Désinvolte

En ces temps de révolutions tranquilles
Tellement de cris et de bruits qui cognent
Tous ceux qui vous le donnent en mille
Tout en s’en mettant plein les pognes

Y a jamais eu autant de belles paroles
Et de grosses vessies faisant lanternes
En très grandes pompes ça caracole
Dans un paysage de plus en plus terne

Restons désinvoltes
Pas la peine d’aborder
Ces histoires de révoltes
Y a plus qu’√† accorder
Le doux son de nos colts

En ces temps d’apocalypses lents
A l’horizon y a rien qui d√©boule
Tu peux continuer √† fermer l’rang
Sans redouter le petit coup’d’boule

Y en a tellement qui y croit dur
Comme fer que tout peut revenir
Alors que l’odeur sous la dorure
C’est ce qui reste de leur avenir

Restons désinvoltes
Pas la peine d’√©voquer
Ces besoins de récoltes
Y a qu’√† r√©voquer
Le commerce des biscottes

Y a que la Terre qui fait révolution
Petit slow au milieu des astres
Sans qu’aucune consid√©ration
Mesure l’√©tendue du d√©sastre

Les gens sont comme des météores
Perdus dans des courses folles
Agitant leur capes de matadors
Car dans le vent tout s’envole

Restons désinvoltes
Plus la peine d’imaginer
Ces fleurs qui virevoltent
Y a plus qu’√† accepter
La décharge à 100 00O volts.

¬ę¬†√©crit en attendant qu’arrive le bus de mon fils, traduisant mon √©tat d’esprit car je d√©teste attendre ;-}¬†¬Ľ

Désaturation

Je suis all√© voir le second volet de Dune de Denis Villeneuve, ne partageant pas l’enthousiasme aveugle de ma fille en trouvant le film tr√®s monochrome, d’une fadeur chromatique qui m’a pouss√© √† m’interroger sur la potentielle d√©liquescence des b√Ętonnets de mes yeux fatigu√©s. Une petite pens√©e pour une stagiaire que j’avais embauch√©, Cl√©mentine, qui m’avait interpell√© par rapport √† la psychologie appliqu√©e √† la communication. Nous avions convenu de r√©aliser certaines exp√©riences, et j’avais eu plaisir √† constater, √† mon grand dam, que certaines de ses assertions s’√©taient r√©v√©l√©es justes, comme cette fois quand, entre deux pubs, un simple changement de saturation sur un fond vert avait am√©lior√© le score d’une publicit√© en print. Elle avait pris le temps de m’expliquer, alors, que les gens entre 40 et 55 ans √©taient davantage s√©duits par des couleurs d√©satur√©es et autres tons pastels, ce qui s’√©tait r√©alis√© assez nettement. Oui, je sais, il n’est pas possible non plus de parler de r√©elle exp√©rience √©tablie dans des conditions pouvant r√©ifier une potentielle v√©rit√©, mais je pensais vraiment que la pub ferait un bide – au contraire, elle a m√™me un peu mieux march√© qu’√† l’ordinaire. Apr√®s, peut-√™tre que je voulais que Cl√©mentine ait raison, toujours dans une soif √©perdue de sens, j’avais peut-√™tre besoin alors d’en trouver dans des √©tudes et l’int√©r√™t d’une personne √† l’intellect aiguis√© qui ne se suffisait pas de son tr√®s personnel sens du beau et de ses petites convictions esth√©tiques. Les m√©tiers de l’image et de la communication demeurent une exp√©rience intime et puissante sur les affres de la mesquinerie bourgeoise que tout professionnel endure √† plus ou moins forte intensit√©.. Enfin, j’avais √©t√© √©duqu√© sur l’existence des b√Ętonnets et leur r√īle strat√©gique dans notre perception du monde.

Depuis Dune 2 (titre en soi assez comique), je teste ma vision en essayant de jauger si je souffre d’une in√©luctable d√©saturation. Mon salon √©tant une jungle de plantes vertes, mes petites ch√©ries, j’essaie de voir si les couleurs de leurs feuilles sont moins flamboyantes qu’√† l’ordinaire. Et c’est pour le coup tr√®s difficile d’avoir un avis tranch√© sur la question. Comme toujours, condamn√© √† l’enclos de la perception sans pouvoir changer vraiment de point de vue (au premier degr√©), je suis perplexe. Ce qui m’a pouss√© √† √©crire ce matin ce billet avec ce titre, car dans les faits je me demande si je ne vois pas le monde de plus en plus gris. La d√©saturation, chez moi, na√ģt peut-√™tre davantage d’une saturation. Le pire c’est que j’ai adopt√© un chat noir – heureusement que la nature a eu l’heureuse inspiration de le doter d’une paire de yeux √©meraudes qui ne cessent de m’√©merveiller √† chaque instant que je les croise !

Saturation √† cause de l’actualit√©. Apr√®s 50 ans de d√©sindustrialisation intensive pour cause de financiarisation abusive, notre pays conna√ģt le d√©clin in√©luctable d’une nation qui continue de vivre sa tranquille trahison politique. Saturation √† cause d’une l’id√©ologie naus√©abonde qui me fait subir chaque jour un sophisme triomphant. Saturation √† cause de tous les scandales qui √©maillent notre soci√©t√© dont la corruption est devenue une r√©alit√© syst√©mique. Saturation √† cause du climat belliciste qui fait qu’hier j’entendais un professionnel de la mort de masse s’enthousiasmer sur la place de la France dans le commerce de l’armement. Petite pens√©e pour cette news dans laquelle des enfants maniaient des faux fusils dot√© de t√©l√©phone leur permettant de conna√ģtre les joies du shooting en milieu urbain gr√Ęce √† la r√©alit√© augment√©e, concept aussi abscons que l’intelligence artificielle. Saturation, aussi, de l’escroquerie d’une s√©mantique marketing qui s’insinue dans chaque pore d’un langage contamin√© par l’ultra-lib√©ralisme triomphant.

Ma fille a ador√© Dune. En rentrant de la s√©ance, je n’ai pas pu m’emp√™cher de temp√©rer son enthousiasme avec cette affaire de colorim√©trie. Personnellement, je continue de penser qu’avec un poil plus de saturation dans ce d√©sert gris, l’image aurait gagn√© en t√©l√©g√©nie. J’ai toujours consid√©r√© cette inclination √† la d√©saturation et √† l’abus de pastellisation comme un travers d’un embourgeoisement que d√©voile l’ali√©nation de la convention. Ah ! Cette bonne vieille teinte taupe qui faisait les beaux jours des devantures de certains magasins √† la fin de la premi√®re d√©cade de notre second mill√©naire. Quelle horreur que ce bordeaux marronnasse qu’on m’aura impos√© tant de fois avec cet air faussement inspir√© qui dissimule gauchement un b√™te mim√©tisme social ! Oui, je sais, l’abus de couleurs psych√©d√©liques et survitamin√©es n’est pas non plus idoine. Soit. Mais entre les deux, n’y a-t-il pas un oasis dans lequel trouver une certaine et calme beaut√© ? La Joconde avec un peu moins de peps et √ßa deviendrait une grosse sauce de marrons noisettes qui ne ferait m√™me pas un bon ersatz de Nutella. Je ne parle m√™me pas de mon Delacroix ador√©… que serait le Romantisme sans cet √©clat fier de couleurs jet√©es comme des moments de col√®re ou d’humeurs prestement exalt√©s ?

