son flux d’infos et la grosse qui n’a pas le temps pour √ßa et qui se contente d’√©pouser les opinions toutes faites qu’on leur d√©livre √† la radio, dans les journaux, et √† la TV.

Et l√†, dissolution. Comme √ßa, sans gants et sans m√©nagement. Le coup de la rupture amoureuse qui survient sans crier gare, sans pr√©mices ni signes. Ce qui est faux en soi : des indices, il y en avait plein, et plus t√īt dans la journ√©e j’avais d√©livr√© cet oracle √† mes enfants. Si j’avais su √† quel point c’√©tait g√©nial de le sp√©cifier, je l’aurais √©crit sur ce blog. Tant pis, je resterai une Cassandre de blog, ce n’est pas comme si je voulais me vendre en tant que politologue du dimanche, y en a d√©j√† bien trop sur le march√©. Et depuis, polarisation m√©diatique, m√™me ceux qui d√©noncent la manipulation y participent. J’avoue que je suis un bon spectateur, car la politique j’adore √ßa. Je ne la consid√®re pas comme un art noble ou comme un domaine r√©serv√© √† des sp√©cialistes. La politique, de ¬ę¬†Polis¬†¬Ľ, la cit√© en grec ancien, c’est tout ce qui touche √† la vie de la cit√© devenue soci√©t√©. Tout est politique. Absolument tout. Car la moindre de nos actions citoyennes ou m√™me simplement civiques participent √† la cit√©. M√™me nos oeuvres culturelles les plus mineures participent au discours politiques en mettant en sc√®ne, de mani√®re faussement na√Įves, des modes de vie ou des principes id√©ologiques voire moraux. Dire bonjour ou ne pas dire bonjour √† un voisin est un acte politique. Toiser un autre qui nous agace ou lui sourire est un acte politique. Une vision peut-√™tre un poil dramatique voire emphatique, mais c’est la mienne. Le monde √©tant tel que nous le faisons, dans une logique presque karmique, nos comportements publics, nos actes sociaux, d√©terminent sa nature. En ce moment c’est pas tr√®s fifou comme le dirait ma fille, tr√®s touch√©e moralement par ce qu’elle aura vu, lu et entendu sur les r√©seaux qu’elle suit ou qu’elle abonde.

Les observateurs s’interrogent donc sur l’intention. Le machiav√©lophile pr√©sident est certes r√©put√© pour son addiction √† la manipulation, m√™me si elle est souvent grossi√®re. La roublardise, ou l’audace pour utiliser un terme que ses aficionados pr√©f√®rent, est son essentiel moteur. Franchir non pas le rubicon, mais tous les rubicons possibles et imaginables, en constatant que la sid√©ration est un ph√©nom√®ne proportionnellement r√©p√©table selon l’incapacit√© √† comprendre la r√©alit√© de la situation. C’est un peu lapidaire comme analyse, mais elle est pourtant r√©elle : dans la grande majorit√© des cas, peu ont compris le but des manoeuvres et des abus de pouvoir en cascade de ces deux derni√®res ann√©es. Il y a aussi de la brutalit√© et de la rapidit√© dans l’ex√©cution qui rappellent les campagnes de C√©sar. Finalement, est-ce surprenant de nous voir assi√©ger tels des gaulois r√©fractaires par un pouvoir qui ne vise qu’√† nous r√©former en tant que peuple et en tant que nation ? Je vous renvoie aux excellentes vid√©os de Pac√īme Thiellement sur la cha√ģne vid√©o Youtube de Blast qui m’a inspir√© cette saillie. Sachant de plus que sa vision du Christ rejoint la mienne, et que √ßa fait du bien en ces temps d’intense religiosit√© (je ne parle pas des religions, mais bien de la religiosit√©).

Personnellement, je pense que la volont√© de notre pr√©sident est d’ouvrir la voie au RN pour lui saborder celle de la pr√©sidentielle. Notre ar√®ne politique ¬ę¬†professionnelle¬†¬Ľ √©tant devenue un th√©√Ętre de Guignol (et j’ai pas √©crit de ¬ę¬†guignols¬†¬Ľ – notez la finesse qui √©vite la saillie facile) o√Ļ le narratif l’emporte sur le r√©el, c’est bien le mandat qui importe, pas tant que l’action politique en soi. Il n’est pas impossible qu’ayant ouvert la voie √† l’ennemi fondamental, l’id√©e soit de lui laisser un peu le manche pour montrer √† tous qu’il en fait n’importe quoi. Apr√®s, le vrai grand danger, c’est bien cette maudite gauche, encore un autre cerb√®re, dont une des t√™tes est profond√©ment mena√ßante, cherchant √† faire faillir cette esprit lucrato-lib√©ral qui fait le bonheur des flux boursiers et des gras dividendes (¬ę¬†Pognon… je t’aime !¬†¬Ľ Imitation savoureuse du regrett√© Jean-Pierre Mariel de Michel Leeb). Finalement, quand tu additionnes tous les partis de gauche aux europ√©ennes, √ßa monte pas mal, presque au niveau du RN. Gageons que les √©gos de la gauche sauront encore pr√©dominer sur l’int√©r√™t g√©n√©ral et qu’ils feront encore les idiots utiles en se perdant, une fois encore, dans des introspections existentielles les poussant √† suspecter leurs coll√®gues d’√™tre des tra√ģtres ou des salauds en embuscade. Petite pens√©e pour le cristallin de service, qui me fait penser aux ante-christ de l’Apocalypse. Et j’ai trouv√© touchante la r√©action d√©sabus√©e de Thomas Porcher sur le M√©dia, fatigu√© de constater le continuel revirement opportuniste d’une gauche capricieuse, plus soucieuse de remporter des √©lections √† but personnel que dans la logique d’un combat id√©ologique cens√© la magnifier.

En conclusion, et pour faire court (car je dois m’y mettre), ces L√©gislatives seront aussi un moment d’√©claircissement √† d√©faut d’√™tre de r√©v√©lation. Vu le chaos social que nous traversons depuis l’√©lection pr√©sidentielle, il n’y a rien de pire √† venir. Je suis curieux de voir ce que fera le RN s’il obtient une majorit√© au Parlement. Je suis curieux de voir si la natalit√© des castors va conna√ģtre un bond aussi prodigieux que la derni√®re fois et comment les m√©dias vont agir pour que ceux-ci fasse leur barrage l√† o√Ļ on voudra qu’ils les fassent. LFI se voit sommer de faire corps, et dans les prochains jours, nous verrons si la gauche radicale fera son pacte avec le diable de la classe moyenne. Glucksmann, avatar d’un Macron lui aussi, en son temps, sponsoris√© par une gauche bobo, ne pourra pas cohabiter avec son ennemi intime, son v√©ritable ennemi (qui n’est pas la finance).

Et si le RN dominait, quid du premier ministre ? Bardella ou Marine Le Pen ? Deux ans d’√©chec pourrait sonner le glas d’un mandat pr√©sidentiel ou vicier la candidature d’un mandant de ce parti pour en faire l’utile bouc √©missaire qu’un nouveau messie m√©diatis√© pourrait supplanter (Glucksmann ?).

