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Catégorie : Art & petits plaisirs de la vie

L’Art nous permet de nous élever, que nous soyons spectateurs, acteurs ou créateurs. Maintenant, où débute et où se termine son territoire ? En ce début de XXIème siècle, l’évolution technologique a repoussé les limites culturelles du passé, et il est de plus en plus difficile de cloisonner l’Art dans un registre ou une intention bien précise. A la vérité, l’Art est partout, sa profusion provoque inévitablement sa banalisation. Néanmoins, il est intéressant, autant que faire ce peut, de témoigner du plaisir qu’il nous procure lorsque nous en rencontrons sa manifestation.

Le refuge de la culture

Ce matin, réveil confus et grand vent. Pour ma nature un brin hyperactive, c’est étonnant l’hébétement, ça me plonge toujours dans une longue introspection afin de comprendre les raisons de la torpeur. J’allume la télé, réflexe d’habitus se rappelant d’un temps où ma mère allumait dès le réveil la radio. Je n’ai jamais vécu dans le silence en état de veille, il y a toujours eu du bruit, en fond, pour chasser du vide par la présence du son. Je tombe sur les recommandations de vidéo de Youtube, qui a beaucoup de mal à me profiler quelque chose de viable car à vrai dire je regarde beaucoup de chaînes sans vraiment adhérer à quoi que ce soit. Dans le tas, je découvre la dernière création de Planète Raw, qui évoque la découverte d’une ville disparue aux alentours de Jérusalem remontant à – 10 000 ans avant JC. J’aime bien l’auteur de cette chaîne, car je me sens très proche de lui par rapport à la doxa sur l’archéologie. Si je reconnais humblement l’autorité des chercheurs de la discipline, je connais assez bien la nature humaine et la tentation du dogmatisme pour me méfier, un peu, des certitudes. Une attitude exigeante pour soi-même, car récuser les certitudes des experts c’est aussi admettre sa propre disqualification en tant qu’amateur. Un avis ou une opinion sont choses personnelles, mais c’est aussi la clôture du royaume de l’individualité. En ces temps où s’imposent constamment des vérités temporaires mais indiscutables avec la menace du couperet ignominieux de la dissidence (j’aime faire des phrases pompeuses et « soutenues » comme le disent mes enfants le dimanche matin au réveil), cette réflexion me frappe. Mais je me rassure aussitôt, me rappelant la fonction purement et illogiquement personnelle de ce blog qui reste et demeure un journal intime à ciel ouvert. Des fois je me dis que certains peuvent tomber dessus et lire mes divagations. Il apparaît sur mon CV, cet état civil officiel qui rappelle le parcours glorieux du travailleur combattant dans la grande scène du libéralisme triomphant. C’est amusant comme même la valeur d’autrui peut se limiter à une énonciation de faits, comme s’il était possible de discerner le caractère et les compétences d’une personne (mot toujours aussi ironique en soi) sur un inventaire chronologique. Je me rappelle, il y a quelques années, cet échange improbable avec un recruteur qui s’amusait de voir que dans mes loisirs j’avais osé mettre « littérature et cinéma ». Il se gausse, ricane, et me déclare que tout le monde met ça, induisant au passage que c’est du bluff (et que ça dénote de ma part une sorte de vide, car pour n’avoir pas spécifié le bondage ou la collection de petites voitures, je dois être bien fade au quotidien). Je l’assure de ma prétention et lui permet de tester ma (petite) culture dans les deux domaines, gentil défi qu’il n’acceptera pas. Peut-être, me dis-je, avec ce blog au style si peu « web » et à la volonté si peu « commerciale », trouverais-je en un juge sagace la preuve qui me libérera de la sempiternelle justification, passage obligé de cette société où le mensonge est devenu une norme, le pouvoir en étant la relative force de persuasion et d’acceptation. On ne dispute pas les mensonges des élites, on se dit qu’ils ont leurs raisons et qu’après tout, c’est pour notre bien. Oui, du déni et de l’obéissance comme nouvelle philosophie c’est pas mal aussi.

