De l’influence.

Ce matin, une émission courte mais sidérante sur France Culture : « Comment encadrer le secteur des influenceurs ? »

C’est effrayant d’entendre ce genre d’Ă©missions, oĂč on valide des catĂ©gories comme si elles Ă©taient des vĂ©ritĂ©s… « Influenceurs » ça ne veut rien dire, c’est juste, Ă  la limite, du jargon marketing pour mettre une couche de vernis sur ce qui a toujours existĂ© avec la sainte profession de critique. Van Gogh n’a jamais Ă©tĂ© reconnu pour son talent du temps de son vivant, ce drame n’a pourtant pas inspirĂ© les forces publiques pour modifier cette tyrannie du bon goĂ»t qui tous les jours normalise l’injustice de la subjectivitĂ©. J’adore comment on dĂ©bute le propos en angĂ©lisant la profession de critique… Depuis toujours des critiques vĂ©reux ont menti Ă  leur public en faisant les beaux jours de leurs commanditaires, jamais il n’a Ă©tĂ© question d’encadrer malgrĂ© tout ces professions liĂ©es Ă  la « recommandation », et je ne parle mĂȘme pas des politiques qui ne respectent pas leurs promesses et leur programme. Je ne parle mĂȘme pas de la publicitĂ©, car en rĂ©sumĂ©, ce qui est reprochĂ© aux « influenceurs » c’est donc bien d’en faire de maniĂšre « inapropriĂ©e ». Comme si la publicitĂ© Ă©tait depuis toujours loyale et objective, jamais mensongĂšre et manipulatoire.

La libertĂ© ce n’est pas donner des moyens de contrĂŽle, c’est contrevenir aux abus. Quand on veut prĂ©venir les choses en crĂ©ant des organismes ou des lois chargĂ©s de le faire, ça n’engendre que de la corruption ou des abus de pouvoir, de la censure et le tapis rouge Ă  la propagande. Mais c’est peut-ĂȘtre le but, hein ? Sous couvert d’agir pour l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et le bien des imbĂ©ciles, on se dĂ©brouille pour lĂ©galement verrouiller l’accĂšs Ă  ce qui aura droit de parole.

ArrĂȘtez de vouloir imposer aux gens quoi penser, quoi vouloir, quoi rĂȘver, ce n’est pas de la raison, c’est du totalitarisme. Informez loyalement, non Ă  coups de propagandes tĂ©lĂ©guidĂ©es par des intĂ©rĂȘts privĂ©s, marchands, qui justement rĂ©duisent des individus Ă  n’ĂȘtre considĂ©rĂ©s que comme des « consommateurs », terme suremployĂ© dans cette Ă©mission.

Pas la peine de crĂ©er des commissions ou des organismes pour « contrĂŽler » et « valider » ce qui demeure, dans le cadre d’un rĂ©seau social comme Youtube, un acte d’expression personnel (car ici on n’entend que la partie commerciale, mais quid du discours politique, systĂ©mique ?). DĂ©velopper l’esprit critique par la connaissance et la rĂ©flexion devrait ĂȘtre la solution proposĂ©e, pas cette vision qui rĂ©duit l’individu Ă  une sorte d’animal stupide… si stupide qu’il faille avant tout limiter son choix et sa libertĂ© du fait de son incapacitĂ© d’en faire bon usage.

DerriĂšre cette fausse thĂ©matique de l’influence, il y a la tragĂ©die banale d’un consumĂ©risme dĂ©signĂ© comme seule ambition existentielle. Si une personne immature regarde un contenu produit par une autre personne immature, il suffit de circonvenir Ă  cette immaturitĂ©, pas enfiler un collier de dressage Ă  leurs cous pour les contraindre comme des bĂȘtes.

Une Ă©mission qui dĂ©bute bien avec le rappel sain que le service public doit « éduquer ». Dommage que ça se termine en une Ă©niĂšme version d’Orange MĂ©canique.

