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Eschatologique

Qu’on me pardonne ce titre tragique et un poil ésotérique, mais m’interrogeant sur l’ambiance générale actuelle, du moins de mon petit point de vue d’être humain, accessoirement français, petite fourmi dans ce vaste monde, c’est ce qui m’a semblé le plus pertinent. Après, j’aime utiliser des termes où l’exagération le dispute à la dramatisation… mais oui, il y a comme un air de fin du monde ce matin, une fin du monde tranquille, paisible, qui vient tout doucement, en nous caressant la tête tendrement, histoire de nous pousser délicatement vers le bord du précipice en nous souhaitant, ironie ou délicatesse, bonne nuit.

Je reste toujours optimiste, c’est ma terrible nature, mais j’avoue que je constate, d’année en année, de mois en mois, de semaine en semaine, de jour en jour (j’arrête ici l’énumération du lexique calendaire), l’absurdité d’un système qui ne vit plus que pour lui même sans aucune véritable considération pour ses décisions les plus ineptes. Non, je ne parlerai pas ici de la retraite, ça me semble abscons de toute manière de reposer sur un principe qui lui-même vient d’un autre temps complètement révolu, mais bien du marché de l’énergie. Ce matin, levée matinale comme trop souvent, et je tombe sur notre monarque suprême qui semble découvrir l’aberration de l’indexation du cours de l’électricité sur celui du gaz. Il lui reste donc, avec quelques années de retard, à découvrir le fonctionnement inepte du marché en lui-même, qui fait d’un pays premier producteur en électricité au monde, la victime consentante, le sacrifice volontaire, d’une fiction aussi délirante que l’Europe. Tentons la métaphore… c’est un peu comme si les pays producteurs de pétrole s’engageaient à vendre leur or noir à un prix bas, sacrifié, pour que d’autres le vendent bien plus cher. Et oui, ça ne fonctionne pas trop comme ça, et encore, ma métaphore est encore imparfaite car il y a beaucoup à dire sur le coût réel de l’or noir, dont la valeur n’est pas relative au coût de son extraction ou de son transport, mais bien de sa valeur en considération de sa prépondérance, de son importance, dans nos sociétés énergivores.

Ce délire économique va avoir des conséquences terribles dans les prochains mois sur l’économie française, notamment les entreprises, qui vont voir les postes sur l’énergie exploser en termes de charges. Vraiment, je ne comprends pas comment une prétendue élite peut voir venir d’aussi loin l’iceberg sans se dire que la coque ne va pas aimer du tout l’impact. Alors nous avons la prévisible, pathétique et misérable, concentration des moyens de contrôle pour endiguer les révoltes logiques, mais… et après ? Opprimer pour contrôler, décourager, désespérer, c’est une phase qui, bien que révoltante et moralement méprisable, peut induire tout de même une forme de vision et de planification… mais détruire le tissu économique en faisant les choix les plus pyromanes et les plus insensés, provoque, du moi chez moi, une réelle sidération. Cui bono ? Je ne veux pas céder aux sirènes du complotisme (Davos n’existe pas) mais sommes-nous dans la triste réalité d’une complète xénocratie qui planifie tranquillement le pillage et la destruction de notre pays dans une totale impunité ?

J’attends depuis des années un sursaut, pas que du peuple sur lequel les commentateurs passent leur temps à vouloir balancer le fardeau, comme si la démocratie était véritablement en cause (quelle blague), mais bien du monde entrepreneurial qui reste un des poumons du pays. A force de s’entendre répéter que le pire ce sont « les charges salariales », trop lourdes, ce monde là n’a pas vu venir l’apocalypse énergétique. Il arrive pourtant, les boulangeries n’étaient que la première ligne à encaisser le choc, des scandales en chaîne qui font les beaux jours des commentateurs sans qu’encore une fois des mesures soient prises pour éviter les drames ou les faire cesser. On s’indigne, c’est facile et ça ne coûte pas cher, mais on sert le thé à l’invité en fronçant les sourcils, car de nos jours la révolte se veut toujours polie et jamais agressive.

Pourtant, nous y allons vers ce triste choix… celui qui consiste à respecter les règles ou les enfreindre. Mon récent billet s’intitulait irrévérence… je pense aux trois discours sur la condition des grands de Pascal. En même temps, je me demande si climatiquement, si écologiquement, il nous reste suffisamment de temps pour réfléchir et enfin agir. Le plus terrible là-dedans, c’est de constater le niveau de destruction et de malfaisance, littéralement nié par un narratif qui continue à fredonner le meilleur des mondes comme si nous y étions. Souvent, je dis à mes enfants que je suis déjà mort, ce qui n’est pas faux. J’ai passé plus de la moitié du parcours, je n’ai pas à m’inquiéter, personnellement, du monde que je vais laisser. Pourtant, quand je constate l’anxiété, la perte de repère, la candeur entretenue de la génération de mes enfants, je ressens une profonde honte. Je me rappelle une collègue de bureau, mère de deux jeunes enfants, il y a quelques années, quand j’avais osé publiquement dire tout ça… « Après moi le déluge », m’avait-elle répondu dans un rire. Choqué, atterré, je m’étais tu, ce qui n’est pas ma nature. Mais cet égocentrisme foncièrement coupable prend actuellement des proportions, provoque des conséquences, qui font de notre société des irresponsables destructeurs de monde.

Pourtant, je ne crois toujours pas dans les anathèmes voire les extrêmes. Non, le capitalisme n’est pas en soi mauvais. Le consumérisme non plus. L’erreur repose sur l’excès, sur cet hubris qui nous pousse à corrompre tous les principes que nous mettons en place pour faire fonctionner nos sociétés. Il est possible de mettre de la vertu et de la bienveillance en chaque principe ou système que nous créons. La faillite actuelle n’est pas le fait de nos idéologies mais bien des élites qui se prévalent pourtant, et cyniquement, d’une intelligence et d’une perspicacité sans cesse auto-proclamée et glorifiée.