Retombant sur mes pattes comme le chat de ma fille squattant mon canapé comme chaque matin, je reviens donc au sujet de ce billet, la culture comme refuge. Après Planète Raw, je zappe rapidement entre révolte ou soumission au Passe Vaccinale, les petites évolutions de la campagne présidentielle, une petite vidéo qui m’explique comment me face lifter avec du maquillage (Google, tu es sûr que tu as vu ça dans mes recherches ? Où alors dans ton algo tu as mis mon âge avec dans l’équation l’angoisse du passage du temps et les lents ravages de la gravité ?), du cinéma, de la musique, du jeu vidéo, et un truc qui m’étonne un peu (parfois on se demande si Google n’espionne pas un peu avec le micro mdr), les « petits secrets du miel industriel ». Puis je me rappelle qu’il y a quelques jours j’ai fait une recherche pour comprendre pourquoi mon miel avait commencé à se durcir, phénomène attestant, apparemment, de sa qualité d’élément « vivant ». Bon, c’est de bonne guerre Google, je ne t’en veux pas de regarder un peu au-dessus de mon épaule, n’oublions pas la « gratuité » de tes services si précieux. En bref, je m’use à muser sans m’amuser, et je me retrouve, pantelant, encore hagard (après l’hébétude la confusion), à me demander en quoi me plonger en ce dimanche matin de perdition morale et intellectuelle (il faut toujours mettre un peu de lyrisme dans sa vie). Je vois mon providentiel Chromebook (tu vois Google que je t’aime) et je le déploie comme les ailes d’un ange gardien électronique (adjectif qui se kitschise à grande vitesse donc je l’aime bien du coup) pour me sauver (un peu). Et je tombe sur une recherche faite il y a quelques jours, pour mon travail de créatif/artiste que je n’aborderai jamais ici (la schizophrénie professionnelle obéit à quelques règles bien strictes), concernant un poète que mon grand-père maternel citait souvent avec l’emphase élégante et savoureuse qu’il aimait adopter quand il citait des vers ou une citation bien amenée. josé-Maria de HEREDIA. Il y a presque 30 ans (mon âge ou presque, à quelques mois près), je me suis donné un petit but, une petite routine, que j’ai respecté peu ou prou : chaque jour, assimiler une nouvelle information. N’y voyez pas une pulsion à l’ambition démesurée, pour moi ça pouvait se limiter à un simple mot jusqu’à l’apprentissage complexe d’une alchimie culinaire (ou recette de cuisine pour faire, un tantinet, dans la simplicité). Avec le temps, l’air de rien, cette petite décision a quand même eu des conséquences surprenantes. Par exemple, celle de découvrir ce poète d’origine cubaine, que par manque de curiosité, j’avais classé dans un obscur placard de références biaisées. Pour moi, c’était un poète espagnol, du 16ème siècle (mon grand-père citait toujours des vers des « Conquistadors », ce qui automatiquement, par déduction géniale, me l’avait rendu contemporain de Christophe Colomb et la découverte des Amériques – tiens, je vais m’écouter rapido Joe Dassin après ce billet, ça me fera une madeleine de quelques minutes), et vu que j’aime Victor Hugo qui sera définitivement le poète classique dont l’adoration déclasse immédiatement tous les autres dans la colonne des amateurs, je n’avais jamais pris le temps de me pencher davantage sur la question. Mais pour le boulot, donc, j’ai fait une recherche, et j’ai eu la terrible surprise de tomber sur un autre poème dont la beauté m’a quelque peu interrogé. Ce ne fut pas une interrogation violente et si brutale qu’elle vous entraîne dans une exaltation subite. Comme souvent chez moi, ce fut une lente sédimentation, un peu comme une graine plantée qui pousse dans un coin obscure de la psyché, se transformant en tronc d’arbre que vous prenez en pleine poire un dimanche matin en vous demandant comment ce truc a pu pousser si vite. Je me rends donc sur Wikipédia qui, quoi qu’en disent les contempteurs faciles, reste une source d’informations vitale et précieuse dans cette vaste toile de copypaste fallacieux (je crains plus les copypasta que les creepypasta… ok, j’arrête l’humour ce matin, promis !), et je découvre un homme au parcours étrange et bien loin du portrait que j’avais hardiment créé. J’ai ouvert la porte de la culture, pas celle qui fait raidir le petit doigt en prenant le thé, celle qui vous démontre toute la richesse d’un monde qui vibre d’individus, d’anonymes, source de joie et de beauté. En ces temps tristes et moroses aux constants refrains d’idéologie libérale sur le déclin, la culture demeure l’oasis éternel où retrouver un peu de foi, d’inspiration, de joie et de plaisir. Etant passionné par l’information, plus par nature que par choix, je sais la différence entre une donnée et une pensée. Il n’est rien de plus agréable que de lire un poème, un dimanche matin, de se laisser emporter quelques secondes dorées dans le verbe d’un homme qui a vécu et laissé ces quelques mots comme autant de pépites éternelles, dans la vaste étendue du dévorant et toujours grandissant oubli.

Du refuge de la culture. Et de l’écriture, ça fait du bien.

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Les sermons de minuit sur Netflix

Quand je suis sur une plateforme de SVOD je suis tour à tour perplexe, confus, puis découragé. Pourquoi ? Car la visualisation, par vignettes, des « produits » culturels, ne me procure que de l’image là où j’attends du sens, du conseil, du résumé, en bref, de quoi savoir ce dans quoi je m’apprête à me lancer. Je surfais donc nonchalamment ces jours derniers, quand je vis ce titre à la vignette peu inspirante. En cliquant un instant je vis quelques noms magiques ; d’abord celui de Mike Flanagan, puis celui de Stephen King. J’ai un grand regret en ce début d’année, de ne pas avoir vu Doctor Sleep que beaucoup de critiques ont fini par consensus à saluer, juste parce que j’ai encore commis l’erreur de me faire attiédir par une impression partisane avant la sortie du film (du genre « après Kubrick, c’est mort ») et parce que j’ai le réflexe, depuis l’adolescence, de me défier de tout ce qui est trop populaire/populiste… deux attitudes qui ont retardé souvent ma découverte de purs chef-d’oeuvres, bien que durant très longtemps, les préconisations de la revue Madmovies furent une boussole solide. Je trouve à présent, et de manière générale, dans la presse mais aussi sur le web, que la subjectivité prend trop de place – même si le fait d’apprécier une oeuvre doit compter, la reconnaissance de ses valeurs intrinsèques comptent également ; un bon critique ne doit pas dire s’il a aimé un film, mais s’il est possible que le récepteur de son avis puisse l’aimer, en énumérant les qualités visibles, les thématiques, les originalités, etc. Me vient l’exemple de la critique récente d’un film qui ne l’est pas, par ce cher Simon, Jupiter ascending, sur Youtube. J’ai commencé à écrire un commentaire argumentant mon propre point de vue, et finalement je ne l’ai pas publié (pourtant il faisait trois pages, comme tous mes commentaires par ailleurs – que voulez-vous, j’aime écrire, j’aurais beau le répéter il y en aura toujours qui ignoreront cette logorrhée fulgurante qui me caractérise à la vie comme à la scène). La raison étant qu’au moment de valider l’envoi de mon opinion (toujours) éclairée (par une supernova, au moins), je me suis dit que ce ne serait pas une bonne idée, finalement, d’intervenir dans une exercice de célébration que je trouve un peu pervers (que je qualifierai avec un brin de facétie de réhabilitation par excès de ferveur personnelle). J’ai une philosophie (parmi une pléthore), qui est de ne jamais gâcher le plaisir d’autrui ; si je n’aime pas quelque chose, si je suis d’avis contraire, tant qu’il n’y a pas un discours politique ou idéologique, mon réflexe est de fermer ma grande gueule et ne pas parasiter le bonheur des autres. Ce n’est même pas de la tolérance, quel vilain mot, c’est juste qu’un tout petit pas vers la sagesse élémentaire que d’avoir conscience que notre individualité n’est pas une référence… enfin, je ne me perdrais pas encore dans les ramifications de mes digressions, il suffit de voir un chef d’oeuvre comme le Goût des autres de Jaoui/Bacri pour s’éduquer un peu sur la question.