Une fois encore, ce n’est que mon avis. Ma fille a ador√© Dune 2 et ses images ternes… ou alors elle a ador√© un film magnifique √† l’image subtilement sobre et √©l√©gante. Paradoxalement, je ne pouvais m’emp√™cher de penser au Petit Prince et aux dunes color√©es de Saint Exup√©ry. J’ai toujours consid√©r√© ce beau livre comme l’illustration d’un homme qui d√©crit la mort in√©luctable de son enfant int√©rieur. Peut-√™tre que j’essaie de prot√©ger le mien en le laissant dans son d√©sert color√©. Je deviens nostalgique des films de mon enfance, dans lesquels je revis une soci√©t√© toujours aussi bord√©lique mais qui transpire une envie, un d√©sir, que je ne retrouve pas dans la fr√©n√©sie suspecte des images d’aujourd’hui. Les couleurs sont vives, l’image transpire un naturel que les filtres d’aujourd’hui polluent un peu trop. En mati√®re artistique, l’artifice s’ensuit souvent de l’artificiel. L’abus de proc√©d√©s d√©voile une tentation de camoufler le prosa√Įque tant abhorr√©. La volont√© coupable de sublimer le banal en lui donnant la patine des clich√©s photographiques des magazines de mode.

Un truc qui me rassure quand m√™me… c’est que je les trouve bien vertes mes petites plantes. C’est peut-√™tre Dune 2 qui √©tait par trop d√©satur√© ? C’est sur cette note d’espoir f√©brile que j’ach√®verai mon billet du jour avec un clin d‚ÄôŇďil sur-bat√īnnemis√©.

Le légal, le moral, et les IA

HIer soir, ma fille m’a invit√© √† une s√©ance sp√©ciale, car unique, d’un film adapt√© du manga Psycho-pass dont je ne connaissais que le premier √©pisode, d√©couvert en sa compagnie il y a quelques ann√©es. Initialement, c’√©tait un devoir de p√®re de l’accompagner, mais √† l’arriv√©e ce fut une excellente soir√©e √† d√©couvrir un tr√®s bon m√©trage. Je me moquais int√©rieurement de moi d’√™tre rest√© sur mon Akira, meilleur m√©trage de l’animation japonaise, car √† vrai dire si le chef d’oeuvre de Katsuhiro Otomo conserve sa superbe, il est √† pr√©sent, malgr√© tout, marqu√© par certaines th√©matiques qui √©taient alors en vogue… il y a peu, avec mon beau-fr√®re, nous √©voquions tous ces films des ann√©es 70-80 qui tournaient autour de la th√©matique des pouvoirs psychiques. Alors que je m’interrogeais sur la disparition de ce type d’intrigue, il m’a r√©torqu√© tr√®s logiquement que les films de super-h√©ros avaient compl√®tement tu√© l’int√©r√™t potentiel pour ce type de prouesse… et oui, l’emphase, l’hubrys, encore et toujours, qui tonnent et claironnent en commuant le son doux des choses d√©licates… J’aimais pourtant toutes ces intrigues faites d’individus particuliers suscitant la convoitise d’organisations plus ou moins obscures, toujours secr√®tes, et qui finissaient en bonne conclusion par faire la d√©monstration dantesque de leurs capacit√©s. Furie de De Palma, Mai the Psychic Girl, l’√©chiquier du Mal de Dan Simmons, La grande Menace avec Richard Burton dont la VF me reste toujours comme une intense madeleine, Scanners, et donc Akira… Alors, la menace, la chose dont on attendait l’√©mergence comme sorte de grande (r)√©volution √† venir, c’√©tait l’esprit humain, √©chappant au carcan du corps pour se sublimer, se transcender, dans une forme d’√©nergie cosmique, immanente, omnisciente.

Le film d’hier m’a plu mais il m’a aussi fait prendre conscience qu’√† pr√©sent c’est bien √† la machine qu’on voue cette sorte de culte √©trange. Je constate, autour de moi, dans les m√©dias, cette fascination pour ce qui d√©sign√© comme une ¬ę¬†intelligence artificielle¬†¬Ľ, nourrissant autant de craintes que de fantasmes. J’ai toujours √©t√© un homme profond√©ment romantique, en cela que j’ai toujours √©t√© exalt√© et profond√©ment r√™veur. Le paradoxe c’est qu’on m’a souvent reproch√© ma froideur et ma distance, parfois m√™me mon manque de cŇďur… J’ai juste le d√©faut de me m√©fier de mes √©motions comme il est sage d’identifier avant toute chose sa propre nature. Qui fait l’ange fait la b√™te… De cette tension s’est nourri mon caract√®re qui fait que si j’adore, je n’idol√Ętre jamais… Si j’aime, je ne le fais jamais √† moiti√©, je ne crois pas aux compromis, ces zones gris√Ętres qu’en ces temps ultra-lib√©raux certains veulent nous convaincre de l’utilit√©. Je ne transige pas avec la morale, je ne crois pas, √† l’instar de la v√©rit√© ou de la justice, qu’on peut la transformer en un artefact narratif. Au petit matin, quand chacun de nous se r√©veille, c’est aussi le rappel de ces anges et ses d√©mons qui composent la cour que nous formons au fil de nos vies. Les regrets, les remords, les actes manqu√©s, les actes moches, nous font compagnie et nous escorte jusqu’au bout. Il est possible de trouver une mani√®re de s’en accommoder, le d√©ni et la corruption tacite sont des solutions tr√®s accessibles. Personnellement, j’essaie juste de consciencieusement √©viter que le s√©rail s’agrandisse par trop. Et pour cela, la premi√®re r√®gle c’est de ne pas se faire entra√ģner par autrui. Ne pas forc√©ment ¬ę¬†penser¬†¬Ľ comme ce que je d√©signerai les syst√®mes nous invitent √† penser. Consid√©rer les choses, c’est d√©j√† les consid√©rer en partant de soi. Le souci √©tant souvent que nous ne prenons pas le temps de r√©fl√©chir √† la s√©mantique, √† la signifiance de ce que nous regardons. Nous utilisons des expressions, des conventions, comme autant de ¬ę¬†pr√™t-√†-penser¬†¬Ľ qui d√®s leur acceptation, d√®s leur utilisation, nous entra√ģnent dans des logiques perverses et transverses. C’est le cas, √† mon sens pour les ¬ę¬†IA¬†¬Ľ, un acronyme qui d√®s le d√©part, √† l’instar du mot ¬ę¬†dieu¬†¬Ľ, impose une identit√© et un ensemble de valeurs qui ne permettent pas de consid√©rer le sujet dans la crudit√© de l’id√©e premi√®re. Car oui, le mot est une id√©e identifi√©e, habill√©e, v√™tue et par√©e pour √™tre manipul√©e √† l’envi dans la maison de poup√©es qu’est le langage, qu’est la pens√©e.