Au niveau rhĂ©torique, c’est quand mĂȘme un cas d’Ă©cole… je me demande si je ne vais pas finir par faire du dĂ©corticage sĂ©mantique et sĂ©miologique pour dĂ©montrer la malhonnĂȘtetĂ© du propos. Enfin, c’est toujours le mĂȘme processus : on prend un cas prĂ©cis qui est transformĂ© en « stĂ©rĂ©otype » pour se donner l’occasion de crĂ©er une loi qui permettra de dĂ©border, un peu, sur sa mission premiĂšre. « Il va falloir », « contrĂŽler », « Digital Service Act », « Signaleur de confiance »… tout un chouette programme Ă  venir.

Allez, la vidéo, que je viens de regarder pour la quatriÚme fois, histoire de bien me faire mal.

Exemple d’Usine marĂ©motrice

Écoutant ce matin, un peu contrit et beaucoup navrĂ©, le chaos autour de la crise Ă©nergĂ©tique que nous traversons (qui, attention, Ă  deux visages : il y a une crise du marchĂ© de l’Ă©nergie, encore et toujours en proie des phĂ©nomĂšnes spĂ©culatifs (qui sont un flĂ©au dont nous payons littĂ©ralement le prix fort) et une crise de la production de l’Ă©nergie avec les consĂ©quences nĂ©fastes d’une totale incompĂ©tence politique sur le sujet (Ă  vĂ©rifier, mais apparemment nous payons 6 millions d’euros pour une heure d’Ă©nergie importĂ©e, principalement d’Allemagne qui a boostĂ© pour le coup une des sources de pollution les plus terribles, ses usines Ă  charbon).

Alors, je voudrais juste faire Ă©cho Ă  ce que j’Ă©voque depuis des mois sur ce site et ailleurs, l’alternative de la production d’Ă©nergie via des solutions se basant sur une logique marĂ©motrice. Je ne considĂšre pas que l’exemple dont je vais parler et la seule solution par ailleurs, je pense qu’il y a certainement d’autres possibilitĂ©s Ă  venir et Ă  imaginer (surtout pour les zones littorales) mais c’est dĂ©jĂ  une dĂ©monstration d’une Ă©nergie verte, constante et parfaitement fonctionnelle. Il y a quelque chose de navrant Ă  ne voir, toujours, qu’une stupide opposition entre l’Ă©nergie nuclĂ©aire et la solution Ă©olienne… mais il est comprĂ©hensible que dans le cadre de lobbys il vaut mieux, toujours, crĂ©er un narratif manichĂ©en pour choper des parts de marchĂ©.

Allez, exemple de l’Usine de la Rance, dispo sur le site d’EDF, Ă  dĂ©couvrir pour imaginer et explorer d’autres pistes pour notre pays riche de sa position gĂ©ographique et de son capital naturel (Ă©cosystĂšme).

Les papillons noirs d’Olivier Abbou

Il est des fois terribles qui m’obligent Ă  sortir de mon ego trip pour rendre un peu au reste du monde. Et bien que j’ai dĂ©jĂ  oeuvrĂ© ce jour en cette terre digitale, je me dois de revenir pour rendre un vibrant hommage Ă  la sĂ©rie d’Olivier Abbou, disponible sur Netflix, qui est tout simplement magistrale (apparemment c’Ă©tait diffusĂ© sur Arte Ă  la rentrĂ©e, mais vu que je ne regarde quasiment plus la tv, je l’aurais manquĂ©e). Magistrale, c’est le bon mot, je n’exagĂšre rien… mĂȘme si c’est un tantinet ma nature, pour le coup c’est mĂȘme parfaitement adaptĂ©. Tout, absolument tout, me semble parfait, si la perfection est une notion qu’on peut aplanir un peu pour la rendre accessible Ă  nos valeurs de simples mortels. Pourtant je suis tatillon, par exemple je ne crois pas qu’on puisse en 28 kb envoyer un texte relatant des aveux Ă©crits durant des heures, c’est mon petit cotĂ© technicien des mĂ©dias qui pour le coup a notĂ©, mesquinement, la chose. Pour le reste, pour cet infime dĂ©tail tellement mineur que j’avoue ressentir un peu de honte Ă  l’avoir citĂ© (mais fallait bien que j’Ă©tale un peu de conficulture marketing au passage), tout est du trĂšs haut niveau. L’histoire ? GĂ©niale. L’actorat ? Digne d’une production cinĂ©, on s’attache et on s’arrache en suivant des protagonistes Ă  la fois complexes, humains, faillibles, crĂ©dibles dans leur odyssĂ©e tĂ©nĂ©breuse. La mise en scĂšne ? Ludique et crĂ©ative, il faut vraiment avoir le petit doigt en crise de sciatique pour oser Ă©mettre des rĂ©serves ou des minables haussements de sourcil. La musique, l’image, le son, les Ă©clairages, le dĂ©coupage, le dĂ©cor, tout est vraiment admirable. Allez, pour moi qui ait vĂ©cu un peu dans les seventies et beaucoup dans les eighties (et oui, je suis vieux ou immortel au choix – mes enfants commencent Ă  pencher pour la seconde solution mdr), il y a un peu de la caricature dans certains flashbacks… mais encore, vu qu’une des thĂ©matiques tient de la manipulation via la narration (un sujet bien d’actualitĂ©, si j’ose dire), ça tient la route tant la dimension Ă  la fois onirique mais aussi fantasmatique du rĂ©cit fait partie de la trame mĂȘme de l’intrigue.