Mais, et c’est le lien avec ma digression, je n’ai rien vu passer sur les Sermonts de minuit. Rien dans le Mad Movies du mois dernier, rien sur Youtube, alors que pour les deux séries Haunting y avait quand même pas mal de monde pour commenter, encourager, plébisciter ou contester. Mais là, rien, plein feux sur Matrix 4, plein feux sur Spiderman, mais que dalle sur la nouvelle production/réalisation de Mike Flanagan. Un peu surpris, beaucoup curieux, j’ai lancé la mini-série, et là un petit bijou, encore (j’ai adoré les deux saisons de the Haunting), avec une intrigue très « kingienne » (petite bourgade ricaine, suite de petits portraits typiques, plein d’anti-héros masculins, des femmes fortes (oui, King n’a pas attendu le néo féminisme pour faire de magnifiques héroïnes), des figures religieuses), en bref, c’est plein d’humanité, d’émotions, magnifiquement mises en images par Flanagan, bien joué par des acteurs parfaits (syndrôme American Horror Story, avec le retour de certains acteurs de the Haunting (1 & 2)… en bref je me régale et je me bingwatch le tout (en trichant pour fêter le 31 et dormir un peu mais j’ai fini ce matin au réveil) et là ce qui me frappe, c’est la raison pour laquelle il y a cet étrange silence autour de la série. L’analogie avec ce qui passe avec le/la covid, le vaccin, le passe sanitaire… quand on voit que l’intrigue, finalement, nous parle d’une croyance détournée pour imposer à une communauté des certitudes qui finissent par la détruire… je me doute que ça devient politique sans le vouloir !

Pourtant, il faut regarder la série en se libérant de tout ce climat anxiogène. Il est question de foi, il y a une très intelligente réflexion sur les religions et notamment un passage où le shérif de confession islamiste, fait la promotion de sa foi sans nier celle des autres ! Ce qui me rappelle mes échanges avec des amis musulmans, il y a quelques années, quand je leur avais demandé pourquoi ils étaient devenus musulmans (l’un était arabe, ingénieur, l’autre d’origine française, converti) ; le premier m’avait répondu que comme pour un programme (il était ingénieur en informatique) il avait choisi la version la plus récente (!) et l’autre m’avait confié, de manière énigmatique et stimulante qu’il y avait des vérités cachées (codées) dans le Coran. Etant profondément laïc, je suis paradoxalement pour la totale liberté religieuse. Il faut créer au sein de nos espaces publics ces dialogues autour des croyances, sans les imposer, sans en faire la promotion. Même quelqu’un de profondément athée ne doit pas imposer sa certitude et finalement un certain fanatisme (comme si ne croire en rien était une preuve d’intelligence). La série présente ces thématiques de manière humaniste et brillante, car si au prime abord on pourrait interpréter le récit et sa résolution comme une charge contre la foi, elle est surtout la dénonciation des certitudes par la religion.

J’ai été personnellement très touché par la conclusion de la mini série en sept épisodes, que j’ai trouvé belle, très réussie, poétique, symbolique, puissante. Ma réflexion, proférée à voix haute (oui, je suis fou comme disait ma défunte maman, je parle souvent tout seul) c’est que j’adore les ténèbres mais jamais je ne pourrais me passer de la lumière du jour. Tous ces personnages, à la fin, qui se tournent vers le soleil, comme présence divine symbolique, procurent à l’histoire une dimension mythologique. La thématique de la lumière, sa perception, est par ailleurs poétiquement illustrée et finement traitée.

Bon, bonne année 2022 (j’ai failli oublié, mais parler de soleil vient de me rappeler que tout ça clôt une pleine révolution autour de son auguste personne) et n’hésitez pas à voir cette série, elle est juste stimulante, un nouveau coup de maître de la part de Mike Flanagan qui réussit vraiment à saisir l’essence des oeuvres du grand King.

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Le syndrome de la Tour de Babel

Je me suis réabonné à Netflix. Après, j’ai été un des premiers abonnés. J’ai tout de même 4 chromecast à la maison, dont 3 maintenant qui sont stockés dans la réserve du matos informatique que je me suis constitué depuis 20 ans. Mais je suis passé il y a un peu plus de deux ans à ce petit bijou de Nvidia Shield qui me sert de caster à tout faire (Netflix, Prime, Youtube, Steam, etc.).
Bref, je me suis réabonné à Netflix. J’ai des petits coups de nerf parfois, je suis de ceux qui prennent des mesures radicales et un peu brutales quand ça me gonfle. Là c’était un film inepte (mais alors à un point), où on voyait un jeune couple emménager dans une maison pour régler des petits problèmes d’adultères (sic) provoqués par des petits comportements dysfontionnels (sic) eux-mêmes causés par des petits comportements moralement odieux (sic) faisant l’écho à tous les problèmes de l’humanité car dans la dite maison la même histoire avait presque déjà eu lieu (sic sic sic). Ecrit comme une suite de clichés et d’archétypes confinant presque à la blague lourde (perso j’aurai appelé le film « la valse des égocentriques »), le coup de grâce d’Aftermath (c’est le titre du truc : « Conséquence » en français, donc… oui, il y a un peu de philosophie de comptoir là, après c’est juste du fait divers sensationnaliste, ne rêvez pas) résidait dans sa conclusion qui se permettait, l’air de rien, une petite déclaration politique bien vacharde. Encore en bref, il y avait cette dureté pragmatique qu’on bouffe actuellement de partout de la part de tous ces gens qui savent comment régler les problèmes (notamment avec les « intrus » qui violent notre territoire). Qui savent comment traiter tous ceux qui nous empêchent de vivre notre petit bonheur matérialiste avec leurs drames à la con et leurs pathétiques destins d’inadaptés sociaux. Là, j’ai senti que les auteurs et Netflix me disaient sans prendre de gants que je n’étais plus la cible. Trop vieux, trop idéaliste, trop humaniste peut-être… ou alors plus jeune, pas assez cynique, pas assez dur peut-être. J’ai trouvé les « héros » odieux (mais c’est quoi ces gens qui pensent régler des histoires de trahisons en s’achetant une baraque ?!), invraisemblables (« l’héroïne » immensément talentueuse avec son atelier mode) et vertigineusement creux (à la fin on vend la baraque, comme ça plus de névroses et de soucis). Un film poubelle, un film miroir d’un certain état d’esprit, avec un discours à la fois antisociale et anxiogène… qui m’a motivé à me désabonner comme une grosse goutte d’eau splotchant dans un vase déjà trop plein.