HIer soir, donc, apr√®s le film, ma fille me demanda, curieuse, expectative, mes impressions… qui furent bien entendu positives et enthousiastes. Mais imm√©diatement, je lui confiais que je doutais que le public de ce genre de programme saisisse la port√©e philosophique du propos qui est, √† mon sens, une r√©flexion au niveau syst√©mique de l’ing√©rence de la technologie dans le fonctionnement des soci√©t√©s humaines. En bref, dans le film, des IA rendent plus ou moins obsol√®tes l’intervention humaine par une forme d’auto-gestion dont l’impartialit√© est √† la mesure du caract√®re inhumain et m√©caniques des m√©canismes mis en oeuvre. Il y avait des propositions int√©ressantes sur l’id√©e des lois, sur la religiosit√© qui na√ģt d’une adh√©sion au scientisme (√† ne pas confondre avec la science tout court), sur la soumission √† la technologie proportionnelle √† notre d√©mission √† vouloir g√©rer nous-m√™mes nos existences. Le paradoxe c’est que je compte tr√®s prochainement utiliser les IA actuels pour mon travail, ce que ma fille voit d’un tr√®s mauvais oeil. Elle a tent√© alors de me clarifier son point de vue en m’expliquant que pour elle les IA menacent le statut de nombres de travailleurs, en premier lieu les artistes. J’ai tent√© alors en retour de lui expliquer que le probl√®me n’est pas l’outil, car les IA ne sont que √ßa, des outils, mais bien le fonctionnement et la philosophie des soci√©t√©s ultra-lib√©rales qui deviennent la norme. Le souci n’est pas l’outil, ne sera jamais l’outil, mais bien la mani√®re dont la richesse produite est redistribu√©e ou au contraire, accapar√©e.

A la fin du film, le personnage f√©minin principal commet un acte profond√©ment christique, courageux, voire r√©volutionnaire. Je dois dire que √ßa m’a emball√© comme m’avait emball√©, il y a plus de 30 ans de cela, la fin de Max et les Ferrailleurs de Claude Sautet. Ce moment charni√®re o√Ļ un individu pr√©f√®re son humanit√©, sa dignit√©, son int√©grit√©, √† la compromission qu’on lui propose. Je ne pense pas que ma fille ait mesur√© l’invitation silencieuse √† la r√©volte, je ne pense pas qu’elle ait discern√© l’intelligence du propos… pas qu’elle en manque, au contraire, d’intelligence, √† l’instar de ceux de sa g√©n√©ration… mais parce qu’elle est prise comme nous tous dans les rouages d’un syst√®mes qui ne nous donne pas le luxe de r√©fl√©chir vraiment, de consid√©rer les choses dans leur ensemble. Le progr√®s dans le domaine des IA vient pourtant de nous forcer √† faire ce boulot, au risque sinon de finir comme dans le m√©trage dans une soci√©t√© o√Ļ m√©caniquement tout est g√©r√©, et donc fourvoy√©, perverti, par les ma√ģtres m√©caniciens. √Čtrange constat que nos soci√©t√©s, d√©non√ßant constamment le manque grandissant d’humanit√© et de compassion dans les rapports humains comme sociaux, ne peuvent que se perdre dans ses promesses technologiques qui peu √† peu, tr√®s insidieusement, √©change la libert√© contre le confort.

Comme un pacte avec le diable, c’est pourtant ce que nous sommes qui est en jeu. Il faut s’interroger sur le prix √† payer, il faut consid√©rer la duperie dans l’√©change. Les IA ne seront que des outils si nous ne nous perdons pas dans une sacralisation excessive qui sert ceux qui veulent conserver le fonctionnement des syst√®mes √† leurs b√©n√©fices. Les IA seront nos ma√ģtres si nous en faisons de nouveaux dieux, installant une th√©ocratique technologique qui n’a besoin que de notre apathie et notre soumission tacite pour prosp√©rer… dans tous les sens du terme.

La bande-annonce de l’excellent film vu hier, que je vous invite √† d√©couvrir :

Amour des Feintes

Triste nouvelle ce WE avec la disparition de Jane Birkin. Une occasion pour moi de lui rendre hommage en √©voquant ¬ę¬†ma¬†¬Ľ chanson fran√ßaise pr√©f√©r√©e, soit Amour des Feintes, chef-d’oeuvre du regrett√© Serge Gainsbourg. J’√©coutais ce morceau la semaine derni√®re, version symphonique… en me disant que si c’est Jane Birkin qui chante c’est bien lui qui s’exprime, r√©v√©lant beaucoup de l’homme qu’il √©tait vraiment, derri√®re l’image chaotique qu’il affichait en permanence dans les m√©dias. Un couple incroyable, des chansons sublimes, une personnalit√© fonci√®rement humaine et √©mouvante… Bye bye Jane B., tu resteras toujours une des plus chouettes ic√īnes d’un pass√© chaque jour de plus en plus r√©volu…

Amours des feintes
Des faux-semblants
Infante défunte
Se pavanant
Cartes en quinte
S’√©difiant
Le palais d’un prince
Catalan
Amours des feintes
Seul un can-
Délabre scint-
Ille au vent
O√Ļ l’on emprunte
Des sentiments
Le labyrinthe
Obsédant
Et comme si de rien n’√©tait
On joue √† l’√©motion
Entre un automne et un été
Mensonge par omission
Amours des feintes
Des faux-semblants
Infante défunte
Se pavanant
Etrange crainte
En écoutant
Les douces plaintes
Du vent
Amours des feintes
Au présent
Et l’on s’√©reinte
Hors du temps
Et pourtant maintes
Fois l’on tend
A se mainte-
Nir longtemps
Le temps ne peut-il s’arr√™ter
Au feu de nos passions
Il les consume sans pitié
Et c’est sans r√©mission
Amours des feintes
Des faux-semblants
Infante défunte
Se pavanant
Couleur absinthe
Odeur du temps
Jamais ne serai
Comme avant
Amours des feintes
Au loin j’entends
Là-bas qui tinte
Le temps
De ces empreintes
De nos vingt ans
Ne restent que les teintes
D’antan
Qui peut être et avoir été
Je pose la question
Peut-être étais-je destinée
A r√™ver d’√©vasion.

Good-bye RyŇęichi Sakamoto

Bon, on fait une petite partie chill de Core Keeper quand votre fils vous apprend que RyŇęichi Sakamoto est mort.

Que dire sinon que je rends hommage √† celui qui a berc√© mes oreilles de tant de belles musiques depuis que j’ai pris connaissance de sa belle existence et de son grand ouvrage avec son joli r√īle dans Furyo (avec l’immense David Bowie avec qui, depuis encore, je l’ai toujours associ√© dans ma m√©moire).

J’aurais pu mettre Forbidden colors, qui reste un th√®me magnifique et magistral, ou celui de Wurthering Heights, mais je pr√©f√®re en ce moment ¬ę¬†citer¬†¬Ľ Amore, du moins tant que le lien Youtube marchera :

Allez, impossible d’y r√©sister, j’adore tellement cette version ¬ę¬†trio¬†¬Ľ de Forbidden colors :

Battu par chaos ?

Un des modules de ce site m’a rappel√© violemment, hier, que √ßa faisait plus d’un mois que je ne m’√©tais pas connect√©. Beaucoup de boulot, une n√©vralgie cervico brachiale qui m’a bien pourri la vie et qui n’est pas totalement r√©gl√©e, et bien entendu le contexte social, √©conomique et politique qui accapare beaucoup de mon attention. Alors ce matin, avant de m’y mettre, petit exercice sain d’√©criture et de r√©flexion sur cette p√©riode √† la fois passionnante et inqui√©tante de notre pr√©sent d√©mocratique.