Je regardais ce jour Viktorovitch en pleine exaltation de sa peur de l’av√®nement d’un fascisme, qui lui √©met l’id√©e que le but de la manŇďuvre c’est retrouver une majorit√© pr√©sidentielle en jouant sur les peurs. Ce qui me semble abscons par faute simplement de candidats macronistes. L’air de rien, le dernier remaniement a quand m√™me d√©voil√© le manque d’enthousiasme pour un parti qui va porter longtemps la marque de ses choix impopulaires. En bref, √† part des amateurs et des nouvelles t√™tes, peu de chance que des vieux briscards ou des pr√©tendants s√©rieux participent √† ce qui ne sera au mieux qu’un remake du Titanic en milieu urbain. Apr√®s, il y a peut-√™tre une escouade de r√©serve que je ne vois pas venir, mais je n’y crois pas. Apr√®s (2), il n’y aura de victoire que dans des fiefs conquis depuis longtemps – dans une France d√©vast√©e √©conomiquement, ce genre de territoire commence √† se faire rare.

Il est quand m√™me triste de voir certaines politiques effac√©es ou invisibilis√©es quand elles ne sont pas diabolis√©es. Je regardais des infographies du Monde hier, et j’ai √©t√© encore surpris de voir des cat√©gories comme celle de ¬ę¬†l’extr√™me-droite¬†¬Ľ englobant un peu tout et n’importe quoi. C’est l√† aussi qu’il faut constater √† quel point il est difficile pour un observateur qui se veut objectif de r√©ifier son ind√©pendance de point de vue tout en acceptant, en validant, le logos d’une matrice qui d√©forme par sa nature syst√©mique tout ce qu’elle d√©signe. Une fois encore, la libert√© voire la r√©volution ne pourra se r√©aliser que par la contestation des mots et des id√©es, par dans le jonglage qu’est devenu, de nos jours, l’exercice politique comme analytique.

Bonne journée (je suis à la bourre).

Les limites du narratif

Quelle p√©riode folle ! Beaucoup d’entre nous ne per√ßoivent pas ce qui se passe mais nous vivons tout simplement la fin lente mais certaine d’une mani√®re, d’une m√©thode, d’une strat√©gie, de pr√©senter les choses, d’arranger les faits, en bref de substituer un narratif plus ou moins bien savamment construit en lieu et place du r√©el.

Alors oui, le ¬ę¬†r√©el¬†¬Ľ est une chose tr√®s floue, un concept comme un autre, car du fait de notre subjectivit√©, nous sommes tous les otages de notre perception du monde, et ce qui nous relie ce sont bien le canevas des croyances et des conventions que nous partageons. Il y a quelque chose de fascinant de constater √† quelle point les humains croient en des artefacts aussi √©th√©r√©s que les nations ou en certaines id√©es encore plus floues comme peuvent l’√™tre la d√©mocratie ou la libert√©. Mais finalement, vivre n’est-ce pas pour chacun d’entre nous de tenter de donner du sens, d’adopter des croyances, pour s’y raccrocher tout au long du parcours de vie ? Toujours, je serai condamn√© au terrible constat qui m’a frapp√© alors que j’avais tout juste 7 ans : rien n’a de sens… Il ne reste donc qu’√† tenter d’en donner, m√™me si parfois le tentation de c√©der √† l’acceptation de l’impermanence menace (√† ne pas confondre avec la menace de l’incontinence qui p√®se sur chacun d’entre nous √† plus ou moins longue √©ch√©ance).

A l’√©vidence, les orf√®vres de la manipulation des masses ont bien compris combien la puissance m√©diatique √©tait, par exemple, un levier terrible pour influer sur nos perceptions. Tous les jours, je constate combien l’agenda m√©diatique r√©pond √† des int√©r√™ts bien pr√©cis et surtout bien priv√©s, et comme tout est orchestr√© pour influencer et non pour informer. Ah, les sondages ! C’est d√©lirant comme ces pseudos m√©thodes d’estimation d’une opinion qui serait ¬ę¬†publique¬†¬Ľ ont pris une place pr√©pond√©rante dans la discussion m√©diatique. Ou, comment des √©chantillons peuvent pr√©tendre refl√©ter l’incroyable h√©t√©rog√©n√©it√© d’un peuple d√©sign√© avec emphase par leur nationalit√© : les fameux ¬ę¬†fran√ßais¬†¬Ľ. Les sophistes en abusent par ailleurs : ¬ę¬†j’ai rencontr√© les fran√ßais¬†¬Ľ, ¬ę¬†tous les fran√ßais veulent¬†¬Ľ, ¬ę¬†ce qui int√©resse les fran√ßais¬†¬Ľ, et j’en passe ! Toujours √ßa tourne au jeu de r√īle du repr√©sentant supr√™me dont l’oreille fabuleuse aurait r√©ussi √† saisir le son pourtant complexe d’une masse de 68 millions d’√Ęme pour en restituer la substantifique essence. Personnellement, et bien que je me sente profond√©ment fran√ßais, jamais ces gens l√† n’√©voque mon opinion ou mes id√©es. Nous devons √™tre peu √† les avoir, mes opinions, donc elles sont dissoutes dans la dense fusion des millions d¬†¬Ľautres, contradictoires, dans un processus finalement d√©mocratique o√Ļ la majorit√© l’emporte sur le reste. Ben c’est pas joli joli ce m√©lange de haine et d’intol√©rance, cette volont√© sourde de toujours d√©signer des √™tres creux comme ses ma√ģtres, pardon, ses repr√©sentants. Sans rire.

Tout √ßa n’est qu’artifice, et pourtant, jamais les sondages n’auront autant servi de pav√©s pour pr√©parer le chemin de nos votes, quitte √† en faire des tonnes et surtout quitte √† d√©voiler √† quelle point tout √ßa n’est qu’imposture et escroquerie.

La France va mal, et √ßa ne va pas s’arranger. En fait, √ßa ne peut simplement pas s’arranger. Il n’est pas possible de faire son bonheur sur la mis√®re des autres, et c’est pourtant le choix qui a √©t√© complaisamment et consciemment fait par une certaine classe sociale qui s’est abandonn√©e totalement aux gains que lui a promis puis apport√© une id√©ologie n√©o/ultra/lib√©rale, et surtout tr√®s immorale, de l’√©conomie. Nous sortons de plus de quinze ans de d√©lire mon√©taire, nous sommes √† la fin d’un chemin comme le seraient des h√©ros d’un conte juste avant sa conclusion (ce serait plut√īt du Andersen pour le coup). Et la tactique path√©tique d’user encore et encore de boucs √©missaires caract√©ris√©s par leur insigne faiblesse pour faire diversion et surtout canaliser la rancŇďur et la rancune ne sera plus salutaire. Il y a quelque chose de fascinant, encore une fois, √† entendre les √©ditorialistes et autres analystes d√©plorer que la nouvelle r√©forme du ch√īmage visent encore ceux qui recherchent un emploi avec comme dessein de les motiver √† accepter les royales 350 000 offres qui seraient tout simplement boud√©es par des arm√©es de profiteurs qui vivraient dans une insouciante farniente. Il faut que le dormeur se r√©veille : cette r√©forme ne vise absolument pas les ch√īmeurs (dont ce pays et ses repr√©sentants s’en foutent tr√®s complaisamment), mais ceux qui sont salari√©s et qui pourraient, dans un proche avenir, perdre leur travail. C’est une r√©forme serre-les-fesses sponsoris√©e par ceux qui vont encore te vendre une √©ni√®me assurance pour commuer la peine. Tu frappes tant que la victime est sid√©r√©e, pourquoi s’arr√™ter en si bon massacre ?