Non, je n’ai rien Ă  dire, j’ai adorĂ©, et pour tout avouer, je n’avais pas autant adorĂ© une sĂ©rie depuis les sermonts de minuit de Flanagan en dĂ©but d’annĂ©e. AprĂšs, je ne suis pas trĂšs sĂ©rie, il faut vraiment que ça m’accroche pour que je la suive et surtout que j’en vois le bout. LĂ , y a 6 Ă©pisodes qui se dĂ©vorent, qui se dĂ©gustent, comme un grand cru trouvĂ© par hasard au rayon promo d’un supermarchĂ© lowcost. Pas que je critique Netflix, au contraire mĂȘme, je regrette cependant que la qualitĂ© globale ne soit pas au niveau de cette production française qui rend fier de ses crĂ©ateurs, Olivier Abbou et Bruno Merle.

L’histoire, rapidement car je ne veux pas divulgacher quoi que ce soit, nous raconte la rencontre entre un Ă©crivain souffrant de la malĂ©diction de la page blanche et un vieil homme, pur quidam, qui le missionne pour Ă©crire ses mĂ©moires. Le doux retraitĂ© Ă  la mĂšche toujours romantique est jouĂ© par Nils Arestrup, parfait, et l’Ă©crivain par Nicolas Duchauvelle qui livre, Ă  l’instar de l’intĂ©gralitĂ© du casting, une grande prestation (mais la sienne Ă©tait tout de mĂȘme si pĂ©rilleuse qu’elle ne peut susciter qu’un profond respect). AprĂšs, ça part rapidement en vrille quand le vieillard se prĂ©sente, au fil des souvenirs, comme un tueur en sĂ©rie que la justice n’aura jamais rattrapĂ©.

Je ne dirais plus rien, il ne faut d’ailleurs rien sourdre du reste, tant la narration est un miracle de mĂ©canique scĂ©naristique. Souvent, je peste Ă  voir soit les fils du marionnettiste ou des procĂ©dĂ©s archĂ©typaux avec de la psychologisation Ă  la petite semaine (« Oh, le vilain psychopathe ! »). MĂȘme de ce cotĂ© lĂ , la fin est Ă  mes yeux merveilleuse tant les auteurs ont saisi la fine limite entre le monstrueux et le sublime. L’Ă©change final, entre le vieillard et l’objet de sa passion, est en soi un bijou, l’illustration fine et belle de ce qu’on pourrait, humblement, considĂ©rer, comme le vĂ©ritable amour. Allez, j’avais pas autant pris mon pied, sur la question, depuis la fin de Max et les ferrailleurs ou Quelques jours avec moi du gĂ©nial Claude Sautet (que j’adore, comme on le devine amplement).

Aimer tient-il du contrat social ou de la sublimation des sentiments ? Vous me ferez 6 pages, je ramasse dans deux heures.