Depuis presque trois d√©cennies, j’essaie de faire un peu de p√©dagogie sur le concept de la d√©mocratie. Durant des ann√©es, je ne suis pas all√© voter, √† cause d’une petite anecdote qui avait fait sens… Chirac s’√©tait vant√© de sa l√©gitimit√© avec son score au second tour face √† JM Le Pen, et j’avais √©t√© √† la fois d√©go√Ľt√© et contrari√© de tant de roublardise. D√®s lors, j’ai consid√©r√© le vote dans une d√©mocratie repr√©sentative comme une vaste entreprise manipulatoire. Ce qui √©tait n√© il y a longtemps de mon instinct, primal, de d√©fiance et d’irr√©v√©rence, a √©volu√© par la suite avec la progression de mon capital culturel. J’avais il y a plus de 30 ans l’ambition de comprendre ce monde, je ne voulais pas me contenter des r√©ponses toutes faites, des id√©es pr√©con√ßues, des a priori(s), des certitudes qui font que la plupart d’entre nous d√©ambulent dans ce monde en se heurtant aux parois de la caverne davantage qu’en arpentant un chemin lumineux. Maintenant, alors que je vais f√™ter mon quinquanniversaire, j’y vois plus clair avec l’amertume, souvent, de ne pouvoir partager ma vision des choses. Hier, en discutant avec un proche, je me suis encore tu, et je l’ai laiss√© me r√©gurgiter la paquet confectionn√© par l’arsenal m√©diatique qui alimente un narratif totalement d√©cal√© par rapport √† la terrible r√©alit√©. Je n’ai pas agi par condescendance, ni par suffisance, et encore moins par l√Ęchet√©. Simplement, il ne m’est pas possible de d√©tricoter, au fil d’une discussion, le tissu complexe d’une perception du monde compl√®tement fauss√©e.

Mon p√®re est mort l’√©t√© dernier, un homme particulier avec qui j’avais une relation particuli√®re. Nous √©tions loin du clich√© de la relation qui tient du mentorat… mon p√®re √©tait un homme inspirant mais sans instinct paternel. Une de mes premi√®res actions de ma vie d’adulte fut de comprendre et pardonner mon p√®re. Gr√Ęce √† ma m√®re, qui √©tait une femme d’une g√©n√©rosit√© et d’une mis√©ricorde magnifiques, j’ai pu le faire. Sans ses r√©v√©lations, sans sa capacit√© √† me confier les failles et les f√™lures de mon p√®re, j’aurais peut-√™tre fini par lui tenir rancune de son absence, de ses silences, de son indiff√©rence, de son d√©sint√©r√™t. Celui que je suis s’est construit dans l’ombre gigantesque d’un homme vraiment exceptionnel, √† la fois immense et fragile. Il √©tait taiseux, mutique, froid, camp√© dans cette √©l√©gance un brin affect√©e qui’il a malheureusement perdu dans sa vieillesse difficile. Le plus ironique dans tout √ßa, c’est que mes proches, mes enfants notamment, ne supportent jamais mes silences. Ce qui est rare pour eux √©tait mon quotidien avec mon p√®re.

J’aimais mon p√®re, mais d√®s mon plus jeune √Ęge, j’ai pris le parti de ne jamais lui faire de reproches, surtout celui d’√™tre un mauvais p√®re. Et pour cause, il ne l’a pas √©t√©, car en bien des choses il aura √©t√© g√©n√©reux et pr√©sent… la caract√©ristique d’une g√©n√©ration qui vivant l‚Äôopulence, rempla√ßait le temps et la disponibilit√©, l’attention et le don de soi, par l’argent. Avec mon p√®re je n’ai jamais manqu√© de rien… avec mon p√®re j’ai toujours manqu√© de lui.

Un an avant sa mort, alors que des gens manifestaient en masse, pacifiquement, pour d√©noncer les d√©rives du passe sanitaire, j’avais √† peine effleur√© le sujet avec lui au t√©l√©phone, qu’il m’a renvoy√©, hyst√©rique, une impr√©cation d√©finitive : ¬ę¬†Mais tu ne vas pas soutenir ces irresponsables !?¬†¬Ľ. Fin de discussion, raccrochage, moment de solitude personnelle, celle que j’ai v√©cu tellement de fois en sa compagnie. Tous ceux qui ont voulu me comprendre devraient d√©j√† percevoir chez moi l’immense tristesse qui est n√©e de cette distance, insoluble et d√©finitive, entre mon p√®re et moi. J’ai appris √† me taire, √† cacher ma r√©volte et ma col√®re, m√™me si elles ont toujours √©t√© pr√©sentes en moi. J’ai appris √† les juguler et √† en faire un force, une source d’√©nergie. Mais avec la condition de ne pas m’√©garer dans de vaines querelles. Malgr√© tout, toujours me reste l’aigreur du silence, la sensation de fuite qui na√ģt toujours dans la temp√©rance. C√©der √† la col√®re c’est souvent sombrer dans l’hubris… Se garder de l’exc√®s c’est ressentir la frustration de l’inaction.

Ces derni√®res ann√©es, j’ai √©norm√©ment travaill√©, et je ne parle pas seulement de cette hyst√©rie productiviste qui fait les beaux jours de la propagande actuelle. J’adore bosser, j’en ai besoin, et la stimulation d’un quelconque ma√ģtre d’oeuvre qui se pr√©tendrait vital pour compenser ma turpitude ne m’a jamais √©t√© n√©cessaire. Je sais ce que j’ai √† faire, et quand je ne sais pas, je me lance quitte √† affronter des moments d’incertitude voire de solitude. Mais je parle aussi d’un point de vue r√©flexif et culturel. J’ai pris conscience, il y a quelques ann√©es, que j’√©tais moi aussi tellement la t√™te dans le guidon, tellement encourag√© √† faire n’importe quoi, √† accepter n’importe quoi, que je me perdais, lentement, doucement, mais s√Ľrement. Pour toute personne, il y a celui (ou celle) qu’on veut devenir, et celle qu’on devient. Je n’ai jamais pu rentrer dans une case, pas par d√©sir de distinction, pas par pu√©ril volont√© de me sentir meilleur ou diff√©rent des autres. Je ne pouvais pas le faire, tout simplement. J’aurais essay√©, j’aurais fait d’√©normes efforts. Toutes mes r√©ussites et tous mes succ√®s, souvent notables, ne m’ont laiss√© qu’une impression am√®re. La sensation du nonosse en √©change de la servitude. La vraie vanit√© qui se nourrit du regard des autres, souvent compens√©e, presque heureusement, par la d√©n√©gation et le m√©pris de ceux qui me refusaient les troph√©es. Dans cette soci√©t√© de la comp√©tition permanente, c’est un peu √ßa le subtil pi√®ge : tout √©tant fait de croyances, c’est celui qui incante le plus qui souvent l’emporte. Les fameuses apparences, la tension permanente entre la posture et l’imposture. Le narratif. Vivre en soci√©t√© tient √† mes yeux beaucoup √† √ßa : choisir de participer, ou non, au narratif. J’ai longtemps r√™v√©, souhait√©, attendu, ce moment d’√©changes et de dialogue autour de tous les sujets qui font la vie. Presque toujours, √ßa n’aura tourn√© qu’√† l’invitation √† partager (ou non, encore), des certitudes.

Je suis paradoxalement un homme tr√®s heureux. Je sais, le dire, l’√©crire, le pr√©tendre, √ßa sonne toujours comme une incantation, une bravade, une pr√©tention, voire une vanit√© de plus. Mais j’insiste, je suis heureux. Parce que ce bonheur repose sur des choses simples, sur ma capacit√© √† m’√©merveiller, depuis mon enfance, sur des choses d’une simplicit√©, d’une trivialit√©, affolantes. Le chant des oiseaux, hier apr√®s-midi, pendant que je bossais. Mes deux chats qui chahutent et me font rire. Mes enfants qui n’en sont plus, et que je prends plaisir √† voir maintenant m√Ľrir. Le ciel bleu, les arbres, la culture, la beaut√© des √™tres que je croise, la bont√© que je sens en eux, l’humanit√© vibrante qui √† la fois m’√©meut et me d√©sesp√®re souvent. Je vieillis, la majorit√© des gens que j’aimais sont morts, et pourtant jamais je ne me suis senti aussi vivant et en paix avec moi-m√™me. Alors souvent, j’√©cris un commentaire sur les r√©seaux sociaux, puis au moment de l’envoyer, je l’efface. Ce n’est pas de la fuite, ce n’est aucunement de la l√Ęchet√©, je peux fi√®rement dire que ce qui se passe maintenant, je l’avais exactement pr√©dit et annonc√©. Et alors ? Je n’ai m√™me plus envie d’avoir raison, je veux juste ne plus me perdre dans des batailles et des conflits inutiles.