Les motivations de ces exactions politiques, de ces d√©cisions aussi brutales que fonci√®rement cruelles et injustes (les cotisations restant les m√™mes), sont √† chercher dans un d√©sir d’installer un ordre social qui, comme je l’ai √©crit √† maintes reprises ces derni√®res ann√©es, n’ambitionne qu’√† revenir √† une f√©odalisation notamment dans les rapports sociaux. Il y a la conscience d’une minorit√© qui poss√®de et qui souhaite tout mettre en oeuvre pour forclore tout id√©e m√™me de contestation ou de r√©bellion. Ce qui est pourtant √† la fois une insigne preuve de stupidit√© comme un terrible aveu d’une crainte profonde. Toute notre √©conomie est √† pr√©sent artificielle, tout ob√©it √† un narratif qui tremble devant les coups de boutoirs d’un r√©el que les agences de notation ne repr√©sentent absolument pas, faisant partie du probl√®me, mais qu’elles annoncent quand m√™me √† bas bruit. Un m√©lange entre un requiem et une musique militaire, rien de gai l√†-dedans, c’est clair.

Entre ceux qui pr√©tendent que la dette c’est pas grave et ceux qui gravement annonce l’effondrement, il y a de quoi se poser des questions. La v√©rit√©, encore une fois, est entre ces deux eaux. Oui, une dette en soi n’est jamais grave tant qu’on a les moyens de la rembourser. Oui, une dette est grave quand on a pas mani√®re ou moyen de g√©n√©rer ce qui est d√Ľ et encore moins quand il n’y a plus de cash dans la poche. Ce qui est terrible, c’est que ce sont ceux qui ont fait exploser les compteurs qui ont Ňďuvr√© √† d√©vaster les moyens de s’en sortir. Incomp√©tence ? Stupidit√© notoire ? Tr√®s haute trahison ? Corruption syst√©mique pr√©valant sur la raison la plus √©l√©mentaire ? J’ai tent√© d’expliquer au d√©but du ¬ę¬†quoi qu’il en co√Ľte¬†¬Ľ la roublardise de la manŇďuvre. J’usais alors de la m√©taphore de l’argent pris dans ma poche, dont on me redonnait avec magnanimit√© une toute petite part en me disant qu’on m’avait d√®s lors sauv√© de la ruine. J’ai pris conscience alors combien ces questions logiquement √©conomiques ne parlent qu’√† trop peu de personnes. Nous sommes un peuple, nous ¬ę¬†les fran√ßais¬†¬Ľ, qui a √©t√© soigneusement d√©s√©duqu√©. Biberonn√© avec des mots comme la d√©mocratie, la R√©publique, la Libert√©, la fraternit√©, qui auront √©t√© vid√©s de leur sens r√©el pour ne repr√©senter qu’un mode de vie consum√©riste et faussement id√©al.

Tr√®s na√Įvement, j’ai pens√© au d√©but de la crise du COVID qui demeure un grand moment en soi, un traumatisme illustrant combien toute crise est source d’opportunit√©s pour certains syst√®mes pr√©dateurs, que c’√©tait l’occasion de mettre un frein √† l’hubrys avec l’accord et la concertation de tous. Le choix de l’argent magique, d√©lirant de la part de celui qui s’en √©tait d√©fendu, aura d√©fonc√© les derniers bastions de ma candeur. Je n’ai pas la pr√©tention de d√©tenir la v√©rit√© parfaite, je me suis donc demand√© si le choix se r√©v√©lerait payant, √† la longue. Si j’avais tort, si la corruption syst√©mique n’√©tait pas aussi terrible que je l’estimais. A l’arriv√©e, j’avais bel et bien tort, cette corruption, v√©ritable rapacit√© organis√©e, est encore bien pire que je l’avais envisag√©. Encore une fois, la volont√© de parasitisme jusqu’√† tuer l’organisme nourricier a d√©montr√© la n√©vrose, c’est bien le mot, d’une minorit√© qui n’en a absolument rien √† foutre de l’int√©r√™t g√©n√©ral.

Nous sommes entr√©s dans une p√©riode fascinante qui va voir s’affronter deux blocs, ceux qui poss√®dent et ceux qui sont exploit√©s. Je ne fais pas ici dans la finesse, surtout que dans un proche avenir il est pr√©visible que ceux qui poss√®dent, surtout pas grand chose, soient exploit√©s (coucou l’√©pargne, coucou les r√©sidences secondaires !) mais comme toute possession n’est en soi qu’une croyance partag√©e et accept√©e, le contrat va √™tre pour les g√©n√©rations futures d’accepter d’√™tre spoli√©es des richesses dont la jouissance est d√©termin√©e par la tr√®s relative l√©gitimit√© de l’ant√©c√©dence. Planter un drapeau avec ¬ę¬†preums¬†¬Ľ ne suffit pas. Il faut aussi que celui qui arrive juste apr√®s accepte tout ce que le principe impose. Cette soci√©t√© de l’exploitation ne tient que par √ßa : la soumission √† une pr√©tention qui n’est en v√©rit√© que √ßa. Si encore, il y avait une sorte de r√©partition, une sorte de justice qui emp√™cherait les abus de l’accaparement, qui permettrait √† chacun, raisonnablement, d’avoir son petit bout √† soi, il serait possible d’imaginer que les choses s’am√©liorent. Mais non. Un peu de concentration, beaucoup de concentration : nos PME le sentent bien passer actuellement. Il en est ainsi des march√©s qu’ils se partagent tant que tu as les coudes pour t’y promener : d√®s qu’on te coupe les bras, c’est d√©j√† plus difficile.

Qu’arrive-t-il √† un pays qui ne produit plus de richesses mat√©rielles et concr√®tes pour se consacrer √† l’abus de processus rentiers qui vampirisent les flux mon√©taires plut√īt que les irriguer ? Qu’arrive-t-il √† un pays qui est consciencieusement pill√© et plomb√© par ce qu’il serait honn√™te de d√©terminer comme une v√©ritable guerre √©conomique, √† bas bruit ? L’aust√©rit√© et la rigueur sont encore deux beaux syllogismes qui sont agit√©s comme des solutions √† ce qui ne serait qu’un probl√®me budg√©taire, gestionnaire, alors qu’en v√©rit√© il n’est pas possible d’attendre de r√©colte d’une terre qui aura √©t√© m√©ticuleusement pill√©e puis st√©rilis√©e.