Je pourrais me faire plaisir Ă  expliciter toutes les raisons qui font mon enthousiasme, mais vu que rĂ©cemment j’ai encore Ă©tĂ© victime d’un critique empressĂ© de vouloir dĂ©montrer son extrĂȘme finesse aux dĂ©pens de mon plaisir de spectateur, je ne dirais plus rien (sauf sous la torture ; ce n’est pas pour rien que j’ai clos les commentaires). Les Papillons noirs c’est juste un coup de maĂźtre, c’est un chef-d’oeuvre, et je n’ai pas peur ni de l’Ă©crire ni de le prĂ©tendre, car si je dois manifester mon enthousiasme pour rendre justice Ă  cette sĂ©rie magnifique, ce n’est plus de l’ordre de l’utilitĂ© mais bien du redevable hommage.

Sur ce, en dessous le trailer, et re-bon dimanche !

Un dimanche matin

Un temps de grisouille, je vois le vent qui agite mollement les branches des arbres que j’aime toujours autant contempler au petit matin, sentinelles rassurantes d’un monde vert qui rĂ©siste encore, et je me dis que l’Ă©criture me fera, comme toujours, beaucoup de bien. Souvent, je me fais interpeller sur les rĂ©seaux sociaux oĂč j’abuse, un peu, de rhĂ©torique, en essayant, un poil, de faire ce qu’on appelait avant avec beaucoup de sĂ©rieux, de l’esprit. TrĂšs souvent, et j’avoue que ça me touche, je suis remerciĂ©. Parfois, et ça me titille, je me fais tacler. Il n’y a pas si longtemps, j’ai donc commis le doux pĂ©chĂ© d’un peu de pĂ©danterie facile parce qu’agacĂ© par un exercice de rhĂ©torique que je trouvais Ă  la fois facile et pour tout dire, lĂ©ger dans le fond. Une chaĂźne que j’aime suivre, des gens qui ont construit leur paroisse sur la prĂ©tention d’une vĂ©ritĂ© par les faits (dĂ©jĂ , ça enfonce pas mal une porte ouverte), sans jamais comprendre que ces fameux faits doivent toujours passer par le filtre ĂŽ combien dĂ©formant de la subjectivitĂ© (un conte de faits n’est-il pas conte de fĂ©es ? RhĂŽĂŽĂŽ, on peut dĂ©conner quand mĂȘme !). InĂ©vitablement, mais n’Ă©tait-ce pas le but finalement, j’ai eu mon troll en retour, ce que j’appellerai tout de mĂȘme un gentil troll, celui qui vous agresse sans injure mais avec la perfidie facile du claniste surprenant un intrus en train de chiper des chips dans la cuisine, Ă©bahi que ce dernier ose, en plus, taper la discute. J’ai rĂ©pondu avec verve, s’en sont suivis quelques Ă©changes toujours courtois, et j’ai naturellement dĂ©guerpi une fois mon larcin dĂ»ment assumĂ© et malgrĂ© tout commis. Mon troll se demandait le but de mon commentaire un peu trop « littĂ©raire » Ă  son goĂ»t, interpellant sa « communauté », un terme qui me fait toujours sourire car dans cette dure pĂ©riode de la simultanĂ©itude cynique (ou du « en mĂȘme temps » si j’ose dire), les mĂȘmes prĂ©tendre se battre farouchement contre le communautarisme.

Petit apartĂ© (sisi) : Mon fils, il y a deux jours, devant un kebab, me sortait la fameuse sortie de « l’enfer c’est les autres » sans avoir la dĂ©cence d’en connaĂźtre la rĂ©fĂ©rence. Personnellement, je ressens une rĂ©elle amertume de nos jours Ă  voir tous ces gens qui Ă©tiquettent ces « autres » qui ne font pas comme eux en les classant dans ce que j’appellerai les tiroirs de l’infamie : communautariste, complotiste, conspirationniste (oui, il y a une fine nuance que je commenterai un jour), fasciste, pour celui du haut, et imbĂ©cile, fanatique, dĂ©rangĂ© du bocal, imposteur, escroc, pour celui du bas. En bref, car je vois que je me perds dĂ©jĂ  dans les mĂ©andres de ma pensĂ©e prolixe, des gens qui illustrent la saillie misanthropique de Sartre sans comprendre que sans eux il n’y a pas non plus l’espoir d’un quelconque paradis. Fin de l’apartĂ© (vous avez lu, c’est passĂ© tout seul).