Le chaos actuel est consciencieusement organis√©. Il y a plus d’un an, j’avais √©crit dans un commentaire que tout syst√®me vertical ne peut s’appuyer, √† terme, que sur le contr√īle et la r√©pression. Apr√®s, ce qui me semble le plus absurde dans tout √ßa, c’est l’id√©e que cela puisse suffire et surtout, perdurer. J’√©coute les analyses, ceux qui psychologisent, ceux qui pr√©conisent, ceux qui proph√©tisent, et souvent ce qui me frappe c’est la difficult√© de prendre de la distance, de s’abstraire de ses propres certitudes. Je me suis toujours consid√©r√© comme un homme romantique, au sens le plus pur du terme (sans le r√©duire √† une vignette de strat√©gie commerciale), et je suis frapp√© par la volont√© des forces dominantes √† maintenir le peuple dans l’enclos des √©motions et surtout par l’acceptation de celui-ci √† l’accepter voire le souhaiter. Ce jeu dangereux de la manipulation, quand tu t’appuies sur les r√©actions pour contr√īler ton interlocuteur. Dangereux car l’√©motion fait na√ģtre parfois l’exc√®s, l’acte inconsid√©r√©, le moment de folie.

D’o√Ļ le point d’interrogation √† la fin du titre de ce billet du premier avril 2023 : ¬ę¬†Battu par chaos ?¬†¬Ľ. Reste √† savoir qui le sera, car comme le dit ce proverbe que j’ai toujours aim√© car si po√©tique : ¬ę¬†qui s√®me le vent r√©colte la temp√™te¬†¬Ľ.

Et mon esprit fac√©tieux, et ce moi int√©rieur goguenard qui me glisse alors que j’√©cris ces lignes, d’√©couter ¬ę¬†Comme un Ouragan¬†¬Ľ de St√©phanie (de Monac’).

Je vous l’ai dit, je suis bien malgr√© moi un homme heureux.

Le refuge de la culture

Ce matin, r√©veil confus et grand vent. Pour ma nature un brin hyperactive, c’est √©tonnant l’h√©b√©tement, √ßa me plonge toujours dans une longue introspection afin de comprendre les raisons de la torpeur. J’allume la t√©l√©, r√©flexe d’habitus se rappelant d’un temps o√Ļ ma m√®re allumait d√®s le r√©veil la radio. Je n’ai jamais v√©cu dans le silence en √©tat de veille, il y a toujours eu du bruit, en fond, pour chasser du vide par la pr√©sence du son. Je tombe sur les recommandations de vid√©o de Youtube, qui a beaucoup de mal √† me profiler quelque chose de viable car √† vrai dire je regarde beaucoup de cha√ģnes sans vraiment adh√©rer √† quoi que ce soit. Dans le tas, je d√©couvre la derni√®re cr√©ation de Plan√®te Raw, qui √©voque la d√©couverte d’une ville disparue aux alentours de J√©rusalem remontant √† – 10 000 ans avant JC. J’aime bien l’auteur de cette cha√ģne, car je me sens tr√®s proche de lui par rapport √† la doxa sur l’arch√©ologie. Si je reconnais humblement l’autorit√© des chercheurs de la discipline, je connais assez bien la nature humaine et la tentation du dogmatisme pour me m√©fier, un peu, des certitudes. Une attitude exigeante pour soi-m√™me, car r√©cuser les certitudes des experts c’est aussi admettre sa propre disqualification en tant qu’amateur. Un avis ou une opinion sont choses personnelles, mais c’est aussi la cl√īture du royaume de l’individualit√©. En ces temps o√Ļ s’imposent constamment des v√©rit√©s temporaires mais indiscutables avec la menace du couperet ignominieux de la dissidence (j’aime faire des phrases pompeuses et ¬ę¬†soutenues¬†¬Ľ comme le disent mes enfants le dimanche matin au r√©veil), cette r√©flexion me frappe. Mais je me rassure aussit√īt, me rappelant la fonction purement et illogiquement personnelle de ce blog qui reste et demeure un journal intime √† ciel ouvert. Des fois je me dis que certains peuvent tomber dessus et lire mes divagations. Il appara√ģt sur mon CV, cet √©tat civil officiel qui rappelle le parcours glorieux du travailleur combattant dans la grande sc√®ne du lib√©ralisme triomphant. C’est amusant comme m√™me la valeur d’autrui peut se limiter √† une √©nonciation de faits, comme s’il √©tait possible de discerner le caract√®re et les comp√©tences d’une personne (mot toujours aussi ironique en soi) sur un inventaire chronologique. Je me rappelle, il y a quelques ann√©es, cet √©change improbable avec un recruteur qui s’amusait de voir que dans mes loisirs j’avais os√© mettre ¬ę¬†litt√©rature et cin√©ma¬†¬Ľ. Il se gausse, ricane, et me d√©clare que tout le monde met √ßa, induisant au passage que c’est du bluff (et que √ßa d√©note de ma part une sorte de vide, car pour n’avoir pas sp√©cifi√© le bondage ou la collection de petites voitures, je dois √™tre bien fade au quotidien). Je l’assure de ma pr√©tention et lui permet de tester ma (petite) culture dans les deux domaines, gentil d√©fi qu’il n’acceptera pas. Peut-√™tre, me dis-je, avec ce blog au style si peu ¬ę¬†web¬†¬Ľ et √† la volont√© si peu ¬ę¬†commerciale¬†¬Ľ, trouverais-je en un juge sagace la preuve qui me lib√©rera de la sempiternelle justification, passage oblig√© de cette soci√©t√© o√Ļ le mensonge est devenu une norme, le pouvoir en √©tant la relative force de persuasion et d’acceptation. On ne dispute pas les mensonges des √©lites, on se dit qu’ils ont leurs raisons et qu’apr√®s tout, c’est pour notre bien. Oui, du d√©ni et de l’ob√©issance comme nouvelle philosophie c’est pas mal aussi.