Il y a de la panique, il y a une sorte d’h√©b√©tement, chez une √©lite qui constate que tout leur √©chappe. Il y a eu, un temps, de l’euphorie √† voir comme il √©tait facile d’influencer les candides, les na√Įfs, les stupides, les mous comme les apathiques (un vrai tour de passe passe). Il y a une fascination emprunte de d√©go√Ľt en voyant les m√™mes oser ne plus penser, ne plus agir, comme il est entendu, en promettant d’aller voter pour la b√™te immonde. Les m√©dias r√©duits √† des caisses de r√©sonance jouent le jeu, tandis que leur cr√©dibilit√© est mise √† l’√©preuve avec duret√©. L’id√©e de la collaboration, la vilaine, revient dans nos psych√©s trop habitu√©es √† ne r√©agir et √† ne penser qu’avec la parall√®le de la seconde guerre mondiale. Beaucoup d’observateurs un brin sagaces osent remarquer qu’en France le travail n’a pas √©t√© bien fait, au moment o√Ļ il fallait faire la part des choses, d√©terminer la responsabilit√© de certains, veiller √† emp√™cher le retour de certains hubrys. Demain, nous allons f√™ter le D√©barquement, l’op√©ration Overlord en langage cod√©, traduction : Suzerain. 70 ans plus tard, devant ce qu’il reste de notre pays, est-il pr√©f√©rable d’avoir peur d’√™tre trait√© de complotiste ou de con tout court pour ne pas constater ce que nous sommes devenus ?

Personnellement, je suis tr√®s impatient de voir les r√©sultats de prochaines √©lections europ√©ennes pour voir si les pythies sondagi√®res auront d√©livr√© de bons oracles ou encore r√©alis√© un travail de bluff et de persuasion efficace avec le m√©diatique nudge marketing qui veut que je n’ai pas encore re√ßu, √† trois jours du d√©but du scrutin, les professions de foi. Jamais l’invisibilisation tr√®s volontaire, la th√©√Ętralisation, le d√©ni d√©mocratique, la validation ploutocratique (t’as pas d’argent t’existe pas) n’auront √©t√© aussi manifeste pour r√©duire le choix √† ce qui n’est qu’un janus politique, √† la fibre tr√®s client√©liste : la Majorit√© et RN. En alternative, impossible √† totalement invisibiliser pour faute d’une popularit√© encore vive (reste la d√©cr√©dibilisation et la diabolisation), la Gauche √† la d√©rive avec un PS vestige et incarnation de ce qu’il aura toujours √©t√©, soit une gauche de classe moyenne ; et la LFI, honorable dans ses indignations mais dans le fond peu r√©volutionnaire avec une illusion de la r√©forme (encore) et l’id√©e saugrenue de pouvoir dompter la technocratie europ√©enne (vu les affaires de corruption qui ont eu peu d’√©cho, √ßa promet). Pour le reste, une arm√©e des ombres, qui √† la mani√®re des r√©sistants de la seconde guerre, sont cach√©s et peu audibles (s’il venait √† certain d’√©pouser leurs id√©es). Cependant, c’est bien dans ces volont√©s farouches que se trouvent peut-√™tre notre salut, notamment avec le courant souverainiste, de gauche comme de droite, qui r√™ve d’une r√©sistance √† la d√©liquescence. Chiche que ¬ę¬†souverainiste¬†¬Ľ remplace bient√īt complotiste ?

Je suis quasiment s√Ľr qu’il y aura un vote sanction, mais j’ai l’audace de penser que cette fois ce sera surtout la d√©nonciation d’une classe sociale d√©connect√©e des besoins et des souffrances de ce qui compose l’essentiel du peuple. Si c’est le RN qui emporte la mise, comme tous les sondages l’annonce, √ßa permettra de faire la clart√© sur le positionnement d’un parti qui reste purement r√©actionnaire avec la fragilit√© de n’avoir absolument aucune colonne vert√©brale id√©ologique (le racisme suspect√© n’en √©tant pas une). Que se passera-t-il du cot√© de la gauche ? Le travail m√©diatique va-t-il r√©ussir √† diaboliser et donc punir le bloc radical (LFI) en faisant qu’une gauche de droite nous refasse du hollandisme ? Ou au contraire, va-t-on assister √† un rejet de cette vision n√©e dans une France √† la centralisation toujours et encore coupable avec un vote massif de ceux qui croient en l’universalisme et les vieilles id√©es marxistes ?

J’aimerais que plein de petites listes parviennent √† placer des repr√©sentants. J’aimerais que toute la superficialit√© d’un syst√®me d√©mocratique apparaisse avec la conscience d’une spoliation par ce qu’il serait commun de d√©signer comme une aristocratie technocratique (kratos kratos). Mais je suis aussi maintenant trop habitu√© √† constater que notre peuple s’est r√©sign√© ou s’est converti aux fausses idoles en esp√©rant, pour certains, en r√©cup√©rer quelques miettes. Quoi qu’il arrive, quelque chose se passe. Un tr√®s grand et profond changement. Pas forc√©ment une r√©volution, mais pour que celle-ci advienne, il faut toujours une phase de chaos, n√©cessaire pour se substituer √† l’apathie t√©tanisante. On y va, tant bien que mal (enfin plut√īt mal) et √ßa ne sera certainement pas une partie de plaisir, car personne ne sera √©pargn√©.

Logomachie

Une p√©riode compliqu√©e, d√©cadence oblige, et jamais cette guerre du mot, dont le titre de ce billet fait √©cho, n’aura autant pris d’ampleur dans ce qu’il convient de d√©signer comme le vaste champ du sophisme le plus pur. Quand j’√©voque mon action en communication, j’aime souvent √† pr√©ciser que le v√©ritable terme serait la manipulation. Un terme qui poss√®de une connotation tr√®s n√©gative, bien qu’√† mon sens la manipulation est tout aussi ambivalente que le reste. L’important demeure dans l’intention, le but poursuivi, et il est parfois plus rapide et plus adapt√© de guider quelqu’un dans la bonne voie plut√īt que de lui expliquer le code de la route et lui faire pratiquer la conduite. Mais je ne serai pas non plus candide, si facilement candide, au point de d√©nier que la communication consiste en une vaste entreprise de manipulation dont les fins demeurent tr√®s lib√©rales, m√™me si c’est effleurer la litote avec un brin de l√©g√®ret√©. C’est √©trange, √† la fin, d’avoir connu ce destin professionnel juste parce que mon app√©tence √† l’art et l’√©criture m’en avait balis√© la route. J’en garde de bons souvenirs, m√™me si √† pr√©sent je me sens chatouill√© par des soucis d’√©thique, voire d’√©thos, qui r√©guli√®rement me font froncer les sourcils.