Regarde-le ton monde, et dis moi, rien ne te choque ? La fable du prince, affalé sur son trône d’or, qui dit au pouilleux dans sa boue : « finalement, entre toi et moi, il n’y a pas tant de différence que ça. Humain tous les deux, coupables des mêmes vices, nous partageons la responsabilité de notre incapacité à discerner finement ce qui est bien et ce qui est mal ». C’est cette parole, accaparée, fausse et qui se veut incantatoire, qui est la cause de tout. Il est pourtant dangereux de penser que le pouilleux n’a que les mots pour s’exprimer, car c’est croire que le débat s’arrêtera dans l’arène de la parole, de l’expression, de la réflexion… avec le confort de se dire qu’on aura toujours en face un adversaire désarmé.

Eschatologique. Apocalypse. Crisis. Qu’il est amusant de constater combien ces mots d’origine grec ont vu leur sens dévoyé avec le temps. Il est peut-être temps de retrouver l’aletheia des philosophes grecs qui disaient que sans poursuite de la vérité, il ne pouvait y avoir de discours valables et respectables.

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Irrévérence

Je suis malade, chose très rare, mais du coup ça fait quelques jours que j’attends, impatiemment d’aller mieux. Méthode Coué à fond les ballons, mais à vrai dire rien n’y fait. Je suis las et je n’ai pas cette énergie qui me caractérise. Alors je me dis que je vais aller bloguer un peu, histoire de.

Ce ne sont pas les sujets qui manquent… au rayon vidéo, j’ai été enthousiasmé par la nouvelle série de Nicolas Winding Refn, Copenhagen cowboy que je recommande chaudement. Affalé sur mon oreiller à peu près toute la journée de samedi, j’ai bingwatché (dévoré) la série en m’extasiant souvent sur les choix de réalisation. J’avais maté la veille the Pale blue eyes de Scott Cooper que j’ai trouvé remarquable mais pas autant que son Hostiles qui m’avait subjugué quelques années avant. Hier soir j’ai fini Peacemaker sur Prime du trublion James Gunn que j’ai, bien malgré moi, beaucoup aimé. Partant d’une critique négative soulignant la vulgarité du propos (des mots gros) et de la forme (du sordide à la pelle), je n’ai vu pour ma part que du James Gunn. Du coup ça me donne l’envie de découvrir son Suicide Squad que j’ai boudé à l’époque en raison d’un agenda bousculé. Il y a plein de petites péloches qui m’emballent régulièrement, dont personne ne parle vraiment, et que je pourrais à terme mettre en lumière dans des productions Youtube (par exemple, Long Week-end sur Prime que j’ai découvert après avoir acquis son remake, ou Shimmer lake sur Netflix que j’ai croisé dans les recommandations tout à l’heure). Enfin, vu le boulot qui m’attend cette année, je ne vais pas commencer à trop m’en demander.

Au rayon politique… comment dire ? Hier matin il y avait l’édito du Monde Moderne animé par l’excellent Alexis Poulin qui était dans un état presque dépressif en considération de l’apathie généralisée. Je continue mes commentaires assassins quand je vois de la propagande honteuse mais je comprends que certains aient la tentation de baisser les bras. Plus que jamais, il faut sortir des illusions de la Khimairacratie qui renvoie à un de mes récents billets. Il y a dans notre beau pays (sisi) cette vanité d’un passé glorieux comme si nous étions tous issus d’un peuple et d’une culture dont la nature combative et vertueuse ferait partie intégrante de notre ADN. Se croire ou être, nous y sommes, et dans les faits il faut bien convenir que ce n’est pas très glorieux.

Au rayon philosophie du pauvre (ce n’est pas un crime de ne pas être riche non plus), en écoutant la chronique de Thomas Porcher commentant ce jour la réalité de la nécessité d’une retraite repoussée versus la réalité sociologique, un mot m’est venu que j’ai donc utilisé pour nommer ce billet : « irrévérence ».

Tandis que j’écris ces mots, mon fils m’envoient une suite de SMS pour me dire qu’il a commencé à voir Full Metal Jacket de Kubrick. J’en profite pour lui expliquer que dans presque tous les films de Kubrick, il y a une critique systémique et la dénonciation du processus de conformation. Et j’en reviens à ce que je veux écrire ce jour sur ce blog, soit la nécessité de l’irrévérence pour sortir de cette triste spirale. J’ai toujours essayé d’enseigner à mes enfants les vertus cardinales de l’irrévérence, sans jamais vraiment y parvenir. Ils sont insolents et ont développé leur propre personnalité, mais ils n’ont pas forcément le réflexe de tout discuter et de tout interroger. Rien de pire dans nos sociétés que ce réflexe d’obéissance, qui est défini comme une vertu par ceux que ça intéresse. Un paradoxe de cette société qui exige l’obéissance la plus extrême tout en encourageant les bas instincts les plus primaires. Ce qui nous donne cette société manichéenne où à longueur de temps des éditorialistes nous expliquent ce qui est bien ou mal, ce qu’il faut bien penser et surtout pas mal penser. Jamais nous n’aurons été dans cette sorte de monologue médiatique où les intervenants se succèdent pour appuyer la même idée avec le dogmatisme ou le petit doute nécessaire pour faire croire que vous êtes trop con pour ne pas avoir atteint leur haut niveau de conscience. Certains imaginaient un totalitarisme violent et autoritaire. Nous en avons un qui est à la fois condescendant et vicieux. De ce refrain constant du « ils sont trop cons pour comprendre ce qui est bon pour eux ».

L’irrévérence est pourtant le seul recours dans un monde où les règles sont écrites non pas pour rendre le jeu équitable mais bien truqué. Je pense à tous ces jeunes qui sont suffisamment intelligents, malgré le réel processus de médiocratisation, pour comprendre l’escroquerie. La vénération volontaire, travaillée, exigée, par nos élites, est maintenant à défier pour oser imaginer notre propre société autrement.

Un premier pas avant de rêver, peut-être, le reste du monde. Qui sera bien meilleur que ce qu’il nous est donné de constater à l’heure d’aujourd’hui, malgré les ébahissements des orateurs qui interprètent toujours tout comme si nous étions dans une sorte d’apogée civilisationnelle, là où il n’y a que décadence et corruption.

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De l’influence.