Puis, j’ai vu passer les critiques ciné de « Don’t look up » un peu partout. Des bonnes, des qui te poussent à remettre en question tes grands serments, qui te font philosopher sur l’extrémisme du mot « jamais », qui te chuchotent à l’oreille que y a que les cons qui changent pas d’avis… et même si tu sais que es perdu pour la cause car tu n’as plus d’illusions sur toi-même, petite chose humaine perdue parmi une pléthore d’autres petites choses humaines, tu finis le dimanche soir à repartir pour un tour, histoire de voir un film au prix d’une place de ciné (puis ils m’ont tous saoulé avec Squid Game, et après deux ans d’attentes j’ai vu qu’il y avait de nouveaux épisodes de Jojo’s). Et j’ai vu le film. Et avant de me mettre au boulot (je piaffe d’impatience après tous ces mois de labeur incessant), ce matin je me lève et j’écoute la critique sur la chaîne Youtube de France Culture. Et donc ça me motive à balancer à la volée ma propre impression.

J’ai un cerveau étrange, une sorte d’organisme indépendant qui vit sa propre vie. Donc, je regardais la critique (avec le son, hein, ne commencez pas à dire que je faisais preuve d’inattention), quand une petite musique a commencé à résonner (j’adore toujours l’homonymie avec « raisonner ») dans mon crâne, devenant un petit peu entêtante alors que j’entamais mon deuxième café. M’attardant un instant à identifier la mélodie trublionne, je me rendis compte, effaré (j’ai envie de sortir plein de termes décalés ce matin, c’est mon coté facétieux qui se déchaîne), qu’il s’agissait de « Land of Confusion » de Genesis.

Petite madeleine de Proust surprise : on est en 1986, et je vais m’acheter le 33 tours du dernier album de Genesis, « Invisible Touch ». J’aime tellement cet album que je n’hésiterai pas à l’offrir, quelques mois plus tard, à un copain pour son anniversaire. Un petit bijou, il m’arrive encore d’écouter souvent le morceau « In too deep » que je viens par ailleurs de remettre en fond sonore avant d’achever cette phrase . Mais ce matin, c’était le morceau précédemment cité qui m’était venu en « commentaire », « Land of confusion ».

A ce moment précis de ce billet intempestif, je suis à la croisée des intentions et des sensations. Je regarde l’heure et je me dis qu’il serait peut-être temps de m’y mettre (au boulot), enfin si je veux accomplir la tâche de la journée (baptisée pragmatiquement « faire le fond des cases »). Je me dis que j’ai déjà écrit beaucoup, ce qui n’est pas un souci en soi, mais qui ne mène à rien dans cette idée d’un lectorat souffrant d’un déficit permanent d’attention et donc d’intérêt (φ(k) = At), et que finalement la pirouette stylistique et critique pourrait s’accomplir, non sans brio, en explicitant le titre de ce billet et en expliquant la référence musicale. Dont acte, je vous ai déjà donné tous les gages de mon génie et la profondeur de mes références culturelles. Comme je l’explique régulièrement à ma fille, elle-même dans la « com’ », « interroges-toi toujours sur l’intention ! » – et vous, esthète de la forme, contemplez cette savante utilisation des guillemets français et anglais dans une même phrase).

Dont acte : Don’t look up est dans la lignée du titre de Genesis (paroles + clip : souvenir de l’émission Spitting Images qui étaient la version enragée des Guignols de l’info outre atlantique) la démonstration du syndrome de la Tour de Babel. Où quand une volonté supérieure s’ingénie à semer la division par l’entremise de la confusion et de la dissonance, qui s’incarnent dans le chaos politique et sociétale (que seule la parodie, la caricature, peut synthétiser dans une oeuvre de fiction). Ne plus parler la même langue, c’est ne plus se comprendre, c’est aussi ne plus s’écouter. C’est l’échec de la synergie sociale, sociétale, qui signe le début de la fin. Sur France Culture ils ont bien tourné dans le bocal mais il manquait, à mon sens, cette petite précision qui résume tout. Le film ne parle pas tant de fin du monde, n’est pas tant la caricature ou la parodie de notre société ultra médiatique et corrompue (j’ai un article plus sérieux en brouillon que j’ai intitulé « la guerre des alétheia » qui sortira peut-être un jour – oui, je sais, vous avez hâte), que le constat désenchanté de cette impossibilité, de plus en plus nette, d’une concorde. Dans le récit biblique, la construction de la tour est interrompue, empêchant l’homme d’égaler Dieu. Et Dieu symbolisant l’éternité, il n’y a plus que la mort à la fin du récit, celle qui emporte tout.

Conclusion vertigineuse, dramatique et un poil émouvante qui va clore ce billet sur une note heureuse et optimiste.

Et Joyeux Noël (au sens païen ou non, restons insolemment laïc) au passage (mdr).

Note : la chronique de France Culture et le clip de Genesis – oui, citons les sources (et ça fait des illustration habillant de manière ludique et colorée ces grandes pages blanches remplis de verbiage).

Don’t look up – Teaser in french by Netflix
La chronique de France Culture
Land of confusion
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En passant…

Très longtemps que je ne suis pas venu ici pour poster un article, mais le boulot m’accapare, mon grand projet qui prend forme petit à petit en me demandant toute mon énergie et tous mes efforts. Mais au vu des événements, il faut écrire pour témoigner. Même si ce blog n’est que mon journal intime à ciel ouvert, en résumé juste un espace personnel pour défouler, un peu, ma passion pour l’écriture, c’est important à l’heure actuelle de signifier sa position par rapport à l’orientation d’un monde qui part dans une très mauvaise direction.

J’adore les mots, j’adore le langage, je suis philologue au sens étymologique du terme. Très jeune, on a remarqué cette facilité que certains qualifient de don et qui n’est à mon sens qu’une expression d’une certaine sensibilité. Quand j’étais enfant, les mots sonnaient comme des notes de musique et longtemps, j’ai écrit en composant plus qu’en réfléchissant. Je suis très sensible à la poésie et je peux être véritablement ému à la lecture ou à l’écoute d’un beau texte. Il y avait pour moi une forme d’harmonie dans l’écriture qui longtemps, fut ma boussole. Puis avec le temps est venu la quête du sens. Soif de culture avant tout, car je venais d’un milieu humble malgré des parents d’une rare intelligence et d’une certaine finesse. Je ne suis pas l’expression de mon habitus, je suis pour le coup, et j’écris ça avec énormément d’humour et de dérision, le parfait français. Actuellement, c’est compliqué d’écrire ou de dire ça, car dans cette époque trouble de repli sur soi, de haine et de rancoeur pour cet autrui qui nous prend tout, dans cette hystérie qui raconte une réalité où les espaces sont menacés en permanence d’une perfide invasion… être français sonne comme une déclaration de guerre.