Retombant sur mes pattes comme le chat de ma fille squattant mon canap√© comme chaque matin, je reviens donc au sujet de ce billet, la culture comme refuge. Apr√®s Plan√®te Raw, je zappe rapidement entre r√©volte ou soumission au Passe Vaccinale, les petites √©volutions de la campagne pr√©sidentielle, une petite vid√©o qui m’explique comment me face lifter avec du maquillage (Google, tu es s√Ľr que tu as vu √ßa dans mes recherches ? O√Ļ alors dans ton algo tu as mis mon √Ęge avec dans l’√©quation l’angoisse du passage du temps et les lents ravages de la gravit√© ?), du cin√©ma, de la musique, du jeu vid√©o, et un truc qui m’√©tonne un peu (parfois on se demande si Google n’espionne pas un peu avec le micro mdr), les ¬ę¬†petits secrets du miel industriel¬†¬Ľ. Puis je me rappelle qu’il y a quelques jours j’ai fait une recherche pour comprendre pourquoi mon miel avait commenc√© √† se durcir, ph√©nom√®ne attestant, apparemment, de sa qualit√© d’√©l√©ment ¬ę¬†vivant¬†¬Ľ. Bon, c’est de bonne guerre Google, je ne t’en veux pas de regarder un peu au-dessus de mon √©paule, n’oublions pas la ¬ę¬†gratuit√©¬†¬Ľ de tes services si pr√©cieux. En bref, je m’use √† muser sans m’amuser, et je me retrouve, pantelant, encore hagard (apr√®s l’h√©b√©tude la confusion), √† me demander en quoi me plonger en ce dimanche matin de perdition morale et intellectuelle (il faut toujours mettre un peu de lyrisme dans sa vie). Je vois mon providentiel Chromebook (tu vois Google que je t’aime) et je le d√©ploie comme les ailes d’un ange gardien √©lectronique (adjectif qui se kitschise √† grande vitesse donc je l’aime bien du coup) pour me sauver (un peu). Et je tombe sur une recherche faite il y a quelques jours, pour mon travail de cr√©atif/artiste que je n’aborderai jamais ici (la schizophr√©nie professionnelle ob√©it √† quelques r√®gles bien strictes), concernant un po√®te que mon grand-p√®re maternel citait souvent avec l’emphase √©l√©gante et savoureuse qu’il aimait adopter quand il citait des vers ou une citation bien amen√©e. jos√©-Maria de HEREDIA. Il y a presque 30 ans (mon √Ęge ou presque, √† quelques mois pr√®s), je me suis donn√© un petit but, une petite routine, que j’ai respect√© peu ou prou : chaque jour, assimiler une nouvelle information. N’y voyez pas une pulsion √† l’ambition d√©mesur√©e, pour moi √ßa pouvait se limiter √† un simple mot jusqu’√† l’apprentissage complexe d’une alchimie culinaire (ou recette de cuisine pour faire, un tantinet, dans la simplicit√©). Avec le temps, l’air de rien, cette petite d√©cision a quand m√™me eu des cons√©quences surprenantes. Par exemple, celle de d√©couvrir ce po√®te d’origine cubaine, que par manque de curiosit√©, j’avais class√© dans un obscur placard de r√©f√©rences biais√©es. Pour moi, c’√©tait un po√®te espagnol, du 16√®me si√®cle (mon grand-p√®re citait toujours des vers des ¬ę¬†Conquistadors¬†¬Ľ, ce qui automatiquement, par d√©duction g√©niale, me l’avait rendu contemporain de Christophe Colomb et la d√©couverte des Am√©riques – tiens, je vais m’√©couter rapido Joe Dassin apr√®s ce billet, √ßa me fera une madeleine de quelques minutes), et vu que j’aime Victor Hugo qui sera d√©finitivement le po√®te classique dont l’adoration d√©classe imm√©diatement tous les autres dans la colonne des amateurs, je n’avais jamais pris le temps de me pencher davantage sur la question. Mais pour le boulot, donc, j’ai fait une recherche, et j’ai eu la terrible surprise de tomber sur un autre po√®me dont la beaut√© m’a quelque peu interrog√©. Ce ne fut pas une interrogation violente et si brutale qu’elle vous entra√ģne dans une exaltation subite. Comme souvent chez moi, ce fut une lente s√©dimentation, un peu comme une graine plant√©e qui pousse dans un coin obscure de la psych√©, se transformant en tronc d’arbre que vous prenez en pleine poire un dimanche matin en vous demandant comment ce truc a pu pousser si vite. Je me rends donc sur Wikip√©dia qui, quoi qu’en disent les contempteurs faciles, reste une source d’informations vitale et pr√©cieuse dans cette vaste toile de copypaste fallacieux (je crains plus les copypasta que les creepypasta… ok, j’arr√™te l’humour ce matin, promis !), et je d√©couvre un homme au parcours √©trange et bien loin du portrait que j’avais hardiment cr√©√©. J’ai ouvert la porte de la culture, pas celle qui fait raidir le petit doigt en prenant le th√©, celle qui vous d√©montre toute la richesse d’un monde qui vibre d’individus, d’anonymes, source de joie et de beaut√©. En ces temps tristes et moroses aux constants refrains d’id√©ologie lib√©rale sur le d√©clin, la culture demeure l’oasis √©ternel o√Ļ retrouver un peu de foi, d’inspiration, de joie et de plaisir. Etant passionn√© par l’information, plus par nature que par choix, je sais la diff√©rence entre une donn√©e et une pens√©e. Il n’est rien de plus agr√©able que de lire un po√®me, un dimanche matin, de se laisser emporter quelques secondes dor√©es dans le verbe d’un homme qui a v√©cu et laiss√© ces quelques mots comme autant de p√©pites √©ternelles, dans la vaste √©tendue du d√©vorant et toujours grandissant oubli.

Du refuge de la culture. Et de l’√©criture, √ßa fait du bien.

Les sermons de minuit sur Netflix

Quand je suis sur une plateforme de SVOD je suis tour √† tour perplexe, confus, puis d√©courag√©. Pourquoi ? Car la visualisation, par vignettes, des ¬ę¬†produits¬†¬Ľ culturels, ne me procure que de l’image l√† o√Ļ j’attends du sens, du conseil, du r√©sum√©, en bref, de quoi savoir ce dans quoi je m’appr√™te √† me lancer. Je surfais donc nonchalamment ces jours derniers, quand je vis ce titre √† la vignette peu inspirante. En cliquant un instant je vis quelques noms magiques ; d’abord celui de Mike Flanagan, puis celui de Stephen King. J’ai un grand regret en ce d√©but d’ann√©e, de ne pas avoir vu Doctor Sleep que beaucoup de critiques ont fini par consensus √† saluer, juste parce que j’ai encore commis l’erreur de me faire atti√©dir par une impression partisane avant la sortie du film (du genre ¬ę¬†apr√®s Kubrick, c’est mort¬†¬Ľ) et parce que j’ai le r√©flexe, depuis l’adolescence, de me d√©fier de tout ce qui est trop populaire/populiste… deux attitudes qui ont retard√© souvent ma d√©couverte de purs chef-d’oeuvres, bien que durant tr√®s longtemps, les pr√©conisations de la revue Madmovies furent une boussole solide. Je trouve √† pr√©sent, et de mani√®re g√©n√©rale, dans la presse mais aussi sur le web, que la subjectivit√© prend trop de place – m√™me si le fait d’appr√©cier une oeuvre doit compter, la reconnaissance de ses valeurs intrins√®ques comptent √©galement ; un bon critique ne doit pas dire s’il a aim√© un film, mais s’il est possible que le r√©cepteur de son avis puisse l’aimer, en √©num√©rant les qualit√©s visibles, les th√©matiques, les originalit√©s, etc. Me vient l’exemple de la critique r√©cente d’un film qui ne l’est pas, par ce cher Simon, Jupiter ascending, sur Youtube. J’ai commenc√© √† √©crire un commentaire argumentant mon propre point de vue, et finalement je ne l’ai pas publi√© (pourtant il faisait trois pages, comme tous mes commentaires par ailleurs – que voulez-vous, j’aime √©crire, j’aurais beau le r√©p√©ter il y en aura toujours qui ignoreront cette logorrh√©e fulgurante qui me caract√©rise √† la vie comme √† la sc√®ne). La raison √©tant qu’au moment de valider l’envoi de mon opinion (toujours) √©clair√©e (par une supernova, au moins), je me suis dit que ce ne serait pas une bonne id√©e, finalement, d’intervenir dans une exercice de c√©l√©bration que je trouve un peu pervers (que je qualifierai avec un brin de fac√©tie de r√©habilitation par exc√®s de ferveur personnelle). J’ai une philosophie (parmi une pl√©thore), qui est de ne jamais g√Ęcher le plaisir d’autrui ; si je n’aime pas quelque chose, si je suis d’avis contraire, tant qu’il n’y a pas un discours politique ou id√©ologique, mon r√©flexe est de fermer ma grande gueule et ne pas parasiter le bonheur des autres. Ce n’est m√™me pas de la tol√©rance, quel vilain mot, c’est juste qu’un tout petit pas vers la sagesse √©l√©mentaire que d’avoir conscience que notre individualit√© n’est pas une r√©f√©rence… enfin, je ne me perdrais pas encore dans les ramifications de mes digressions, il suffit de voir un chef d’oeuvre comme le Go√Ľt des autres de Jaoui/Bacri pour s’√©duquer un peu sur la question.