Ce matin, une émission courte mais sidérante sur France Culture : « Comment encadrer le secteur des influenceurs ? »

C’est effrayant d’entendre ce genre d’émissions, où on valide des catégories comme si elles étaient des vérités… « Influenceurs » ça ne veut rien dire, c’est juste, à la limite, du jargon marketing pour mettre une couche de vernis sur ce qui a toujours existé avec la sainte profession de critique. Van Gogh n’a jamais été reconnu pour son talent du temps de son vivant, ce drame n’a pourtant pas inspiré les forces publiques pour modifier cette tyrannie du bon goût qui tous les jours normalise l’injustice de la subjectivité. J’adore comment on débute le propos en angélisant la profession de critique… Depuis toujours des critiques véreux ont menti à leur public en faisant les beaux jours de leurs commanditaires, jamais il n’a été question d’encadrer malgré tout ces professions liées à la « recommandation », et je ne parle même pas des politiques qui ne respectent pas leurs promesses et leur programme. Je ne parle même pas de la publicité, car en résumé, ce qui est reproché aux « influenceurs » c’est donc bien d’en faire de manière « inapropriée ». Comme si la publicité était depuis toujours loyale et objective, jamais mensongère et manipulatoire.

La liberté ce n’est pas donner des moyens de contrôle, c’est contrevenir aux abus. Quand on veut prévenir les choses en créant des organismes ou des lois chargés de le faire, ça n’engendre que de la corruption ou des abus de pouvoir, de la censure et le tapis rouge à la propagande. Mais c’est peut-être le but, hein ? Sous couvert d’agir pour l’intérêt général et le bien des imbéciles, on se débrouille pour légalement verrouiller l’accès à ce qui aura droit de parole.

Arrêtez de vouloir imposer aux gens quoi penser, quoi vouloir, quoi rêver, ce n’est pas de la raison, c’est du totalitarisme. Informez loyalement, non à coups de propagandes téléguidées par des intérêts privés, marchands, qui justement réduisent des individus à n’être considérés que comme des « consommateurs », terme suremployé dans cette émission.

Pas la peine de créer des commissions ou des organismes pour « contrôler » et « valider » ce qui demeure, dans le cadre d’un réseau social comme Youtube, un acte d’expression personnel (car ici on n’entend que la partie commerciale, mais quid du discours politique, systémique ?). Développer l’esprit critique par la connaissance et la réflexion devrait être la solution proposée, pas cette vision qui réduit l’individu à une sorte d’animal stupide… si stupide qu’il faille avant tout limiter son choix et sa liberté du fait de son incapacité d’en faire bon usage.

Derrière cette fausse thématique de l’influence, il y a la tragédie banale d’un consumérisme désigné comme seule ambition existentielle. Si une personne immature regarde un contenu produit par une autre personne immature, il suffit de circonvenir à cette immaturité, pas enfiler un collier de dressage à leurs cous pour les contraindre comme des bêtes.

Une émission qui débute bien avec le rappel sain que le service public doit « éduquer ». Dommage que ça se termine en une énième version d’Orange Mécanique.

Au niveau rhétorique, c’est quand même un cas d’école… je me demande si je ne vais pas finir par faire du décorticage sémantique et sémiologique pour démontrer la malhonnêteté du propos. Enfin, c’est toujours le même processus : on prend un cas précis qui est transformé en « stéréotype » pour se donner l’occasion de créer une loi qui permettra de déborder, un peu, sur sa mission première. « Il va falloir », « contrôler », « Digital Service Act », « Signaleur de confiance »… tout un chouette programme à venir.

Allez, la vidéo, que je viens de regarder pour la quatrième fois, histoire de bien me faire mal.

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Y a quand même une bonne nouvelle dans tout ça.

Le prochain DLC de Deadcells vient d’être annoncé, ça va faire plaisir à mon fanboy de fils qui aime un peu trop la série Castlevania ! Et en plus ça vient d’un studio de chez nous, donc 40 ans après Ulysse 31 ça fait du bien une coop francojaponaise 🙂

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Exemple d’Usine marémotrice

Écoutant ce matin, un peu contrit et beaucoup navré, le chaos autour de la crise énergétique que nous traversons (qui, attention, à deux visages : il y a une crise du marché de l’énergie, encore et toujours en proie des phénomènes spéculatifs (qui sont un fléau dont nous payons littéralement le prix fort) et une crise de la production de l’énergie avec les conséquences néfastes d’une totale incompétence politique sur le sujet (à vérifier, mais apparemment nous payons 6 millions d’euros pour une heure d’énergie importée, principalement d’Allemagne qui a boosté pour le coup une des sources de pollution les plus terribles, ses usines à charbon).

Alors, je voudrais juste faire écho à ce que j’évoque depuis des mois sur ce site et ailleurs, l’alternative de la production d’énergie via des solutions se basant sur une logique marémotrice. Je ne considère pas que l’exemple dont je vais parler et la seule solution par ailleurs, je pense qu’il y a certainement d’autres possibilités à venir et à imaginer (surtout pour les zones littorales) mais c’est déjà une démonstration d’une énergie verte, constante et parfaitement fonctionnelle. Il y a quelque chose de navrant à ne voir, toujours, qu’une stupide opposition entre l’énergie nucléaire et la solution éolienne… mais il est compréhensible que dans le cadre de lobbys il vaut mieux, toujours, créer un narratif manichéen pour choper des parts de marché.

Allez, exemple de l’Usine de la Rance, dispo sur le site d’EDF, à découvrir pour imaginer et explorer d’autres pistes pour notre pays riche de sa position géographique et de son capital naturel (écosystème).