Paradoxe étrange de ce pays tellement enivré de lui-même, de l’image qu’il se fait de lui, de cette idée fixe qui compose l’essentiel du discours patriotique. Le pays des Lumières, le pays des droits de l’homme, le pays de la Liberté. Et aussi de tout son inverse, des pires exactions, des pires corruptions. J’ai eu l’immense chance d’avoir deux grand-pères formidables, les deux militaires, qui ont été du bon coté en 39/45. Du coté maternelle, il crapahutait aux cotés du Général Leclerc, et il a débarqué à Paris à l’issue de cette odyssée. L’autre a reçu, deux mois avant sa mort il y a 5 ans , son euthanasie pour être précis, la légion d’honneur pour acte de bravoure (dynamitage de voies ferrées dans la Résistance). Je me rappelle mon grand-père paternel avec qui j’avais un rapport particulier, un rapport fort, car nos caractères avaient l’évidence la même hardiesse… ce que je comprends, à présent, avec le temps. A peine avait-il reçu cette médaille, rentré chez lui, vautré dans son fauteuil, affaibli et parfois hagard, qu’il me regarde et me demande si « effectivement, c’était important » ? Je l’ai regardé et j’ai répondu du fond de mon coeur, le plus sincèrement que ma propre pudeur le permettait : « bien sûr que c’est important ».

Je ne parlais pas de la médaille ; je parlais de l’acte. Je parlais de ce qu’il avait fait pour la mériter, après tant d’années passées en n’ayant jamais mis à profit cette héroïsme véritable, là où d’autres avaient fait des carrières opportunistes. Mes grand-pères étaient français, chacun à leur manière. Français comme l’explique si bien Romain Gary dans les cerfs-volants, avec cet officier allemand qui trouve la mort après l’attentat raté contre Hitler. Français comme l’ont rêvé nos plus grands écrivains. Je ne suis pas fier des faits de guerre, je ne suis pas fier d’une histoire conçue comme un artefact à destination d’un ego sans cesse boursouflé. Si je ne peux pas croire les récits d’un passé sans cesse recomposé et toujours davantage héroïsé (voire érotisé vu les passions que certaines légendes suscitent), jusqu’au déni d’une réalité pourtant récente (la collaboration), je peux me fier à la plume de Victor Hugo, de ces fameuses Lumières, de ceux qui au fil du temps ont témoigné d’une sagesse et d’une grandeur, qui sont, elles, véritables.

Je me sens français quand je lis l’Aigle du casque et sa justice immanente. Je me sens français quand je lis Camus… je me rappelle mon émotion, à 18 ans, quand j’ai lu la Chute, récit frénétique jusqu’à la fin, jusqu’à la chute, nous renvoyant tous à l’hypocrisie de nos postures, à la damnation de nos acquis. Je me sens français quand j’entends les citations de tant d’artistes qui font notre grandeur. Je me sens français quand je pense à Saint Louis qui lui, en vrai monarque, allait en aide aux plus défavorisés. Je me sens français, quand j’entends la Marseillaise, car je vibre d’émotion en imaginant ces gens révoltés. C’est ça mon ADN de français, ce n’est pas du chauvinisme aveugle mais bien la fierté d’un héritage d’humanisme et de grandeur.

Je me sens français quand je me rappelle ce qu’il y a, dans ce mot, « France ». Je suis parfois tristement sidéré, quand je pose la question à mes compatriotes, qu’ils n’entendent plus le son qui pourtant, moi, me frappe. France comme free, France comme Franck… une racine commune qui infuse dans tous ces mots la notion de liberté.

Etre français, pour moi, c’est refuser la tyrannie. C’est refuser d’oublier les idées et les idéaux qui sont inscrits, beauté sublime, dans notre constitution. C’est voir aussi le mal, sans louvoyer, comme l’aigle du casque qui écœuré par la méchanceté, la vilainie de Tiphaine, prend soudainement vie. Etre français c’est trois mots qu’on oublie à l’heure d’aujourd’hui. Trois mots qui ont la force et la puissance, qui sont la plus parfaite des trinités : Liberté, Egalité, Fraternité. Tout est là, il n’y a rien à gloser ou à dire de plus. Juste à s’interroger si cette simple loi, celle qui domine toutes les autres, est respectée. Etre français, ce n’est pas dresser une cocarde vidée de toute sa substance pour semer la haine, la discorde et l’injustice. Etre français ce n’est pas prétendre défendre une république fantôme, une république fantoche, qui oublie que sa seule raison d’être est de servir, et non asservir, son peuple.

Alors oui, je suis le parfait français, en cela que j’aurai toujours en horreur l’autoritarisme, le totalitarisme, et surtout, l’injustice. Je suis profondément atterré par le niveau des débats en politique, par la décadence et l’impéritie de la scène politique. Je constate la profonde division de notre peuple qui se déchire au gré de toutes les manipulations, les provocations, les intimidations de ceux qui détiennent le pouvoir et entendent bien le garder. Je suis si profondément déçu que le réflexe soit encore de s’en prendre, si lâchement, aux minorités les plus silencieuses et les plus vulnérables. C’est si facile, c’est si minable, c’est tellement pratique, également.

Je suis le parfait français et je suis donc profondément imparfait car j’ai conscience de n’être rien, et j’en suis pour le coup très fier… car c’est une preuve d’intelligence. Mais à notre époque cynique où l’amoralité est un consensus, il vaut mieux lire Machiavel que Blaise Pascal. Pourtant, je vais citer ce grand français car c’est dans son humanisme que moi, personnellement, je me retrouve… et que je veux demeurer malgré le bruit des bottes et la menace de la trique :

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.

Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.

Blaise Pascal, Pensées, fragment 347
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Welcome back Dexter

Beaucoup de boulot en ce moment, mais je suis tombé par hasard sur ça :

Dexter reste une de mes séries préférées, simplement parce que Michael C. Hall a réussi à incarner parfaitement ce mélange de rationalité et de folie pour offrir des intrigues à la fois ubuesques, jouissives et souvent haletantes. Oui, à la fin le peu d’inspiration des scénaristes et la pression d’un succès auprès d’un public plus large que prévu ont fini par parasiter la qualité globale… mais jusqu’au bout, j’ai suivi les errances de notre tueur en série favori avec un brin de tendresse. La scène finale, plan triste et gris d’un homme solitaire, perdu, brisé, était à la fois émouvante… et rassurante… Je sais que les américains ont tendance au reboot et au retournement de situation plus que rocambolesques (coucou Bobby), mais personnellement ça fait des années que j’attends cette suite, surtout dans cette ambiance typique des petites bourgades ricaines, qui est propice à de géniales histoires avec des portraits de persos secondaires croquignolets (coucou Fargo).