Mais, et c’est le lien avec ma digression, je n’ai rien vu passer sur les Sermonts de minuit. Rien dans le Mad Movies du mois dernier, rien sur Youtube, alors que pour les deux s√©ries Haunting y avait quand m√™me pas mal de monde pour commenter, encourager, pl√©bisciter ou contester. Mais l√†, rien, plein feux sur Matrix 4, plein feux sur Spiderman, mais que dalle sur la nouvelle production/r√©alisation de Mike Flanagan. Un peu surpris, beaucoup curieux, j’ai lanc√© la mini-s√©rie, et l√† un petit bijou, encore (j’ai ador√© les deux saisons de the Haunting), avec une intrigue tr√®s ¬ę¬†kingienne¬†¬Ľ (petite bourgade ricaine, suite de petits portraits typiques, plein d’anti-h√©ros masculins, des femmes fortes (oui, King n’a pas attendu le n√©o f√©minisme pour faire de magnifiques h√©ro√Įnes), des figures religieuses), en bref, c’est plein d’humanit√©, d’√©motions, magnifiquement mises en images par Flanagan, bien jou√© par des acteurs parfaits (syndr√īme American Horror Story, avec le retour de certains acteurs de the Haunting (1 & 2)… en bref je me r√©gale et je me bingwatch le tout (en trichant pour f√™ter le 31 et dormir un peu mais j’ai fini ce matin au r√©veil) et l√† ce qui me frappe, c’est la raison pour laquelle il y a cet √©trange silence autour de la s√©rie. L’analogie avec ce qui passe avec le/la covid, le vaccin, le passe sanitaire… quand on voit que l’intrigue, finalement, nous parle d’une croyance d√©tourn√©e pour imposer √† une communaut√© des certitudes qui finissent par la d√©truire… je me doute que √ßa devient politique sans le vouloir !

Pourtant, il faut regarder la s√©rie en se lib√©rant de tout ce climat anxiog√®ne. Il est question de foi, il y a une tr√®s intelligente r√©flexion sur les religions et notamment un passage o√Ļ le sh√©rif de confession islamiste, fait la promotion de sa foi sans nier celle des autres ! Ce qui me rappelle mes √©changes avec des amis musulmans, il y a quelques ann√©es, quand je leur avais demand√© pourquoi ils √©taient devenus musulmans (l’un √©tait arabe, ing√©nieur, l’autre d’origine fran√ßaise, converti) ; le premier m’avait r√©pondu que comme pour un programme (il √©tait ing√©nieur en informatique) il avait choisi la version la plus r√©cente (!) et l’autre m’avait confi√©, de mani√®re √©nigmatique et stimulante qu’il y avait des v√©rit√©s cach√©es (cod√©es) dans le Coran. Etant profond√©ment la√Įc, je suis paradoxalement pour la totale libert√© religieuse. Il faut cr√©er au sein de nos espaces publics ces dialogues autour des croyances, sans les imposer, sans en faire la promotion. M√™me quelqu’un de profond√©ment ath√©e ne doit pas imposer sa certitude et finalement un certain fanatisme (comme si ne croire en rien √©tait une preuve d’intelligence). La s√©rie pr√©sente ces th√©matiques de mani√®re humaniste et brillante, car si au prime abord on pourrait interpr√©ter le r√©cit et sa r√©solution comme une charge contre la foi, elle est surtout la d√©nonciation des certitudes par la religion.

J’ai √©t√© personnellement tr√®s touch√© par la conclusion de la mini s√©rie en sept √©pisodes, que j’ai trouv√© belle, tr√®s r√©ussie, po√©tique, symbolique, puissante. Ma r√©flexion, prof√©r√©e √† voix haute (oui, je suis fou comme disait ma d√©funte maman, je parle souvent tout seul) c’est que j’adore les t√©n√®bres mais jamais je ne pourrais me passer de la lumi√®re du jour. Tous ces personnages, √† la fin, qui se tournent vers le soleil, comme pr√©sence divine symbolique, procurent √† l’histoire une dimension mythologique. La th√©matique de la lumi√®re, sa perception, est par ailleurs po√©tiquement illustr√©e et finement trait√©e.

Bon, bonne ann√©e 2022 (j’ai failli oubli√©, mais parler de soleil vient de me rappeler que tout √ßa cl√īt une pleine r√©volution autour de son auguste personne) et n’h√©sitez pas √† voir cette s√©rie, elle est juste stimulante, un nouveau coup de ma√ģtre de la part de Mike Flanagan qui r√©ussit vraiment √† saisir l’essence des oeuvres du grand King.

Le syndrome de la Tour de Babel

Je me suis r√©abonn√© √† Netflix. Apr√®s, j’ai √©t√© un des premiers abonn√©s. J’ai tout de m√™me 4 chromecast √† la maison, dont 3 maintenant qui sont stock√©s dans la r√©serve du matos informatique que je me suis constitu√© depuis 20 ans. Mais je suis pass√© il y a un peu plus de deux ans √† ce petit bijou de Nvidia Shield qui me sert de caster √† tout faire (Netflix, Prime, Youtube, Steam, etc.).
Bref, je me suis r√©abonn√© √† Netflix. J’ai des petits coups de nerf parfois, je suis de ceux qui prennent des mesures radicales et un peu brutales quand √ßa me gonfle. L√† c’√©tait un film inepte (mais alors √† un point), o√Ļ on voyait un jeune couple emm√©nager dans une maison pour r√©gler des petits probl√®mes d’adult√®res (sic) provoqu√©s par des petits comportements dysfontionnels (sic) eux-m√™mes caus√©s par des petits comportements moralement odieux (sic) faisant l’√©cho √† tous les probl√®mes de l’humanit√© car dans la dite maison la m√™me histoire avait presque d√©j√† eu lieu (sic sic sic). Ecrit comme une suite de clich√©s et d’arch√©types confinant presque √† la blague lourde (perso j’aurai appel√© le film ¬ę¬†la valse des √©gocentriques¬†¬Ľ), le coup de gr√Ęce d’Aftermath (c’est le titre du truc : ¬ę¬†Cons√©quence¬†¬Ľ en fran√ßais, donc… oui, il y a un peu de philosophie de comptoir l√†, apr√®s c’est juste du fait divers sensationnaliste, ne r√™vez pas) r√©sidait dans sa conclusion qui se permettait, l’air de rien, une petite d√©claration politique bien vacharde. Encore en bref, il y avait cette duret√© pragmatique qu’on bouffe actuellement de partout de la part de tous ces gens qui savent comment r√©gler les probl√®mes (notamment avec les ¬ę¬†intrus¬†¬Ľ qui violent notre territoire). Qui savent comment traiter tous ceux qui nous emp√™chent de vivre notre petit bonheur mat√©rialiste avec leurs drames √† la con et leurs path√©tiques destins d’inadapt√©s sociaux. L√†, j’ai senti que les auteurs et Netflix me disaient sans prendre de gants que je n’√©tais plus la cible. Trop vieux, trop id√©aliste, trop humaniste peut-√™tre… ou alors plus jeune, pas assez cynique, pas assez dur peut-√™tre. J’ai trouv√© les ¬ę¬†h√©ros¬†¬Ľ odieux (mais c’est quoi ces gens qui pensent r√©gler des histoires de trahisons en s’achetant une baraque ?!), invraisemblables (¬ę¬†l’h√©ro√Įne¬†¬Ľ immens√©ment talentueuse avec son atelier mode) et vertigineusement creux (√† la fin on vend la baraque, comme √ßa plus de n√©vroses et de soucis). Un film poubelle, un film miroir d’un certain √©tat d’esprit, avec un discours √† la fois antisociale et anxiog√®ne… qui m’a motiv√© √† me d√©sabonner comme une grosse goutte d’eau splotchant dans un vase d√©j√† trop plein.