Il y a peu, je m’interrogeais √† ce sujet, me demandant finalement ce que je pourrais bien faire √† pr√©sent de la puissance de ces mots avec lesquels j’ai le don de jongler. Je me suis adonn√© √† la rh√©torique, et avec le temps j’ai eu mon lots de petites victoires. J’√©vite √† pr√©sent les discussions trop anim√©es, car contrairement √† ce que certains croient, je n’aime pas dominer quand je pourrais convaincre. Je suis r√©ellement fatigu√© par les disputes, pas par faiblesse de caract√®re ou usure des choses, juste que le fond me d√©sesp√®re. Rien de plus d√©primant que de voir quelqu’un refuser de conc√©der quelques croyances, rien de plus d√©cevant que de constater qu’il y a certaines limites qu’il n’est pas possible de franchir sans blesser ou humilier celui qui nous fait face. Nous vivons une triste √©poque, d’une violence verbale terrible, car les mots sont devenus des armes mentales, des balles morales, qui servent davantage √† cribler les psych√©s qu’√† les nourrir sainement.

Hier, un d√©put√© s’en est pris √† un autre en le traitant d’un nom d’animal qui a toujours symbolis√© les bas instincts de l’√™tre humain. En fond, un conflit terrible qui s’√©ternise avec son lot de massacres et de morts inutiles. J’ai √©crit sur ce blog ma position √† ce sujet, il y a quelques mois, et s’il faut le pr√©ciser, je d√©plore autant les victimes dans les deux camps que l’impossibilit√© d’une concorde. Je parle de camps, mais je me laisse abuser, moi aussi, par cette vision toujours binaire ou manich√©enne des choses. Il y a des victimes et des bourreaux, les premi√®res restants les jouets des seconds. Le camp du bien n’existe d√©finitivement pas, il n’existera jamais tant que les actes r√©v√®lent la r√©alit√© de l’arbre qui en produit les fruits. Il est douloureux pour moi de constater √† quel point, en quelques mots, avec un dosage savant de sophisme purement amoral, il est possible de justifier l’impardonnable. Il y a quelque chose de la psychopathie l√†-dedans, de la sociopathie m√™me, quand les d√©fendeurs de la vertu red√©finissent la violence comme un acte salutaire, voire pire, comme un acte de justice.

Une p√©riode, une √©poque, difficile, pour le dire plus simplement, moche. Un retour √† la f√©odalit√© la plus violente dans un oc√©an d’apathie. Le triomphe des escrocs qui jouissent que la majorit√© accepte que la parole et les armes de la justice soient √† la disposition des plus forts. Le r√®gne des nombres, avec constamment des √©tudes et des tableaux excel qui cr√©ent des v√©rit√©s bien pratiques, quitte √† s’arranger avec l’honn√™tet√© la plus √©l√©mentaire. Tu n’as plus le droit de te sentir malheureux ou victime, tu dois reconna√ģtre ton erreur voire ta condamnable inclination √† te croire au centre de tout et √† ne rien vraiment comprendre. J’√©coute tous les jours des discours clairement hallucin√©s qui sont autant de syllogismes sans √©clat. Tous les jours j’entends la petite querelle du bon mot, du juste mot, pour d√©crire l’horreur, pour l’attester, pour la contester aussi. Massacre, g√©nocide, crime de guerre, acte terroriste, meurtre, assassinat, et son petit cort√®ge d’euph√©mismes qui les camouflent : d√©g√Ęts collat√©raux, banalit√© de la guerre, triste sort de celui qui n’y √©tait pour rien mais qui √©tait l√†, victimes pas si innocentes que √ßa, √† bien y regarder. Jamais les images n’auront √©t√© aussi claires, aussi nettes, aussi cruelles. Jamais les mots n’auront servi √† laver le sang et la merde, jamais les valeurs les plus belles n’auront servi √† justifier les choses les plus laides.

Il faut trouver des coupables, toujours. Ceux qui sont les plus impuissants et surtout les plus inaudibles, les plus silencieux, sont toujours aussi parfaits. Les pauvres, les d√©munis, les marginalis√©s du syst√®me, les oubli√©s de la mondialisation pour utiliser un aphorisme suintant le cynisme tranquille. Des pauvres gens, de toutes les religions, de toutes les origines, qui dans ce jeu brutal √©cope du r√īle de victime. Il y a, toujours et encore, le triomphe de l’absurdit√© la plus totale dans tout √ßa, comme si la soci√©t√© humaine ne pouvait faire que √ßa √† l’arriv√©e. Capables de donner du sens aux choses, nous sommes r√©duits √† corrompre ce pouvoir pour en faire une machine √† laver l’ignominie.

Une pens√©e pour les victimes, qu’elles soient juives, arabes, musulmanes, chr√©tiennes, asiatiques ou noires, tous ces adjectifs qui font oublier qu’il n’y a pas de races, juste une humanit√©, √† la limite une esp√®ce, qui devrait se faire corps dans une logique de saine fraternit√©. Nous sommes r√©duits √† n’√™tre qu’une masse ¬ę¬†d’autres¬†¬Ľ, une masse d’individus fragment√©s, divis√©s, oppos√©s, invit√©s constamment √† jouir de l’ego en faisant d’un monde commun notre petit monde √† nous. Cette soci√©t√© moderne a invent√© le supraconsommateur, l’individu qui ne per√ßoit le monde et tout ce qui le compose, notamment dans le domaine du vivant, que comme quelque chose √† consommer, √† consumer.

Et pendant que les commentaires sur des noms d’animaux suscitent l’indignation ou les quolibets, la guerre se poursuit, les morts s’accumulent. On nous dit que le conflit est import√© ici… Ah bon ? Au contraire, je vois autour de moi des personnes conscientes de l’horreur de ce qui se passe, aucunement aussi manich√©ennes que les m√©dias le racontent. Oui, il y a aussi ceux qui s’en foutent, parce qu’ils ne comprennent absolument pas les tenants et les aboutissants, et parce qu’ils sont autant d√©connect√©s de ce qui se passe au proche Orient qu’en Nouvelle Cal√©donie.

Et les √©lections europ√©ennes qui se profilent pour nous faire croire √† un enjeu d√©mocratique qui camoufle la r√©alit√© d’une technocratie qui est tout sauf √©lue. Triste √©poque, d√©cadence lente qui me rappelle les paroles d’une chanson de Julien Clerc et qui me fera une belle conclusion, montrant ce en quoi les mots sont le plus pr√©cieux soit la confection de la r√©confortante po√©sie :

Comme une l√©gende qui s’√©teint, comme un grand peuple en d√©cadence
Comme une chanson qui se meurt, comme la fin de l’esp√©rance
Mon cŇďur volcan devenu vieux bat lentement la chamade
La lave tiède de tes yeux coule dans mes veines malades

Comme une arm√©e de vaincus, l’ensemble sombre de mes gestes
Fait un vaisseau du temps perdu dans la mer morte qui me reste
Mon cŇďur volcan devenu vieux bat lentement la chamade
La lave tiède de tes yeux coule dans mes veines malades