Je ne suis pas très série, donc je ne me tiens pas trop au courant des actualités à ce sujet, mais l’algorithme de Youtube a eu la douce impulsion de me proposer ça… Vivement l’automne !

Voilà, le blog n’est pas mort, je suis juste débordé et trop fatigué pour le nourrir comme il le mériterait, mais je me rends compte que mon énergie n’est pas aussi inépuisable que ça !

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Jupiter’s Legacy le 7 mai sur Netflix

Je suis fan de Mark Millar depuis ses frasques scénaristiques au début des années 2000… Je le qualifie souvent d’iconoclaste, car c’est pour moi l’un des premiers à avoir « cassé » l’image nette et respectable de certains superhéros, en allant jusqu’à mettre en scène leur mort dans des conditions souvent choquantes. Après, avec le temps, certaines choses sont devenues un peu des gimmicks scénaristiques, comme par exemple sa propension à dépeindre des génies comme des intellectuels dotés d’une sorte de précognition logique. Derrière cet assemblage (…blague ?) fumeux, je veux dire qu’il part du principe que par pur raisonnement logique, on peut aller jusqu’à anticiper des actions complexes, notamment concernant le comportement d’autrui (généralement, le génie en question retourne psychologiquement un personnage moins intelligent en quelques mots bien sentis). Mais lire du Mark Millar, c’est se préparer, avec délice, à l’imprévisible et au sensationnel. Sur ce blog, il y a quelques années, j’avais ainsi donné mon avis sur Old Man Logan où déjà je vantais l’iconoclastie de Mark Millar (bien avant le Logan de James Mangold)… Après il y a eu Redson, les productions ciné originales (Kingsman), enfin Mark Millar a surfé intelligemment sur l’adhésion du grand public à un genre qui était, quand j’étais gosse, comme beaucoup d’autres choses (le manga, le jeu vidéo), réservées à des grands enfants soupçonnés d’immaturité chronique. J’ai accepté depuis longtemps ce terrible fardeau.

Quand Jupiter’s Legacy est sorti, je me le suis donc procuré, et j’ai guetté la suite car le cliffhanger du premier tome était juste parfait. Puis j’adore le style d’une sobriété pleine de sens de Frank Quitely, ce qui fait de ce comics un véritable plaisir total. Venant de découvrir l’adaptation à venir le 7 mai sur Netflix, je n’ai pas pu m’empêcher de venir taper ce petit billet avant de me mettre au boulot (deux pages de storyboard, 4 de dialogues pour aujourd’hui…) et j’attends donc avec impatience le 7 mai pour me bingwatcher la série (avec le plaisir coupable de pouvoir comparer avec la BD – déjà spoilé mais avec le plaisir de pouvoir conseiller mes proches mdr).

Comme par hasard (humour), sur Prime, j’ai découvert Invincible, une série animée adaptée d’un comics de Kirkman, le scénariste de The Walking Dead. J’ai un avis assez partagé sur Kirkman car j’aime ce qu’il fait (des dialogues savoureux, des personnages profonds et complexes, des situations déstabilisantes, une noirceur où brille toujours une faible lueur d’espoir) tout en voyant les influences, voire des inspirations dérangeantes (le début de The Walking Dead c’est juste la repompe de 28 jours plus tard de Danny Boyle). J’ai arrêté the Walking Dead au volume 20 (avec Negan qui explose littéralement un des protagonistes principaux – trop nihiliste pour moi), surtout à cause d’une lassitude des longs couloirs de dialogues que je trouvais à la fin irréalistes, voire surréalistes. Je suis un bavard, un hableur, et je suis un de ces personnages improbables qui te sort un discours interminable nécessitant une capacité d’attention et d’adhésion que je n’ai rencontré, à vrai dire, que chez mes hamsters nains (mais il n’est pas impossible que ces petits malins me dupent). Invincible, je ne l’ai donc pas lu parce que pas vraiment saisi par le génie de Kirkman. Mais quand une adaptation a pointé le bout de son nez sur Prime Vidéo il y a deux semaines, je n’ai pas ergoté et j’ai découvert le bidule. Enthousiasmant, mais diantre, que ça me fait penser à du Millar, avec le même mécanisme d’installation puis de destruction amenant réellement l’intrigue à venir. La sortie des ces deux productions (le mot actuel serait plutôt « contenu » – voire mon billet précédent sur le sacré :-p) est peut-être l’introduction d’un nouvel épisode dans la mode des superhéros, après les versions pulp et populaires de Marvel, voici venir l’iconoclastie et l’irrévérence que le succès de la série « The Boys » sur Prime a clairement initié/encouragé/stimulé.

Au début du teaser on voit la fameuse île, et c’est juste ça que j’avais regretté dans le comics initial… il y avait comme un parfum du Planetary de Warren Ellis et Cassaday (un de mes préférés), mais ça ne reste qu’au stade de la fragrance (j’avais écrit d’abord écrit « flagrance », lapsus sémantique ?), là où j’aurais bien fait bombance (la rime est offerte par la maison).

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Que reste-t-il de sacré sur France Culture

Et non, ce n’est pas une question mais le titre de l’émission, petite facétie qui ne fait donc pas affront aux règles de l’orthographe en ces temps de perfection sémantique tellement convoitée et si rarement atteinte. Les guillemets auraient éventé la feinte et j’aime bien cette posture polémiste alors que je continue d’adorer France Culture (que j’écoute principalement, comme Arte, sur Youtube).

Très agréable moment avec Frédéric Lenoir sur France Culture, avec une réflexion que je partage complètement sur le sacré et la spiritualité, avec des propos qui me parlent et avec lesquels je me sens en totale adéquation.