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Les papillons noirs d’Olivier Abbou

Il est des fois terribles qui m’obligent à sortir de mon ego trip pour rendre un peu au reste du monde. Et bien que j’ai déjà oeuvré ce jour en cette terre digitale, je me dois de revenir pour rendre un vibrant hommage à la série d’Olivier Abbou, disponible sur Netflix, qui est tout simplement magistrale (apparemment c’était diffusé sur Arte à la rentrée, mais vu que je ne regarde quasiment plus la tv, je l’aurais manquée). Magistrale, c’est le bon mot, je n’exagère rien… même si c’est un tantinet ma nature, pour le coup c’est même parfaitement adapté. Tout, absolument tout, me semble parfait, si la perfection est une notion qu’on peut aplanir un peu pour la rendre accessible à nos valeurs de simples mortels. Pourtant je suis tatillon, par exemple je ne crois pas qu’on puisse en 28 kb envoyer un texte relatant des aveux écrits durant des heures, c’est mon petit coté technicien des médias qui pour le coup a noté, mesquinement, la chose. Pour le reste, pour cet infime détail tellement mineur que j’avoue ressentir un peu de honte à l’avoir cité (mais fallait bien que j’étale un peu de conficulture marketing au passage), tout est du très haut niveau. L’histoire ? Géniale. L’actorat ? Digne d’une production ciné, on s’attache et on s’arrache en suivant des protagonistes à la fois complexes, humains, faillibles, crédibles dans leur odyssée ténébreuse. La mise en scène ? Ludique et créative, il faut vraiment avoir le petit doigt en crise de sciatique pour oser émettre des réserves ou des minables haussements de sourcil. La musique, l’image, le son, les éclairages, le découpage, le décor, tout est vraiment admirable. Allez, pour moi qui ait vécu un peu dans les seventies et beaucoup dans les eighties (et oui, je suis vieux ou immortel au choix – mes enfants commencent à pencher pour la seconde solution mdr), il y a un peu de la caricature dans certains flashbacks… mais encore, vu qu’une des thématiques tient de la manipulation via la narration (un sujet bien d’actualité, si j’ose dire), ça tient la route tant la dimension à la fois onirique mais aussi fantasmatique du récit fait partie de la trame même de l’intrigue.

Non, je n’ai rien à dire, j’ai adoré, et pour tout avouer, je n’avais pas autant adoré une série depuis les sermonts de minuit de Flanagan en début d’année. Après, je ne suis pas très série, il faut vraiment que ça m’accroche pour que je la suive et surtout que j’en vois le bout. Là, y a 6 épisodes qui se dévorent, qui se dégustent, comme un grand cru trouvé par hasard au rayon promo d’un supermarché lowcost. Pas que je critique Netflix, au contraire même, je regrette cependant que la qualité globale ne soit pas au niveau de cette production française qui rend fier de ses créateurs, Olivier Abbou et Bruno Merle.

L’histoire, rapidement car je ne veux pas divulgacher quoi que ce soit, nous raconte la rencontre entre un écrivain souffrant de la malédiction de la page blanche et un vieil homme, pur quidam, qui le missionne pour écrire ses mémoires. Le doux retraité à la mèche toujours romantique est joué par Nils Arestrup, parfait, et l’écrivain par Nicolas Duchauvelle qui livre, à l’instar de l’intégralité du casting, une grande prestation (mais la sienne était tout de même si périlleuse qu’elle ne peut susciter qu’un profond respect). Après, ça part rapidement en vrille quand le vieillard se présente, au fil des souvenirs, comme un tueur en série que la justice n’aura jamais rattrapé.

Je ne dirais plus rien, il ne faut d’ailleurs rien sourdre du reste, tant la narration est un miracle de mécanique scénaristique. Souvent, je peste à voir soit les fils du marionnettiste ou des procédés archétypaux avec de la psychologisation à la petite semaine (« Oh, le vilain psychopathe ! »). Même de ce coté là, la fin est à mes yeux merveilleuse tant les auteurs ont saisi la fine limite entre le monstrueux et le sublime. L’échange final, entre le vieillard et l’objet de sa passion, est en soi un bijou, l’illustration fine et belle de ce qu’on pourrait, humblement, considérer, comme le véritable amour. Allez, j’avais pas autant pris mon pied, sur la question, depuis la fin de Max et les ferrailleurs ou Quelques jours avec moi du génial Claude Sautet (que j’adore, comme on le devine amplement).

Aimer tient-il du contrat social ou de la sublimation des sentiments ? Vous me ferez 6 pages, je ramasse dans deux heures.

Je pourrais me faire plaisir à expliciter toutes les raisons qui font mon enthousiasme, mais vu que récemment j’ai encore été victime d’un critique empressé de vouloir démontrer son extrême finesse aux dépens de mon plaisir de spectateur, je ne dirais plus rien (sauf sous la torture ; ce n’est pas pour rien que j’ai clos les commentaires). Les Papillons noirs c’est juste un coup de maître, c’est un chef-d’oeuvre, et je n’ai pas peur ni de l’écrire ni de le prétendre, car si je dois manifester mon enthousiasme pour rendre justice à cette série magnifique, ce n’est plus de l’ordre de l’utilité mais bien du redevable hommage.

Sur ce, en dessous le trailer, et re-bon dimanche !

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Un dimanche matin

Un temps de grisouille, je vois le vent qui agite mollement les branches des arbres que j’aime toujours autant contempler au petit matin, sentinelles rassurantes d’un monde vert qui résiste encore, et je me dis que l’écriture me fera, comme toujours, beaucoup de bien. Souvent, je me fais interpeller sur les réseaux sociaux où j’abuse, un peu, de rhétorique, en essayant, un poil, de faire ce qu’on appelait avant avec beaucoup de sérieux, de l’esprit. Très souvent, et j’avoue que ça me touche, je suis remercié. Parfois, et ça me titille, je me fais tacler. Il n’y a pas si longtemps, j’ai donc commis le doux péché d’un peu de pédanterie facile parce qu’agacé par un exercice de rhétorique que je trouvais à la fois facile et pour tout dire, léger dans le fond. Une chaîne que j’aime suivre, des gens qui ont construit leur paroisse sur la prétention d’une vérité par les faits (déjà, ça enfonce pas mal une porte ouverte), sans jamais comprendre que ces fameux faits doivent toujours passer par le filtre ô combien déformant de la subjectivité (un conte de faits n’est-il pas conte de fées ? Rhôôô, on peut déconner quand même !). Inévitablement, mais n’était-ce pas le but finalement, j’ai eu mon troll en retour, ce que j’appellerai tout de même un gentil troll, celui qui vous agresse sans injure mais avec la perfidie facile du claniste surprenant un intrus en train de chiper des chips dans la cuisine, ébahi que ce dernier ose, en plus, taper la discute. J’ai répondu avec verve, s’en sont suivis quelques échanges toujours courtois, et j’ai naturellement déguerpi une fois mon larcin dûment assumé et malgré tout commis. Mon troll se demandait le but de mon commentaire un peu trop « littéraire » à son goût, interpellant sa « communauté », un terme qui me fait toujours sourire car dans cette dure période de la simultanéitude cynique (ou du « en même temps » si j’ose dire), les mêmes prétendre se battre farouchement contre le communautarisme.