Le coeur volcan : Paroliers : Etienne Roda-gil / Julien Clerc

Ataraxie

Ma fille, encore une fois, a √©chou√© lamentablement le petit test culturel auquel je l’avais insidieusement soumise. Je lui ai demand√© ce que signifiait le mot ¬ę¬†ataraxie¬†¬Ľ, ce √† quoi elle me r√©pondit, sans se d√©monter : une maladie oculaire (enfin j’adapte, elle n’a pas, comme moi, la passion de l’adjectif pr√©cis, de la saine perversion de l’acribologie). Alors que j’√©cris ces mots, et qu’elle les lit au-dessus de mon √©paule, j’ai droit √† cet anath√®me : ¬ę¬†tu es le pire des papas¬†¬Ľ. Je sais, n’ayant jamais eu l’ambition de l’√™tre, ¬ę¬†papa¬†¬Ľ, je n’ai toujours commis qu’une pr√©tention au r√īle. Il me revient, une fois, un √©change pour le moins insolite o√Ļ un triste sir m’avait trait√© de ¬ę¬†fake¬†¬Ľ, m’arrachant, bien malgr√© moi, un sourire teint√© √† la fois d’ironie et de sinc√®re commis√©ration. J’√©tais tent√© de r√©pondre que l’abus d’anglicisme empruntant √† une culture web qui ne refl√®te qu’un conformisme √† la m√©diocrit√© la plus facile n’√©tait pas la d√©monstration d’une r√©elle capacit√© √† l’analyse psychologique d’autrui, mais j’ai pr√©f√©r√© opt√© pour ce que m’ont appris les choses du droit et de la justice… soit les vertus salutaires du silence. Grand bien m’en prit, par ailleurs.

Etre ou ne pas √™tre, finalement, on en revient toujours √† √ßa. J’ai deux enfants qui sont √† pr√©sent deux adultes, et pourtant, pourtant, ils me traitent et me veulent toujours comme leur patriarche, tranchant les disputes, distribuant les bons points, f√©licitant ou d√©plorant, me refusant la facilit√© de n’√™tre plus que le vieux con qui de toute mani√®re ne comprend plus rien √† rien. Ce soir, alors qu’il y avait de quoi, dans ma journ√©e, me f√©liciter du bon patriarcat que j’avais (encore) involontairement incarn√©, je me suis demand√© si j’arriverais un jour √† cette fameuse ataraxie qui depuis toujours m’a sembl√© le Graal √† atteindre.

La paix de l’esprit, la paix de l’√Ęme, la paix tout court, en ce monde tourment√©, me semble une chim√®re de plus que je ne parviens pas √† abandonner, tant elle est belle.

Parfois, quand me vient l’id√©e de moins en moins √©loign√©e, de ma vieillesse, j’aime √† m’imaginer dans la qui√©tude d’un grand jardin o√Ļ je savoure la lumi√®re du soleil et la beaut√© du r√®gne v√©g√©tal. Loin des conflits st√©riles, loin des fausses idoles, tentant de prot√©ger ce qui reste des vertus et des id√©aux qui m’auront passionn√©s, bien inutilement, toute mon existence. Il y a peu, une personne m’a fait le compliment de voir du panache dans les propos publics que j’avais eu, encore une fois, l’outrecuidance de commettre. J’adore le mot ¬ę¬†panache¬†¬Ľ, autant que j’aime le h√©ros romanc√© de Rostand, mais je suis juste un exalt√© qui n’aura jamais cess√© de vouloir ressentir la fi√®vre de vivre, de le signifier, de l’exp√©rimenter. La trivialit√© d’un monde au mat√©rialisme triomphant n’aura jamais de cesse de me combattre donc il me vient, √† l’usure, l’envie de cette ataraxie qui induit l’abandon des vaines et st√©riles discordes. Quand j’√©tais jeune, on me traitait ¬ę¬†d’√©ternel r√©volt√©¬†¬Ľ. Maintenant, je suis soit aigri soit perch√©, selon l’humeur cruelle ou montagnarde de mon jeune interlocuteur. Soit, l’aigre-perch√© est un chouette nom d’oiseau.

Alors que j’√©cris ces mots, j’√©coute une autre exalt√©e exprimant sa vision romantique et pourtant r√©ellement distordue de la r√©alit√© g√©opolitique. Je suis fatigu√© de ces gens qui d√©fendent leur vieux monde comme s’il fallait le sauver. La r√©alit√© politique, celle qui a pour ambition de nous expliquer l’univers, la vie, les vaches, est tellement d√©lirante, d√©connect√©e du quotidien de chacun qu’il y a quelque chose de comique √† constater l’ampleur du d√©sastre. Cabrel, dans sa grande chanson, ¬ę¬†la Corrida¬†¬Ľ, le disait tr√®s fac√©tieusement mais aussi tr√®s justement : ¬ę¬†est-ce que le monde est s√©rieux ?¬†¬Ľ A vrai dire, il se prend surtout beaucoup trop au s√©rieux quand il nous raconte des conneries, la n√©vrose de ces gens-l√† devient r√©ellement de plus en plus effrayante, entre l’illumination et le fanatisme toujours louche.

Ataraxie, tu sonnes comme le nom d’un pays qu’il me serait bon de d√©couvrir. Je laisse les Eldorado aux fils de pie, divers et vari√©s, dont le cŇďur ne bat que pour ce qui brille et qui luit. Je te r√™ve verte, douce et silencieuse, ouverte aux symphonies paisibles des oiseaux qui ornent tes arbres et qui pars√®ment tes cieux. Je t’imagine avec quelques rares humains qui ont lu Pr√©vert et qui ne d√©daignent pas Victor Hugo, qui ont laiss√© leurs valises d’ego √† la rade du petit port qui cl√īt le seul acc√®s qui demeure vers un monde √† jamais perdu.

Ataraxie, tu m’√©voques le nom d’une maladie qui m’a pris il y a longtemps et qui m’oblige jour apr√®s jour √† subir la violence d’un syst√®me dont la triste obsession est sa volontaire et m√©thodique auto-destruction. Les vains plaisirs dont les bons vins ne font plus que s’√©venter ne parviennent plus √† me sauver par leur douce √©bri√©t√©. Est-ce toi que d√©crivait le d√©sert d’Alceste ? Est-ce toi ce pays pour les vieux hommes dont pourtant des cin√©astes r√©cents ont vant√© l’inexistence (Ah, que j’adore ce film !) ?

Ataraxie, tu sonnes comme le nom d’un vaccin qui n’aurait pas besoin de booster ni de propagande pour immuniser √† la souffrance. Ataraxie, tu es mon cinquante au scrabble, m√™me si j’aurais besoin d’un ¬ę¬†a¬†¬Ľ ou d’un ¬ę¬†e¬†¬Ľ pour esp√©rer te placer. Ataraxie, tu es le nom de la fille que je n’aurais jamais, parce que dans le fond, ce serait cruel d’infliger √ßa √† un individu vu le futur qu’on lui r√©serve. Ataraxie, je n’aurais plus qu’√† t’affubler d’un ¬ę¬†y¬†¬Ľ en conclusion pour faire de toi le titre parfait d’une oeuvre qui serait, naturellement, g√©niale, et de par l’anglophonie, usuellement universelle.

Allez, tr√®ve d’anataraxie, j’avais juste envie de d√©fouler la plume, histoire de clore une journ√©e de plus au pays des fous, en d√©diant ce billet √† ma fille ch√©rie !