LĂ  j’Ă©tais cet autre, bĂ©nĂ©ficiant quand mĂȘme d’une forme d’immunitĂ© prĂ©alable qu’assure un propos sans couleur politique ni prĂ©tention idĂ©ologique. J’Ă©tais accusĂ© du crime vĂ©niel de la pĂ©danterie, et mon dieu, il est vrai que j’Ă©tais fonciĂšrement coupable. Je le suis Ă  chaque ligne que j’Ă©cris ici. Je ne le suis pas car j’ai l’espoir qu’un lecteur potentiel s’abĂźme d’extase en me lisant, je le suis car je ressens celle de l’Ă©criture. Je fais partie de ces quelques heureux Ă©nergumĂšnes qui aiment, vraiment, la poĂ©sie. Les mots sont pour moi de la musique, je les aime car ils sont Ă  la fois sens, sons et signifiance. Sens car ils indiquent, son car ils font ensemble des harmonies, signifiance car grĂące Ă  eux il est possible d’accĂ©der Ă  une conscience des choses tellement plus profonde que la rĂ©alitĂ© abrupte de la simple matĂ©rialitĂ©.

Petit, j’adorais les lego, car en quelques manipulations inspirĂ©es, il Ă©tait possible de crĂ©er des bribes d’univers pour pouvoir, ensuite, mettre en oeuvre de sympathiques et si divertissants paysages mentaux. Si j’ai fini par me lasser des petites briques (Ă  neuf ans je croyais encore que le bonheur serait Ă©ternel), les mots ont encore pour moi cette heureuse fonction. Mieux, ils se rĂ©vĂšlent chaque jour comme une quĂȘte Ă  la fois merveilleuse et inachevable… Jamais je ne les connaĂźtrais tous, jamais je ne pourrais vraiment en saisir toute la puissance, et pourtant chaque nouveau mot me rĂ©serve sa petite Ă©tincelle de philosophie en se rajoutant telle une nouvelle note dans mon petit solfĂšge personnel. Tiens, il y a deux jours, je croise le mot archegĂšte, que depuis je ne cesse de manipuler mentalement. Un mot Ă  vrai dire impossible Ă  placer dans une discussion sans prĂ©tendre que le but soit bĂȘtement narquois… mais j’avoue que ça pourrait m’arriver, juste parce que j’adore le son nouveau qu’il peut produire tout en amenant une ludique signifiance. Tiens, application pratique : dire que Mitterrand Ă  l’instar d’un NapolĂ©on a poursuivi l’ambition d’un archegĂšte en camouflant sa malhonnĂȘte mĂ©galomanie me ferait bien rire. Et c’est lĂ , prise de conscience cruelle, que je me rends compte que mon humour ne fait rire que moi.

Comme ce matin, donc, mais quel bonheur que l’Ă©criture. Notez que je n’appelle pas ça de la littĂ©rature, un mot qui pour moi reste encore un peu abscons. Je n’ai pas encore tranchĂ© sur le fait (une vĂ©ritĂ© accomplie, donc) que ce soit de l’affectation ou vĂ©ritablement la manifestation d’un esprit aux idĂ©es supĂ©rieures. Je me mĂ©fie de la classification facile qui utilise le terme « bourgeois » Ă  toutes les sauces, une Ă©tiquette de plus pour la classification facile dĂ©noncĂ©e un peu plus haut dans mon propos, mais je reconnais qu’une des tares les plus terribles de nos sociĂ©tĂ©s modernes est bien l’embourgeoisement. Cette tentation de se penser ou se croire, un jour, meilleur que les autres par la jouissance facile d’une sophistication somme toute artificielle (ou d’une banale information qu’on se rĂ©serve pour exploiter la crĂ©dulitĂ© ou la candeur d’autrui). Alors oui, tout ça c’est de l’Ă©criture, c’est de la pensĂ©e rapide, c’est du lego mental, c’est du jeu et je m’Ă©clate Ă  dĂ©biter mes Ăąneries avec la ferme volontĂ© de soigner ma prose. Je pourrais citer alors les rĂ©compenses Steam que je rĂ©colte rĂ©guliĂšrement pour mes contributions que je qualifierais humblement de fantasques, mais je conclurais tout ça en abusant du langage des oiseaux, chers aux alchimistes : le mot « expression » peut se comprendre aussi en dĂ©tachant le prĂ©fixe « ex » et le radical « pression » : en rĂ©sumĂ©, sortir la pression.