Petit aparté (sisi) : Mon fils, il y a deux jours, devant un kebab, me sortait la fameuse sortie de « l’enfer c’est les autres » sans avoir la décence d’en connaître la référence. Personnellement, je ressens une réelle amertume de nos jours à voir tous ces gens qui étiquettent ces « autres » qui ne font pas comme eux en les classant dans ce que j’appellerai les tiroirs de l’infamie : communautariste, complotiste, conspirationniste (oui, il y a une fine nuance que je commenterai un jour), fasciste, pour celui du haut, et imbécile, fanatique, dérangé du bocal, imposteur, escroc, pour celui du bas. En bref, car je vois que je me perds déjà dans les méandres de ma pensée prolixe, des gens qui illustrent la saillie misanthropique de Sartre sans comprendre que sans eux il n’y a pas non plus l’espoir d’un quelconque paradis. Fin de l’aparté (vous avez lu, c’est passé tout seul).

Là j’étais cet autre, bénéficiant quand même d’une forme d’immunité préalable qu’assure un propos sans couleur politique ni prétention idéologique. J’étais accusé du crime véniel de la pédanterie, et mon dieu, il est vrai que j’étais foncièrement coupable. Je le suis à chaque ligne que j’écris ici. Je ne le suis pas car j’ai l’espoir qu’un lecteur potentiel s’abîme d’extase en me lisant, je le suis car je ressens celle de l’écriture. Je fais partie de ces quelques heureux énergumènes qui aiment, vraiment, la poésie. Les mots sont pour moi de la musique, je les aime car ils sont à la fois sens, sons et signifiance. Sens car ils indiquent, son car ils font ensemble des harmonies, signifiance car grâce à eux il est possible d’accéder à une conscience des choses tellement plus profonde que la réalité abrupte de la simple matérialité.

Petit, j’adorais les lego, car en quelques manipulations inspirées, il était possible de créer des bribes d’univers pour pouvoir, ensuite, mettre en oeuvre de sympathiques et si divertissants paysages mentaux. Si j’ai fini par me lasser des petites briques (à neuf ans je croyais encore que le bonheur serait éternel), les mots ont encore pour moi cette heureuse fonction. Mieux, ils se révèlent chaque jour comme une quête à la fois merveilleuse et inachevable… Jamais je ne les connaîtrais tous, jamais je ne pourrais vraiment en saisir toute la puissance, et pourtant chaque nouveau mot me réserve sa petite étincelle de philosophie en se rajoutant telle une nouvelle note dans mon petit solfège personnel. Tiens, il y a deux jours, je croise le mot archegète, que depuis je ne cesse de manipuler mentalement. Un mot à vrai dire impossible à placer dans une discussion sans prétendre que le but soit bêtement narquois… mais j’avoue que ça pourrait m’arriver, juste parce que j’adore le son nouveau qu’il peut produire tout en amenant une ludique signifiance. Tiens, application pratique : dire que Mitterrand à l’instar d’un Napoléon a poursuivi l’ambition d’un archegète en camouflant sa malhonnête mégalomanie me ferait bien rire. Et c’est là, prise de conscience cruelle, que je me rends compte que mon humour ne fait rire que moi.

Comme ce matin, donc, mais quel bonheur que l’écriture. Notez que je n’appelle pas ça de la littérature, un mot qui pour moi reste encore un peu abscons. Je n’ai pas encore tranché sur le fait (une vérité accomplie, donc) que ce soit de l’affectation ou véritablement la manifestation d’un esprit aux idées supérieures. Je me méfie de la classification facile qui utilise le terme « bourgeois » à toutes les sauces, une étiquette de plus pour la classification facile dénoncée un peu plus haut dans mon propos, mais je reconnais qu’une des tares les plus terribles de nos sociétés modernes est bien l’embourgeoisement. Cette tentation de se penser ou se croire, un jour, meilleur que les autres par la jouissance facile d’une sophistication somme toute artificielle (ou d’une banale information qu’on se réserve pour exploiter la crédulité ou la candeur d’autrui). Alors oui, tout ça c’est de l’écriture, c’est de la pensée rapide, c’est du lego mental, c’est du jeu et je m’éclate à débiter mes âneries avec la ferme volonté de soigner ma prose. Je pourrais citer alors les récompenses Steam que je récolte régulièrement pour mes contributions que je qualifierais humblement de fantasques, mais je conclurais tout ça en abusant du langage des oiseaux, chers aux alchimistes : le mot « expression » peut se comprendre aussi en détachant le préfixe « ex » et le radical « pression » : en résumé, sortir la pression.

Bon dimanche.

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Quo vadis ?

Allez, petite madeleine rapido : quand j’étais petit garçon, en vacances chez mes grands-parents maternels chéris, je vois un jour annoncé un film au titre étrange, « Quo vadis ? », avec de mémoire Robert Taylor et Elisabeth Taylor (aucun lien de famille entre les deux). N’ayant du latin que la conscience d’un idiome inusité à notre époque moderne, j’ai trouvé, je ne sais comment (peut-être en demandant à mon grand-père qui était un homme surprenant) que cela signifiait « où vas-tu ? ». Sans aucune allusion à la référence religieuse, c’est devenu pour moi une question existentielle permanente. Une question stratégique en soi car à vrai dire j’aurais du coup pas mal modifié ma voilure pour changer d’alizé, la destination finale ne me contentant jamais vraiment, conscient qu’entre le déterminisme social et la charge des attentes d’autrui, plus bourricot qu’alezan, l’existence tenait davantage de la spirale du cyclone que de la route au cheminement tranquille. Après, m’extirpant péniblement du refuge paisible et réconfortant de mon petit ego (j’ai fait des progrès en latin, par la suite), cette question me vient toujours quand je prends le temps d’analyser la société qui nous abrite et que nous composons en bonne masse humaine confraternelle. Et ce matin, le bilan rapide ne m’apporte pas une réponse vraiment réconfortante, à vrai dire.