Je ne parle jamais de religion ou de spiritualité car j’ai toujours peur de contribuer à la confusion actuelle, et parce que je considère que c’est véritablement un chemin personnel et solitaire. C’est toujours un paradoxe que je n’aime pas expliquer, d’aimer autant les mots et d’autant m’en méfier. Le verbe est une chose magnifique, mais les mots sont d’une telle puissance qu’ils échappent toujours à notre contrôle ou notre volonté. Consciemment ou involontairement, nous pouvons infléchir, influencer, les choix d’un autre. Je sais que ma spiritualité est véritablement une aventure intime et que je ne peux communiquer que par l’enthousiasme que j’ai toujours ressenti pour certaines questions, pour certaines idées, voire pour certains idéaux. Je conclurais en disant simplement que je suis profondément convaincu que les deux seules choses qui peuvent sauver ce monde sont le pardon et la miséricorde. Ce n’est pas une conviction d’ordre religieux, ce n’est pas le reliquat d’un enseignement quelconque, c’est juste le résultat de ma propre réflexion, de ma propre expérience, de mon observation. Comme M. Lenoir, je trouve le monde toujours aussi beau, il faut dissocier le monde que nous construisons et celui sur lequel nous opérons cette construction. Je disais il y a peu à ma compagne qu’il y a deux conceptions de la civilisation, celle qui considère la nature comme une harmonie à préserver, et celle qui la considère comme une source inépuisable de richesses à piller sans scrupule. Croire qu’il n’y a qu’une seule voie, comme c’est un peu la névrose actuellement, est une pure folie dont la durée de vie est à la mesure de notre capacité de déni.

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Bertrand Tavernier, la vie et rien d’autre.

Mort de ce cinéaste aujourd’hui, et moi qui écoute l’énumération de tous ses grands films, car il y en a eu.. et qui revient toujours à celui là, La vie et rien d’autre qui par le hasard des choses est disponible depuis peu sur Netflix. Un film que j’adore, qui est un de mes préférés, et que pourtant j’ai du mal à revoir. Pourquoi ? Car étrangement, quand c’est trop fort, j’ai un recul maintenant, à revivre certaines émotions trop puissantes. Quand j’ai vu le film, j’avais 20 ans (hier donc), et j’ai immédiatement été bouleversé par l’histoire, magnifiquement contée car Tavernier était un vrai cinéaste avec un sens aigu de l’image et de la mise en scène… mais encore par le personnage de Philippe Noiret qui, je m’en rends compte en écrivant ces lignes, n’est pas si éloigné de celui de Stéphane dans Un coeur en hiver, cité récemment sur ce même blog. Dans les deux films, on voit deux hommes cyniques, se réfugiant dans l’absurdité de la vie professionnelle, rassurante car mécanique, leur permettant d’échapper aux relations humaines, incertaines et donc dangereuses. Dans les deux films, des femmes pètent un plomb pour dire à un homme de vivre et d’être enfin vrai, d’arrêter de jouer à être plutôt qu’être vraiment. Cette scène, dans la vie et rien d’autre, dans laquelle Azéma donne à Noiret toutes les cartes pour que commence une magnifique et belle histoire d’amour, qu’il gâche affreusement, presque comiquement… et le rattrapage, le sauvetage, la rédemption, comme dans le film de Sautet, à la toute fin, cette fois via une lettre, moyen tellement plus facile pour une parole captive… Voilà, Tavernier est mort, Sautet est mort, tout s’achève ici, enfin matériellement car personnellement ça n’a jamais été ma conviction. Pourtant, ce film, déjà dans son titre, nous dit une grande vérité, à laquelle nous pouvons croire dans ce monde de chimères et de faux semblants. Oui, la vie et rien d’autre, et aussi beaucoup d’amour et de paix, message final de ce film génial qui me fait penser à mon père, un homme de chiffre, lui aussi captif de cette numération infernale. La méduse mathématique qui peut faire croire que le vertige de la raison permet d’oublier le bonheur de la sensation réelle. Mais non Papa, la vie et rien d’autre, comme le filmait si bien Bertrand Tavernier.

Après, la voix magique de Philippe Noiret, acteur juste génial, au timbre unique, lisant cette lettre finale, ça reste un trésor qui m’émeut bien plus que toutes les versions de Roméo et Juliette réunies. Et je vous l’ai trouvé en plus, donc si vous ne voulez pas vous faire spoiler/spolier, n’hésitez pas à plutôt aller voir le film. Sinon faites comme moi, et régalez vous de ces formules surannées, soutenues, maniérées, affectées, qui me restent dans ma mémoire atavique comme l’écho d’un monde perdu.

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Superman & the Autority

Il y a peu, j’ai réagi à une vidéo sur Youtube concernant un petit débat sur le Batman versus Superman de Snyder. Simplement car les deux tribuns partageaient pour le coup une franche admiration sur le plan du collier de perles de la mère de Bruce Wayne, qui se brise tandis que le coup de feu fatal met fin à sa vie. Je m’étais donc permis de rappeler que cette image, ce moment, cette métaphore, cette idée, était celle de Frank Miller dans son mythique Dark Knight, paru à la fin des années 80 et que j’ai dans ma bibliothèque, édition Zenda (j’ai dû corriger j’avais écrit « Zelda » mdr), juste à coté des Watchmen de Moore. Réaction assez étrange de la rédaction (car les deux youtubers font partie d’une équipe éditoriale qui à l’évidence possède un pragmatique mais maladroit community manager) qui m’a répondu qu’ils le savaient… mais qu’ils n’avaient pas voulu surcharger la vidéo d’infos « inutiles » vu la richesse intrinsèque de l’échange. Oui, mais non. Personnellement, je n’ai pas insisté, car je sais aussi que Miller passe souvent pour un extrémiste aux idées réactionnaires (en gros, il a tendance à un peu trop célébrer le patriotisme en stigmatisant « l’étranger », cet envahisseur perfide,… ce qui est toujours délicat en ces temps d’universalité bienveillante). Je peux le comprendre, donc je n’insiste jamais, même si je suis conscient de l’apport de Miller dans le paysage du comics (avec Daredevil et Batman en tête). Mais en gros, je disais dans mon intervention que ce film est un hommage évident au comics de Frank Miller…. et ces derniers jours, la news est sortie :https://www.eklecty-city.fr/cinema/justice-league-zack-snyder-dark-knight-returns/me donnant définitivement raison. Simon, cette phrase est pour toi mdr.