Bon dimanche.

Quo vadis ?

Allez, petite madeleine rapido : quand j’Ă©tais petit garçon, en vacances chez mes grands-parents maternels chĂ©ris, je vois un jour annoncĂ© un film au titre Ă©trange, « Quo vadis ? », avec de mĂ©moire Robert Taylor et Elisabeth Taylor (aucun lien de famille entre les deux). N’ayant du latin que la conscience d’un idiome inusitĂ© Ă  notre Ă©poque moderne, j’ai trouvĂ©, je ne sais comment (peut-ĂȘtre en demandant Ă  mon grand-pĂšre qui Ă©tait un homme surprenant) que cela signifiait « oĂč vas-tu ? ». Sans aucune allusion Ă  la rĂ©fĂ©rence religieuse, c’est devenu pour moi une question existentielle permanente. Une question stratĂ©gique en soi car Ă  vrai dire j’aurais du coup pas mal modifiĂ© ma voilure pour changer d’alizĂ©, la destination finale ne me contentant jamais vraiment, conscient qu’entre le dĂ©terminisme social et la charge des attentes d’autrui, plus bourricot qu’alezan, l’existence tenait davantage de la spirale du cyclone que de la route au cheminement tranquille. AprĂšs, m’extirpant pĂ©niblement du refuge paisible et rĂ©confortant de mon petit ego (j’ai fait des progrĂšs en latin, par la suite), cette question me vient toujours quand je prends le temps d’analyser la sociĂ©tĂ© qui nous abrite et que nous composons en bonne masse humaine confraternelle. Et ce matin, le bilan rapide ne m’apporte pas une rĂ©ponse vraiment rĂ©confortante, Ă  vrai dire.

Pourtant, pourtant… je reste optimiste. Le pire est Ă  venir, et comme l’hiver dont vous saisirez la rĂ©fĂ©rence pop dans un moment d’exultation bien mĂ©ritĂ©, ça ne sera pas un moment de bonheur intense. Souvent, avec mes enfants qui supportent mes divagations permanentes, j’abuse de l’image de l’incendie nĂ©cessaire pour que l’homme agisse enfin. Ce matin, chronique de Revel sur Sudradio, cri d’alarme par rapport Ă  la chute de la conso, moins 2,8% quand mĂȘme, dans un pays qui s’est voulu de services et donc hyper consommateur. Jamais je ne rĂ©pĂ©terai assez combien c’est dĂ©jĂ  mortifĂšre et stupide de poursuivre une telle ambition (une Ă©conomie essentiellement basĂ©e sur les services), surtout avec un pays comme la France qui contrairement Ă  ce qui est ressassĂ© par des zĂ©lotes zĂ©lĂ©s, est riche de son peuple et de son territoire. PassionnĂ© par la gĂ©opolitique, je suis toujours Ă  la fois navrĂ© et subjuguĂ© par la puissance du narratif europĂ©ĂŻste. Notez que je n’ai pas Ă©crit « europĂ©en » car comme toute chose, sa rĂ©alitĂ© n’est gĂ©nĂ©ralement que le rĂ©sultat de notre volontĂ©. Il faut cesser d’accuser une Europe fictionnelle d’ĂȘtre coupable de quoi que ce soit, elle n’est que la consĂ©quence d’une ambition dĂ©voyĂ©e pour satisfaire les intĂ©rĂȘts privĂ©s aux dĂ©pens des peuples. AprĂšs 40 ans de pillage et de saccages, la France a subi son lot de revirements et, de plus en plus abusivement, brutalement, la machine Ă  broyer continue son sinistre boulot. Quand le peuple français comprendra que son destin est de ne devenir qu’une masse corvĂ©able Ă  merci, en Ă©change d’un peu de plaisir dĂ»ment rĂ©tribuĂ©, il y aura peut-ĂȘtre un dĂ©but de changement… mais Ă  l’instar de la religion vu comme un opium, le consumĂ©risme est une drogue dure qui fait croire, durablement (dur dur, donc), que la jouissance est un but en soi. La fin de l’abondance sera-t-elle l’avĂšnement d’un dĂ©but de clairvoyance ? Mon chez compatriote, quand on t’explique que tu travailles moins longtemps ou moins bien qu’ailleurs, c’est juste parce qu’on veut te faire bosser au mĂȘme tarif et que ton droit au bonheur compte moins que la richesse de certains. Point barre comme disait l’autre.