Pourtant, pourtant… je reste optimiste. Le pire est à venir, et comme l’hiver dont vous saisirez la référence pop dans un moment d’exultation bien mérité, ça ne sera pas un moment de bonheur intense. Souvent, avec mes enfants qui supportent mes divagations permanentes, j’abuse de l’image de l’incendie nécessaire pour que l’homme agisse enfin. Ce matin, chronique de Revel sur Sudradio, cri d’alarme par rapport à la chute de la conso, moins 2,8% quand même, dans un pays qui s’est voulu de services et donc hyper consommateur. Jamais je ne répéterai assez combien c’est déjà mortifère et stupide de poursuivre une telle ambition (une économie essentiellement basée sur les services), surtout avec un pays comme la France qui contrairement à ce qui est ressassé par des zélotes zélés, est riche de son peuple et de son territoire. Passionné par la géopolitique, je suis toujours à la fois navré et subjugué par la puissance du narratif européïste. Notez que je n’ai pas écrit « européen » car comme toute chose, sa réalité n’est généralement que le résultat de notre volonté. Il faut cesser d’accuser une Europe fictionnelle d’être coupable de quoi que ce soit, elle n’est que la conséquence d’une ambition dévoyée pour satisfaire les intérêts privés aux dépens des peuples. Après 40 ans de pillage et de saccages, la France a subi son lot de revirements et, de plus en plus abusivement, brutalement, la machine à broyer continue son sinistre boulot. Quand le peuple français comprendra que son destin est de ne devenir qu’une masse corvéable à merci, en échange d’un peu de plaisir dûment rétribué, il y aura peut-être un début de changement… mais à l’instar de la religion vu comme un opium, le consumérisme est une drogue dure qui fait croire, durablement (dur dur, donc), que la jouissance est un but en soi. La fin de l’abondance sera-t-elle l’avènement d’un début de clairvoyance ? Mon chez compatriote, quand on t’explique que tu travailles moins longtemps ou moins bien qu’ailleurs, c’est juste parce qu’on veut te faire bosser au même tarif et que ton droit au bonheur compte moins que la richesse de certains. Point barre comme disait l’autre.

L’inflation galope, cheval fou symbolique d’un discours économique dont l’inanité fait les beaux jours d’une technocratie soit corrompue soit consumée par un détachement du réel si stupéfiant qu’il tient effectivement de la toxicité idéologique. La spéculation continue d’amasser des fortunes virtuelles que les commentateurs ne cessent d’annoncer avec une admiration contemplative pour que le petit peuple comprenne sa misère tout en acceptant d’adhérer à la grande croyance de l’argent immatériel et déconnecté du réel. Comme le répète dans des séquences hilarantes l’excellent Alexis Poulin, « ça marche ! ». Ce qu’on nomme pratiquement le climat et qui en fait n’est rien de moins que notre écosystème, continue de subir l’influence destructrice d’une idéologie dominante qui impose la surconsommation et ce que je nommerai créativement (enfin, autant un autre m’aura déjà précédé dans l’idée) l’hyper logistique. Pourquoi « hyper » ? Car je n’ai rien contre le transport de marchandises, mais quand on la fait venir du bout du monde pour jouir des bienfaits d’une logique financière totalement inepte et contraire aux intérêts communs, cet « hyper » symbolise à la fois le problème et la cause.

Je n’ai pas envie de développer davantage, j’ai des choses à faire ce matin, des beaux projets à accomplir, mais je vais avoir l’extrême plaisir de vous renvoyez à l’excellente vidéo du grenier de l’éco à laquelle j’adhère totalement. Elle représente mon point de vue sur la situation globale, avec en filigrane les bons choix à faire pour notre pays. Une chose : je crois en la possibilité d’une énergie alternative marémotrice, en résumé non par l’action d’éoliennes visant à capter un vent toujours fluctuant, mais bien des systèmes sous-marins animés par le mouvement, lui permanent, des marées. Notre pays est bordé par pas moins de 3 grands espaces marins, la Manche, l’Océan Atlantique, et la Mer Méditerrannée ; traversé par 4 fleuves, la Seine, la Loire, le Rhône et la Garonne. Quand demain, les énergies carbonifères cesseront d’obséder les bénéficiaires de l’or noir et polluant, notre pays dispose d’un patrimoine naturel qui se révélera alors comme une sublime opportunité. Enfin, si d’ici là personne ne nous explique que comme tout le reste ça n’appartient finalement pas à tous et que comme tout le reste, le droit à l’accaparement peut encore s’exercer.

Et pitié, arrêtez de croire un instant les fadaises de la voiture électrique, ça ne pourra, au mieux, qu’être un moyen de transport réservé à une petite élite suffisamment riche pour d’une par s’en payer une et d’autre part l’alimenter en « carburant ». Alors qu’on annonce des ruptures d’alimentation cet hiver, la simple idée de proposer un parc automobile s’appuyant sur la fourniture d’électricité est simplement la démonstration d’un narratif qui fantasme en permanence le réel sans tirer les leçons de son hubris.

La vidéo du grenier de l’éco, une chaine Youtube à découvrir pour ceux qui aiment l’économie :