L’ensemencement des nuages

J’ai eu l’insigne d√©shonneur de travailler dans le sinistre domaine de la chimie, et l’anecdote √† ce sujet fut ma propension √† ne d√©tenir aucun produit de cette entreprise √† mon domicile. Quand j’essaie de comprendre les choix de ma vie professionnelle, je dois conc√©der que souvent je fus, comme la majorit√© d’entre nous, entra√ģn√© dans une logique absconse qui nous fait croire que l’important c’est l’acquisition d’un moyen de survivance aux d√©pens de nos valeurs et inspirations profondes. Je ressens un peu de honte √† pr√©sent, une honte diffuse, que je me pardonne en me disant qu’il faut du temps pour y voir clair dans ce monde compl√®tement v√©rol√© par ce que j’appellerai la vieille mentalit√© europ√©enne, pour ne pas dire, au vu du contexte actuel, europ√©iste.

[/le HS habituel ou digression intempestive ]

Il y aurait beaucoup √† dire √† ce sujet, fascinant, sociologique et historique, presque vertigineux, qui explique et clarifie la psychologie profonde de nos soci√©t√©s se d√©crivant, s’annon√ßant, se d√©finissant, comme ¬ę¬†occidentales¬†¬Ľ. Pour √™tre bref, car en ce samedi matin pour le moins jaune (je m’expliquerai apr√®s), personnellement je comprends le monde moderne comme la pouss√©e d’une mentalit√© europ√©enne, c’est-√†-dire issue des principaux pays de la vieille Europe… une mentalit√© qui va engendrer les Etats-Unis d’Am√©rique (une f√©d√©ration et pas une nation), engendrer un colonialisme purement cupide et n√©vrotique, deux putains de guerres dites mondiales (en cette id√©e tr√®s ethnocentriste que l’Europe est le monde), le nazisme, l’ultra-lib√©ralisme et en accomplissement merveilleux un march√© europ√©en dont nous appr√©cions √† pr√©sent tous les miracles qu’il nous procure. Non, je ne suis pas ¬ę¬†woke¬†¬Ľ, je ne serai jamais de gauche (et encore moins du centre ou de droite, m√™me pas en marche arri√®re), je ne milite pour aucune cause (je serai davantage dans une vision holistique ; sinon que pour moi tout ne tient qu’√† une logique du sparadrap), et je n’ai aucune envie de me battre contre ce que je repr√©sente symboliquement comme le mur de la connerie. J’estime encore, j’estime toujours, que le salut ne peut √™tre que collectif… personnellement, comme je le r√©p√®te √† mes enfants, j’ai l’impression d’avoir √©t√© ali√©n√©s parmi des fous, sans espoir de sortir de l’asile qui est notre monde. Et il n’y a qu’√† regarder la fin de Vol au dessus d’un nid de coucous pour comprendre comment √ßa va se finir.

[/fin du HS habituel ou digression intempestive ]

Ce matin, je me l√®ve tranquillou, et comme souvent je vais sur la terrasse pour savourer mon petit caf√© tout chaud, et l√†, je constate que le ciel, que tout, est recouvert d’un voile jaune. Encore √† pr√©sent, alors qu’une heure s’est √©coul√©e, tout ressemble √† une mauvaise production filmique qui abuserait d’un filtre jaune pour donner un peu de cachet √† une photog√©nie sans inspiration. J’ai une sainte horreur de √ßa au cin√©, mais dans la vie c’est encore plus terrible. Hier soir, alors que j’allais chercher mon fils, j’avais d√©j√† constat√© que le soleil, √©trangement, √©tait moins brillant qu’√† l’accoutum√©e, ph√©nom√®ne √©trange qui a m√™me pouss√© mon fils, un instant, √† se demander s’il ne s’agissait pas de la lune. Ce matin, donc, continuit√© du ph√©nom√®ne, me poussant (√† mon tour) √† m’interroger sur les raisons potentielles, bien entendu rationnelles, physiques ou techniques qui pourraient provoquer un tel spectacle. J’ai bien cru voir, rapidement, l’impact d’une temp√™te quelque part dans le monde provoquant le we compliqu√©, m√©t√©orologiquement parlant, que nous entamons, mais il y aussi l’√©vocation en mon for int√©rieur de ce qui est gracieusement baptis√© sous l’expression ¬ę¬†d’ensemencement du ciel¬†¬Ľ chez (ou dans le) wikip√©dia.

Donc ce matin, je suis all√© faire un tour sur wikip√©dia, pour consulter un peu ce qui y √©tait dit. Et l√†, l’√©merveillement de constater les vieux ressorts de cet esprit europ√©en qui se caract√©rise par l’abus de sophismes et autres syllogismes pour vendre l’invendable. Je me rappelle une discussion anim√©e avec ma fille qui comme argument supr√™me m’avait sorti celui des fameuses √©tudes, n√©es d’esprits sup√©rieurs, qui conc√®dent de vulgariser un peu de leur intelligence elle-aussi sup√©rieure, pour expliquer aux singes pourquoi leurs bananes sont √† la fois jaunes et bonnes. J’adore quand l’√©tude, g√©n√©ralement dans ses conclusions, utilise la formulation que ¬ę¬†rien n’indique que¬†¬Ľ pour induire une v√©rit√© qui n’en est donc pas une (l’absence de preuves ne faisant pas preuve). Apr√®s cette courte introduction sur la manipulation par la savante formulation, je vous laisse appr√©cier ce court passage concernant la toxicologie (potentielle, hein ? Je ne voudrais pas sombrer dans l’orni√®re sordide du complotisme pour complaire √† l’abruti z√©t√©ticien) par l’iodure d’argent (utilis√© comme levier chimique) – donc source copyright wikip√©dia :

En France, en 2013, l’ANELFA (association nationale d‚Äô√©tudes et de lutte contre les fl√©aux atmosph√©riques) indique (concernant les diffuseurs d’iodure d’argent dans les vignobles) ¬ę l‚Äôiodure d‚Äôargent ainsi diss√©min√© ne repr√©sente aucun risque √† ce niveau de concentration (1 000 fois inf√©rieur au seuil critique de toxicit√©). En 2005, le gouvernement fran√ßais a indiqu√© ¬ę aucune √©tude n’a √©t√© en mesure de d√©montrer un quelconque effet nocif. 