L’inflation galope, cheval fou symbolique d’un discours Ă©conomique dont l’inanitĂ© fait les beaux jours d’une technocratie soit corrompue soit consumĂ©e par un dĂ©tachement du rĂ©el si stupĂ©fiant qu’il tient effectivement de la toxicitĂ© idĂ©ologique. La spĂ©culation continue d’amasser des fortunes virtuelles que les commentateurs ne cessent d’annoncer avec une admiration contemplative pour que le petit peuple comprenne sa misĂšre tout en acceptant d’adhĂ©rer Ă  la grande croyance de l’argent immatĂ©riel et dĂ©connectĂ© du rĂ©el. Comme le rĂ©pĂšte dans des sĂ©quences hilarantes l’excellent Alexis Poulin, « ça marche ! ». Ce qu’on nomme pratiquement le climat et qui en fait n’est rien de moins que notre Ă©cosystĂšme, continue de subir l’influence destructrice d’une idĂ©ologie dominante qui impose la surconsommation et ce que je nommerai crĂ©ativement (enfin, autant un autre m’aura dĂ©jĂ  prĂ©cĂ©dĂ© dans l’idĂ©e) l’hyper logistique. Pourquoi « hyper » ? Car je n’ai rien contre le transport de marchandises, mais quand on la fait venir du bout du monde pour jouir des bienfaits d’une logique financiĂšre totalement inepte et contraire aux intĂ©rĂȘts communs, cet « hyper » symbolise Ă  la fois le problĂšme et la cause.

Je n’ai pas envie de dĂ©velopper davantage, j’ai des choses Ă  faire ce matin, des beaux projets Ă  accomplir, mais je vais avoir l’extrĂȘme plaisir de vous renvoyez Ă  l’excellente vidĂ©o du grenier de l’Ă©co Ă  laquelle j’adhĂšre totalement. Elle reprĂ©sente mon point de vue sur la situation globale, avec en filigrane les bons choix Ă  faire pour notre pays. Une chose : je crois en la possibilitĂ© d’une Ă©nergie alternative marĂ©motrice, en rĂ©sumĂ© non par l’action d’Ă©oliennes visant Ă  capter un vent toujours fluctuant, mais bien des systĂšmes sous-marins animĂ©s par le mouvement, lui permanent, des marĂ©es. Notre pays est bordĂ© par pas moins de 3 grands espaces marins, la Manche, l’OcĂ©an Atlantique, et la Mer MĂ©diterrannĂ©e ; traversĂ© par 4 fleuves, la Seine, la Loire, le RhĂŽne et la Garonne. Quand demain, les Ă©nergies carbonifĂšres cesseront d’obsĂ©der les bĂ©nĂ©ficiaires de l’or noir et polluant, notre pays dispose d’un patrimoine naturel qui se rĂ©vĂ©lera alors comme une sublime opportunitĂ©. Enfin, si d’ici lĂ  personne ne nous explique que comme tout le reste ça n’appartient finalement pas Ă  tous et que comme tout le reste, le droit Ă  l’accaparement peut encore s’exercer.

Et pitiĂ©, arrĂȘtez de croire un instant les fadaises de la voiture Ă©lectrique, ça ne pourra, au mieux, qu’ĂȘtre un moyen de transport rĂ©servĂ© Ă  une petite Ă©lite suffisamment riche pour d’une par s’en payer une et d’autre part l’alimenter en « carburant ». Alors qu’on annonce des ruptures d’alimentation cet hiver, la simple idĂ©e de proposer un parc automobile s’appuyant sur la fourniture d’Ă©lectricitĂ© est simplement la dĂ©monstration d’un narratif qui fantasme en permanence le rĂ©el sans tirer les leçons de son hubris.

La vidĂ©o du grenier de l’Ă©co, une chaine Youtube Ă  dĂ©couvrir pour ceux qui aiment l’Ă©conomie :