J’ai commencé à lire des comics à l’âge de 5 ans. Mes parents m’achetaient Pif Gadget, mais moi je voulais lire les aventures d’Iron man, de Spiderman, des X-men, etc. Je suis donc de ceux qui ont une grosse culture « classique » des comics, et j’ai décroché vers 2010, un peu irrité de voir que la philosophie américaine du refus de la vieillesse et de la mort provoquait des constants reboots de ces histoires et des héros concernés. Le déclenchement fut le sort de Peter Parker aka Spiderman, qui dans une histoire se voit projeté dans le passé, avant l’arrivée de Mary Jane dans sa vie. Vendu comme un retour de l’âge d’or, moi je l’ai vécu comme un effacement de mes souvenirs. Puis le choix implacable des producteurs des films, consistant à tout réinventer ou changer, a brisé toute ambition de rester à jour dans cet univers sans cesse changeant. Et pour finir… et Henry Pym alors ?!!!!

Mais dans ma fameuse bibliothèque, j’ai conservé précieusement des comics qui sont pour moi des chefs-d’oeuvre. Et en bonne place, je possède les premiers volumes de The Autority, qui fut pour moi à l’époque une initiation aux nouveaux scénaristes des comics, iconoclastes et géniaux, que furent et sont encore Grant Morrison, Mark Millar, et Warren Ellis. D’ailleurs, bien plus que The Autority, Planetary reste l’oeuvre que j’affectionne le plus. Mais comment décrire une histoire qui recycle le vieux signal des 4 Fantastiques en svastika ? Il y a du génie dans ces scénarios, et il me vient cette vérité que l’apport de Mark Millar dans le succès des Vengeurs au cinéma me semble un peu minimisé. Avec Brian Hitch, c’est ce duo qui a fait le choix d’utiliser Samuel Jackson comme modèle pour la nouvelle version de Nick Fury par exemple. Enfin, et en bref, j’ai décroché, en arrêtant d’étaler (comme ici) ma petite culture de vieux fan des comics, un peu déçu de ne plus pouvoir prophétiser le déroulement des intrigues… mais comprenant parfaitement le choix des producteurs dans un monde qui pour vibrer doit être nécessairement surpris et étonné. Mais de là à créer une love story entre Hulk et la Veuve noire, j’ai jamais pu adhérer.

Cependant, il y a deux jours, les rumeurs d’un futur comics m’a fait vibrer et m’a fait retrouvé l’excitation que je ressentais, antan, quand on annonçait des cross overs mythiques…. Superman & The Autority c’est juste l’archétype associé à l’iconoclastie. Après, il y a eu un dessin animé Superman contre l’Elite, qui l’air de rien est une réponse (et une caricature) à l’irrévérence de The Autority, et donc un détournement des héros de ce comics qui finissent d’ailleurs par se noyer dans leur cynisme face à l’inamovible puissance morale de Superman.

Dans l’attente donc, car pour le coup, le détournement sus nommé ne rendait pas justice à l’émouvante Jenny Sparks, l’esprit du vingtième siècle, avec son insolent Union Jack sur le tee-shirt, qui meurt au début du nouveau siècle… The Autority ce n’était pas un groupe de punks souhaitant détruire le monde en n’agissant qu’à leur tête… c’était surtout des libertaires qui conscients de leurs pouvoirs, voulaient s’affranchir d’une certaine autorité pour favoriser la justice. La vraie, celle qui répare les préjudices des faibles, des démunis et des opprimés. Dans cette idée de l’autorité, le comics révolutionnait le discours tout en invitant à la réflexion. Les voir revenir, au détour d’un comics inattendu, ne pouvait que m’inspirer cet article enthousiaste d’un vieux fan endormi.

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Une soirée avec Claude Sautet

J’achève ma soirée sur Arte avec Claude Sautet, mon cinéaste favori, une petite tête devant Sergio Leone, mais comme toujours avec moi, l’éclectisme est de mise. BIen qu’en y réfléchissant un peu, les deux cinéastes ne sont pas si éloignés que ça avec une inclination à saisir la vérité des sentiments et des émotions dans les regards et les non-dits. Ma fille était venue une fois encore me briefer sur son workshop (un anglicisme que je trouve assez loufoque vu le contexte : un cours) quand je l’invitais à savourer, en ma compagnie, les derniers plans d’Un coeur en Hiver, mon film favori de Sautet (avec Max et les ferrailleurs, ex-aequo). Ah… cette scène magnifique, de deux personnes qui s’aiment, qui n’ont pas su se trouver au bon moment, et qui par un dernier échange de regards se donnent une seconde chance qu’on se plaira d’imaginer, ou non, avec cette fin délicieusement ambiguë (avec les deux points sur le « e », au bout de 20 de correction auto ça y est, c’est rentré).

A un moment donné, Patrick Dewaere expliquait sa vision du ciné de Sautet que je partage complètement. Sautet était le cinéaste, par excellence, des non-dits. Et surtout, il illustrait cette passion froide mais puissante qui peut saisir un être mu par sa passion sincère, par des sentiments qui dépassent la raison pour bousculer le raisonnable et le quotidien. Ce soir, j’étais ému par le personnage de Camille, interprétée par cette actrice hors norme qu’est toujours restée Emmanuelle Béart, en dérive totale car tourmentée par un amour qui la dépasse et la submerge. J’aime voir Max péter un plomb à la fin des ferrailleurs pour sauver la pute dont il s’est servi, et dont il s’est, bien malgré lui, amouraché. Et le pétage de plomb d’Auteuil dans Quelques jours avec moi, et la volte face de Piccoli dans les choses de la vie. Ce cinéma me manque, cette finesse me manque, cette lenteur dans la description des émotions me manque, dans les productions actuelles où tout est, comme trop de choses, normé, rapide, marketé.

Ma fille n’a pas pris le temps de savourer le dernier regard de Camille à Stéphane, me sommant de lui donner mon avis sur une question tierce, génération sous pression, génération dans l’angoisse bien réelle d’un avenir flou. Plus de temps pour les regards, plus de temps pour ces questions et ces affaires secondaires, à l’heure où les passions se rédigent à distance et en public sur des réseaux qui deviennent, trop souvent, des vitrines pas moins transparentes que celles d’Amsterdam. Pourtant, ce soir, dans le dernier regard de Stéphane à Camille, dans son petit sourire, il y avait un espoir si grand qu’il pourrait servir d’inspiration. Tout n’est perdu que lorsqu’on abandonne, tout reste possible tant qu’on veut y croire. C’est naïf, peut-être, mais ça reste beau.

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