Source

Ce matin, en regardant le ciel, tout √ßa a compos√© un gros cumulonimbus mental qui m’a pouss√© √† √©crire ce petit article. Car en me demandant pourquoi tout √©tait jaune, j’ai inclus normalement des causes physiques purement naturelles (du sable en altitude ? un dieu quelconque qui aurait utilis√© un filtre de couleur sous son photoshop divin ?), puis m’est venu subrepticement la potentialit√© d’une nouvelle interaction humaine dans notre soci√©t√© qui joue avec la chimie en constatant tr√®s, trop souvent, √† posteriori les cons√©quences de certaines utilisations. Sujet sensible, car le hasard (ou presque) a voulu que j’ai toujours eu les dents l√©g√®rement jaunes, ce qui n’a pas provoqu√© un complexe mais a quand m√™me cr√©√© un l√©ger sentiment d’injustice vu que je n’ai jamais fum√© (ce dont me soup√ßonnais les autres quand j’√©tais jeune adulte) et bu du caf√© sur le tard (dans la trentaine). La raison (qui finalement n’a rien √† voir avec le hasard) ? L’utilisation d’antibiotiques √† base de tetracycline qui ont ainsi color√© mes dents avant m√™me que les d√©finitives √©mergent. La vie m’a donc enseign√© dans le dur, √† chaque fois qu’un miroir me renvoie mon sourire, la connerie inh√©rente √† cet abandon total aux vertus de la chimie. Cette m√™me chimie qui gu√©rit miraculeusement au fur et √† mesure que des nouveaux cancers plus ou moins foudroyants √©mergent. Cette m√™me chimie qui assassine des agriculteurs pour l’√©ternelle bonne cause de la productivit√© triomphante (et n√©cessaire √† l’accumulation de brouzoufs, but supr√™me de notre humanit√© actuelle). Cette chimie qui est dans chaque chose ou presque qui est vendue dans les grandes surfaces, que ce soit au niveau des emballages ou du contenu. Cette chimie qui fait que nos meubles nous polluent la gueule chaque jour, demandant √† mes petites plantes vertes d√©polluantes des efforts dont je les remercie encore (hommages √† mes pothos, ficus, et autres spathiphyllums).

Apr√®s, j’adore le jaune, j’√©cris tout √ßa sous ma reproduction du baiser de Klimt (sur lequel je pourrais gloser longuement) et en regardant par la fen√™tre le joli parterre de pissenlits qui a surv√©cu au passage r√©cent du z√©l√© jardinier qui a tout ratibois√©, mu par cette obsession √©trange que rien ne d√©passe. Simplement je l’appr√©cie √† petite dose, de mani√®re naturelle et parcimonieuse, comme la nature sait si bien le faire. Je suis trop vieux pour m’inqui√©ter de l’impact de cette entropie chimique, je suis m√Ľr pour avoir √† mon tour mon cancer et j’entre dans la fen√™tre du tirage de r√©v√©rence plus ou moins dans l’ordre des choses… mais j’ai peur des impacts de cette folie n√©vrotique qui pousse, toujours pour des affaires de cupidit√©, pardon, financi√®res, √† griller les √©tapes. J’ai peur que des g√©n√©rations futures ne voient plus le jour se lever, clair et limpide, avec un vilain filtre jaune recouvrant tout, toujours, tout le temps. Je suis peut-√™tre parano ce matin, peut-√™tre d√©faitiste, peut-√™tre pessimiste, mais l’hubris permanent qui r√®gne sur nos soci√©t√©s d√©cadentes ne me motive pas √† changer d’√©tat d’esprit. Il a fallu que des dents deviennent jaunes pour qu’on retire certains m√©dicaments du march√©… j’esp√®re qu’il ne faudra pas constater que le ciel est vert pour que cesse la volont√© m√©galomane de dominer les nuages et la m√©t√©o.

Il y a une v√©rit√© que je sais et qui pour moi n’est pas contestable : tout est syst√®me, tout fait syst√®me. Chaque modification, m√™me infime, peut avoir des cons√©quences globales. Le nier, ne pas le comprendre, consid√©rer √ßa avec l√©g√®ret√©, est une forme de stupidit√© cons√©quemment crasse. Pourtant, c’est ce que je constate chaque jour en √©coutant les actualit√©s, en entendant les d√©clarations d’id√©ologues illumin√©s (ou corrompus, au choix), sombres pyromanes t’expliquant avec la conviction profonde qu’un peu plus de napalm devrait finir par forclore l’incendie.

Bon WE de P√Ęques quand m√™me, ne marchez pas trop sur des Ňďufs ;-].

La répartition des prestations sociales en France

Bon, je dois bosser sur mon storyboard et les dialogues, mais j’ai commis l’erreur de mettre une radio en fond pour entendre une fois de plus que la responsabilit√© (un peu partag√©e quand m√™me) du d√©sastre √©conomique actuel en France est (en r√©sum√©) en grande partie celle du peuple qui est un peu trop assist√© (√ßa se voit un peu avec tous ces SUV qui circulent de partout, chanceux vainqueurs du miracle de la mondialisation).

Et si au lieu d’√©couter les comm√®res (qui nous ressassent que ce sont nous les grands responsables du d√©sastre en louchant sur les pauvres, les d√©munis, les ch√īmeurs pour expliquer √† peu de frais les victimes expiatoires, on allait voir des statistiques sur la question ? Cet √©dito r√©p√©tant encore la rengaine habituelle disant c’est encore le peuple et pas ses dirigeants qui sont fautifs, je me suis motiv√© √† aller faire un tour sur Google avec les mots cl√©s ¬ę¬†statitiques r√©partition prestation sociales France¬†¬Ľ . J’ai d√©bouch√© sur le site statitica.com, un site produit par des allemands ce qui ravira les europophiles germanomaniaques. Et donc, je suis tomb√© sur une page sur laquelle un petit diagramme circulaire nous apprend que les cibles habituelles cit√©es plus haut repr√©sentent pour 2022 moins de 10% des prestations, sachant que dans ce segment le ch√īmage est en fil de t√™te avec 4,8% (rappelons que l’assurance ch√īmage se finance essentiellement par les cotisations des travailleurs – logiquement, √† moins qu’il y ait une information que j’ignore, √ßa ne doit pas peser sur le budget de l’Etat, mais je peux p√™cher avec ignorance. La CSG repr√©sentant la part de l’imposition assum√©e par l’Etat, elle est r√©alis√©e essentiellement sur les revenus d’activit√© et de remplacement…. donc les allocations ch√īmage. Oui, Madame, c’est √ßa la France).

Le gros poste demeure la cat√©gorie (je cite) ¬ę¬†Vieillesse-Survie¬†¬Ľ avec 54,2% et ¬ę¬†Sant√©¬†¬Ľ avec 37,5%. En r√©sum√©, et pour faire dans la m√™me caricature que ces √©ditos en forme de discussions de comptoir (exemptant l’excellent Alexis Poulin qui fait un admirable travail de lutte contre ce type de doxa – d√©couvrez d’urgence le Monde moderne), ce sont les vieux et les malades qui nous co√Ľtent ; vu que nous n’allons plus soigner les derniers et qu’il y aura de moins en moins des seconds (faute de soin et gr√Ęce au recul de la retraite qui va nous en d√©caniller un ou deux avant le salutaire passage), pas d’inqui√©tude car tout devrait s’arranger assez rapidement.

C’est peut-√™tre √ßa la logique perverse de ce gouvernement apr√®s tout. Enfin, quand un pays n’a presque plus aucune ressource industrielle avec une tiersarisation √† l’extr√™me d’une √©conomie sous d√©pendance extr√™me de son importation, il ne peut pas y avoir de miracles. Ah, on me souffle dans l’oreillette qu’il y a encore votre √©pargne √† choper. Le meilleur reste donc √† venir.

Allez, je m’y mets.