Puis, j’ai vu passer les critiques cin√© de ¬ę¬†Don’t look up¬†¬Ľ un peu partout. Des bonnes, des qui te poussent √† remettre en question tes grands serments, qui te font philosopher sur l’extr√©misme du mot ¬ę¬†jamais¬†¬Ľ, qui te chuchotent √† l’oreille que y a que les cons qui changent pas d’avis… et m√™me si tu sais que es perdu pour la cause car tu n’as plus d’illusions sur toi-m√™me, petite chose humaine perdue parmi une pl√©thore d’autres petites choses humaines, tu finis le dimanche soir √† repartir pour un tour, histoire de voir un film au prix d’une place de cin√© (puis ils m’ont tous saoul√© avec Squid Game, et apr√®s deux ans d’attentes j’ai vu qu’il y avait de nouveaux √©pisodes de Jojo’s). Et j’ai vu le film. Et avant de me mettre au boulot (je piaffe d’impatience apr√®s tous ces mois de labeur incessant), ce matin je me l√®ve et j’√©coute la critique sur la cha√ģne Youtube de France Culture. Et donc √ßa me motive √† balancer √† la vol√©e ma propre impression.

J’ai un cerveau √©trange, une sorte d’organisme ind√©pendant qui vit sa propre vie. Donc, je regardais la critique (avec le son, hein, ne commencez pas √† dire que je faisais preuve d’inattention), quand une petite musique a commenc√© √† r√©sonner (j’adore toujours l’homonymie avec ¬ę¬†raisonner¬†¬Ľ) dans mon cr√Ęne, devenant un petit peu ent√™tante alors que j’entamais mon deuxi√®me caf√©. M’attardant un instant √† identifier la m√©lodie trublionne, je me rendis compte, effar√© (j’ai envie de sortir plein de termes d√©cal√©s ce matin, c’est mon cot√© fac√©tieux qui se d√©cha√ģne), qu’il s’agissait de ¬ę¬†Land of Confusion¬†¬Ľ de Genesis.

Petite madeleine de Proust surprise : on est en 1986, et je vais m’acheter le 33 tours du dernier album de Genesis, ¬ę¬†Invisible Touch¬†¬Ľ. J’aime tellement cet album que je n’h√©siterai pas √† l’offrir, quelques mois plus tard, √† un copain pour son anniversaire. Un petit bijou, il m’arrive encore d’√©couter souvent le morceau ¬ę¬†In too deep¬†¬Ľ que je viens par ailleurs de remettre en fond sonore avant d’achever cette phrase . Mais ce matin, c’√©tait le morceau pr√©c√©demment cit√© qui m’√©tait venu en ¬ę¬†commentaire¬†¬Ľ, ¬ę¬†Land of confusion¬†¬Ľ.

A ce moment pr√©cis de ce billet intempestif, je suis √† la crois√©e des intentions et des sensations. Je regarde l’heure et je me dis qu’il serait peut-√™tre temps de m’y mettre (au boulot), enfin si je veux accomplir la t√Ęche de la journ√©e (baptis√©e pragmatiquement ¬ę¬†faire le fond des cases¬†¬Ľ). Je me dis que j’ai d√©j√† √©crit beaucoup, ce qui n’est pas un souci en soi, mais qui ne m√®ne √† rien dans cette id√©e d’un lectorat souffrant d’un d√©ficit permanent d’attention et donc d’int√©r√™t (ŌÜ(k) = At), et que finalement la pirouette stylistique et critique pourrait s’accomplir, non sans brio, en explicitant le titre de ce billet et en expliquant la r√©f√©rence musicale. Dont acte, je vous ai d√©j√† donn√© tous les gages de mon g√©nie et la profondeur de mes r√©f√©rences culturelles. Comme je l’explique r√©guli√®rement √† ma fille, elle-m√™me dans la ¬ę com’ ¬Ľ, ¬ę¬†interroges-toi toujours sur l’intention !¬†¬Ľ – et vous, esth√®te de la forme, contemplez cette savante utilisation des guillemets fran√ßais et anglais dans une m√™me phrase).

Dont acte : Don’t look up est dans la lign√©e du titre de Genesis (paroles + clip : souvenir de l’√©mission Spitting Images qui √©taient la version enrag√©e des Guignols de l’info outre atlantique) la d√©monstration du syndrome de la Tour de Babel. O√Ļ quand une volont√© sup√©rieure s’ing√©nie √† semer la division par l’entremise de la confusion et de la dissonance, qui s’incarnent dans le chaos politique et soci√©tale (que seule la parodie, la caricature, peut synth√©tiser dans une oeuvre de fiction). Ne plus parler la m√™me langue, c’est ne plus se comprendre, c’est aussi ne plus s’√©couter. C’est l’√©chec de la synergie sociale, soci√©tale, qui signe le d√©but de la fin. Sur France Culture ils ont bien tourn√© dans le bocal mais il manquait, √† mon sens, cette petite pr√©cision qui r√©sume tout. Le film ne parle pas tant de fin du monde, n’est pas tant la caricature ou la parodie de notre soci√©t√© ultra m√©diatique et corrompue (j’ai un article plus s√©rieux en brouillon que j’ai intitul√© ¬ę¬†la guerre des al√©theia¬†¬Ľ qui sortira peut-√™tre un jour – oui, je sais, vous avez h√Ęte), que le constat d√©senchant√© de cette impossibilit√©, de plus en plus nette, d’une concorde. Dans le r√©cit biblique, la construction de la tour est interrompue, emp√™chant l’homme d’√©galer Dieu. Et Dieu symbolisant l’√©ternit√©, il n’y a plus que la mort √† la fin du r√©cit, celle qui emporte tout.

Conclusion vertigineuse, dramatique et un poil émouvante qui va clore ce billet sur une note heureuse et optimiste.

Et Joyeux No√ęl (au sens pa√Įen ou non, restons insolemment la√Įc) au passage (mdr).

Note : la chronique de France Culture et le clip de Genesis Рoui, citons les sources (et ça fait des illustration habillant de manière ludique et colorée ces grandes pages blanches remplis de verbiage).

Don’t look up – Teaser in french by Netflix
La chronique de France Culture
Land of confusion