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Khimairacratie

Ce matin, au réveil, petit vidéo de Marianne très intéressante et stimulante avec une discussion entre Natacha Polony et Antoine Buéno sur la potentialité d’un effondrement (https://youtu.be/XX0GC6_vxGc – je mettrais la vidéo sous ce post au cas où une âme errante viendrait se perdre en ces terres arctiques). J’écoutais tout ça en faisant une petite partie de Loop Hero (hyperactivité, je t’aime), et il y avait énormément de concepts et de notions qui étaient évoquées pour argumenter le raisonnement très intéressant de Monsieur Buéno pour lequel je pencherai aussi, non par aveugle et systématique optimisme, mais par ma foi en la nature humaine et à la capacité de l’homme à affronter et relever les défis. Personnellement, je pense que l’homme pourra toujours foncièrement s’adapter, le souci concernant actuellement l’impact terrifiant sur l’environnement de nos actions et choix économiques, qui vont provoquer l’avènement d’un monde dans lequel bien et bon vivre deviendront certainement des concepts très relatifs. Bref (idéologie de l’écriture web à laquelle je ne peux me résoudre à adhérer ici), dans ce tumulte d’idées la relativité des idéologies politiques est venue rapidement s’imposer en terme d’obstacle majeur aux solutions ou stratégies envisagées pour éviter justement ce fameux effondrement. Et l’impact majeur des politiques étatiques a été naturellement cité comme une des problématiques essentielles. Particulièrement, la question de la démocratie aura été pertinemment présentée avec le constat actuel d’une totale absence de sa substance dans le fonctionnement et la vie même des pays qui s’en prétendent. J’aurais passé beaucoup de temps, ces dernières années, à tenter pédagogiquement d’instruire mes semblables sur la notion de ploutocratie qui est pour moi la réalité de nos systèmes présentés comme démocratiques. En résumé, encore, sous couvert d’une démocratie claironnée, la vérité systémique repose sur la présence d’acteurs, de forces, d’entités, d’individus ou d’organisations, dont les ressources financières leur confèrent une totale domination dans les décisions prises au niveau étatique. La démocratie ne sert plus que de joli vernis pour camoufler les boursouflures d’un système vérolé de l’intérieur pour travestir voire couvrir les faits. C’est ainsi, qu’à mon sens et à mon grand dam, nous sommes perdus dans une période de sophisme perpétuel et volontaire, où réside la cause réelle du naufrage systémique que nous endurons depuis presque, maintenant, un demi siècle. La financiarisation intensive aura bien entendu été la clé de voûte de ce mécanisme de pourrissement, avec une intention initiale dont il reste à déterminer la motivation (plan machiavélique ou juste rapacité névrotique ? Fièvre idéologique ou pure faillite morale ?). Ce qui est certain, et tragique, c’est que l’argent étant devenu davantage un but qu’un moyen, et comme l’avait fièrement énoncé un certain monarque français qui avait bien signifié que l’écologie devait être déclassée pour l’économie (ce qui en soit est juste une abomination – en espérant que l’Histoire n’effacera pas ce genre de scorie politique pour au moins servir d’avertissement pédagogique), tout se résume actuellement à la masse d’argent produite, les populations étant maintenant habituées à écouter paisiblement le montant hallucinant des sommes mises en oeuvre par les états sans que ceux-ci ne veillent à détailler, un peu, la réalité de leur répartition.

Bon, je n’ai pas envie de me perdre dans mes circonvolutions habituelles, il me venait à l’esprit l’intervention d’un économiste sur la chaîne du Média qui expliquait qu’un état comme la France, vassalisée par l’Europe et sa géniale monnaie unique n’avait plus comme levier, en l’absence de l’outil essentiel de la production de sa monnaie), que l’organe social pour un peu camoufler son absence totale de contrôle. En bref, encore, des réformes actuelles, du chômage comme des retraites, les peuples ne sont devenus que des variables d’ajustement des politiques monétaires menées à un niveau mondiale pour entretenir un système et une idéologie libérale dont la réalité destructrice est si sensible à l’heure actuelle qu’elle provoque ce sentiment général d’une apocalypse imminente. Le drame qui fait la substance de mon titre, est que tout ça est permis par les illusions qui nous nourrissent et qui nous font adhérer, qu’on le veuille ou non, à cette absurdité généralisée. En permanence, hier encore, j’écoute des gens gloser sur la démocratie, sur la République, cette bonne vieille thématique qui permet à n’importe quel imbécile de bomber le torse pour feindre une noble et si creuse indignation (de l’imposture de la posture), sur la nécessité de « mettez ce que vous voulez entre les guillemets » dont l’argumentation se cantonne à généralement à un théâtrale « il faut le faire » (coucou la retraite). J’écoutais un VRP des sondages encore prétendre, fièrement et sans une once de recul éthique, savoir ce que veulent et pensent les « français », faisant d’échantillons aux opinions recueillies avec des protocoles maintes fois dénoncés, la substance d’un peuple entier réduit à quelques chiffres si pratiquement vendus à des intérêts façonnant littéralement les opinions d’une masse de moins en moins bien informée. Alors, pensant à tout ça, à cette confusion générale et entretenue, à la difficulté pour chacun d’entre nous de se faire une opinion à la fois de qualité et achevée, il m’est venu ce nouveau néologisme, la khimairacratie, pour illustrer la chose. Encore davantage de la ploutocratie, elle se situe un petit niveau au-dessus, elle conditionne sa pérennité et sa continuité. Pour que toute cette manipulation, cette tragicomédie pseudo démocratique puisse continuer, il faut un système qui pervertisse en permanence les faits pour créer des vérités contextuelles, à la substance souvent proche de l’évanescence la plus totale, pour que le massacre continue. Ah oui, en me relisant je vois que je n’ai pas étymologiquement explicité le terme… de Khimaira, la chimère en grec, cet animal qui symbolise les illusions mais aussi la capacité de l’homme de croire en des choses trompeuses et monstrueuses. La chimère, c’est celle qu’on poursuit, jusqu’à notre perte, parce qu’on ne voit pas la réalité de ce qu’elle est.

Dans la vidéo de Marianne, il est question de la « détestation de la démocratie », mais c’est parce que la confusion fait qu’on se trompe d’ennemi, que le brouillard qui est savamment érigé pour cacher la réalité des coupables empêche de voir ce qu’il en est vraiment, mais il faut rappeler que majoritairement, toute chose en ce bas monde est ambivalente. Il ne sert à rien de diaboliser abusivement comme si l’arbitrage, purement humain, n’était pas la conséquence essentielle. Rien n’est foncièrement mauvais, du capital à la ploutocratie par exemple, car il suffirait que la motivation soit placée dans l’intérêt général et non plus les intérêts particuliers (même si je reste très circonspect sur la possibilité d’une tyrannie éclairée). Mais force est de constater que la philosophie, l’intention profonde, des plus puissants ne résident que dans l’exploitation de la faiblesse humaine, comme un destin ou par le fait d’une nature qui se voudrait aristocratique. Tout ça, à l’arrivée, se révèle assez misérable et méprisable. Dans un monde de marchands où le lustre l’emporte sur la dignité, il faut savoir se positionner clairement sur la question morale, liminaire, sur ce qui est bien et ce qui est mal. Pour le coup, certains prennent comme une démonstration d’intelligence de sans cesse rappeler que les choses ne sont jamais aussi claires et simples. Pourtant si. Deux bombes atomiques envoyées sur des objectifs civils, c’est mal. Œuvrer pour le bien de son peuple et non se servir de ce dernier pour augmenter la caisse à billets des plus nantis, c’est bien.

La vidéo de Marianne à voir (j’en suis à deux visions personnellement, en écrivant cet article) :

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L’hubrisphère

Un petit coup de mou, alangui sur mon canapé comme un Sardanapale proprement rasé, je mate une vidéo Youtube concernant un fait divers qui excite les foules au sens très (trop) littérale du terme. Ce matin, tandis que j’oeuvrais méthodiquement, j’ai lancé une vidéo sur un chercheur en archéologie qui a évoqué la réalité des moeurs anthropophages dans les vieilles sociétés humaines qui ont précédé (ou servi de départ, au choix), à la nôtre. De ça plus tout ce que je mange dans les actualités notamment françaises, j’en ai déduis, solennellement et intimement, que plus que jamais, ou bien plus que toujours (au choix encore), nous sommes en pleine hubrisphère. Alors je viens chouiner ici avec une certaine forme de pudeur, car je sais justement que dans l’immense place publique (agora) qu’est le net, mon petit blog perso n’est qu’une sorte d’îlot abandonné, perdu dans un immense océan, ne suscitant aucun intérêt ni aucun élan d’enthousiasme. Je viens juste écrire que ma métaphore avec Sardanapale en début d’exercice n’est pas si mal trouvé que cela. Comme ce sultan nihiliste je dois bien constater que tout fout le camp, comme on l’argotait si bien dans mon enfance. Comment conserver cette illusion d’un monde abouti, construction glorieuse née de tous les ratages systémiques et idéologiques du passé ? Comment croire que nous sommes une apogée, alors que de toute part l’échec de la grande aventure humaine semble encore devoir être le triste constat ?

J’adore la mythologie grecque, et en cherchant un mot pour titrer ce billet, inévitablement j’ai songé à l’hubris, ce concept que les mythographes ont aimé rappeler tout au long de mes lectures profanes. Le crime suprême, celui de la démesure. Au vu du désastre économique, écologique, humain, sociétal, que nous vivons actuellement, et eu égard à l’impasse d’une mondialisation qui n’est définitivement pensée que comme une stratégie d’exploitation, le néologisme « hubrisphère » me semble pour le coup très approprié. Alors, une rapide recherche google m’a naturellement fait comprendre que cet éclat de génie avait déjà ionisé le cortex d’autres individus plus ou moins bien intentionnés. Soit, je ne viserai pas ici à la prétention d’une pensée originale et marginale. Je commenterai juste l’instant présent en constatant la cavale de ces quatre cavaliers de l’apocalypse que sont la déliquescence, la décadence, la dégénérescence et l’indécence.

Très naïvement, je continue de rêver d’une société humaine qui recherche avant le bonheur de chacun comme suprême intérêt général, et qui ne pourrait s’imaginer, pour cela, que comme l’établissement d’une parfaite égalité entre les êtres. Je rêve d’une société où l’intérêt particulier ne serait pas érigé comme une fatalité pour justifier tout ce qui fait et provoque la malfaisance dans nos sociétés prétendument modernes. Je répète souvent que la source de tous les problèmes réside dans la corruption intrinsèque voire inévitable des systèmes qui sont engendrés par les sociétés humaines. Je constate à quel point les hommes deviennent les esclaves de ces labyrinthes qu’ils ont eux-mêmes créés et dans lesquels ils se perdent et s’oublient.

Comment parvenir à faire comprendre à mes congénères que la solution n’est pas forcément de trouver la sortie, si elle existe, mais bien de détruire ces murs qui dissimulent l’espoir ? Nous sommes tous des minotaures oubliés dans ce dédale terrible qu’est devenu ce monde, véritable hubrisphère, pleine de bruits et de fureur, pleine d’illusions et de fausses idoles. La confusion, la division, la frustration, nous fragmentent et nous isolent, entre complaisance et apathie.

Plus que jamais, il faut vivifier tous les liens qui nous unissent les uns et les autres. Il est si facile de haïr, si simple de détester et d’exprimer la souffrance intérieure que toutes les incertitudes de nos sociétés cruelles font peser sur chacun d’entre nous en trouvant un coupable et un responsable dans une vision toujours trop binaire, trop manichéenne, des choses. Alors qu’en réalité, il n’y a jamais d’autre responsable que nous-mêmes ; car même si nous en sommes toujours réduit à supporter l’individualité, nous n’existons vraiment qu’en tant que tout.

C’est pour ça que ces derniers temps je ne m’exprime plus beaucoup sur les questions politiques et sociétales, car j’ai simplement l’impression d’en rajouter, de ne plus vraiment expliciter ou éclairer. Je crois que nous constatons tous, actuellement, la réalité du monde, de sa dévastation. Maintenant, ce qui apparaît, c’est le niveau de conscience de la gravité de la situation. Bien au delà des notions économiques, des questions prétentieusement nommées comme « civilisationnelles », ces visions restent toujours pauvrement prosaïques par rapport à la simple question du rapport de l’humanité par rapport à elle-même. De ce fiasco total (sans allusion polémiste, mdr), le pire demeure dans cette idée insidieuse et permanente d’une société humaine qui ne peut exister que dans l’exploitation et l’accaparement. L’Histoire a beau nous rappeler constamment que la verticalité finit toujours par s’aplanir dans la douleur, nous y revenons toujours. La seule différence, notable, c’est qu’à présent nous veillons aussi à détruire consciencieusement l’équilibre naturel qui est la condition de notre survivance.

Alors, voilà, c’était mon petit billet déceptif et négatif, mais il fallait que ça sorte. Je crois pourtant en l’humanité et je rêve d’une révolution qui serait avant toute chose morale et intellectuelle. Tant que l’obsession restera dans des concepts aussi abscons (pour être poli) que le PIB ou l’incidence des taux d’intérêt, il n’y aura pas d’autres conclusions possibles qu’un chaos savamment entretenu, pour le bénéfice que de quelques uns, et une société inégalitaire sans cesse menacée d’implosion.

L’hiver vient, il n’y a plus qu’à souhaiter qu’un beau printemps lui succède, comme il devrait l’être dans l’ordre des choses.

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